Images de page
PDF
ePub

la fassions, mais encore que ceux qui ne sont pas convertis, et qui sont encore terre deviennent lestes; ce qui enferme la reconnoissance de la grâce, qui change les cæurs de l'infidélité à la foi.

Ces sentimens venoient de plus haut, et on les trouve dans Tertullien au livre de l'Oraison, que saint Cyprien a imité dans celui qu'il a composé du même titre, sur ces paroles : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de tous les jours. Saint Cyprien, en interprétant ces paroles de l'eucharistie, avoit dit : Nous demandons

que ce pain nous soit donné tous les jours, de peur que tombant dans quelque péché mortel, et ce pain céleste nous étant interdit par cette chute , nous ne soyons séparés du corps de notre Seigneur (1); ce que Tertullien avoit expliqué par ces mots : Nous demandons dans cette prière notre demeure perpétuelle en notre Seigneur, et notre inséparable union avec le corps de Jésus-Christ. Tout tend à demander l'action, l'effet, l'actuel accomplissement; c'est-à-dire, sans difficulté, une grâce qui donne tout cela, par les moyens que Dieu sait.

Mais il n'y a rien de plus clair que ces paroles de saint Cyprien : Quand nous demandons que Dieu ne permette pas que nous tombions en tentation, nous demandons que nous ne présumions point de nos propres forces, que nous ne nous élevions pas dans notre cour, que nous ne nous attribuions pas le don de Dieu, lorsque nous confessons la foi, ou que nous souffrons pour lui. Nous demandons donc précisément ce qui dépend le plus du libre arbitre; et la source d'où naissent ces demandes, c'est afin, dit (-) Apud Aug. de dono persever. c. IV.

le

le même saint, que notre prière étant précédée par une humble reconnoissance de notre foiblesse, il arrive qu’EN DONNANT TOUT A Dieu, nous recevions de sa bonté ce que nous lui demandons d'un humble

cour'.

Il faut donc touT DONNER A Dieu, tout, dis-je, jusqu'au plus formel exercice de notre libre arbitre; parce qu'encore qu'il soit de nature à ne pouvoir être contraint et à ne devoir pas être nécessité, il peut être fléchi, ébranlé, persuadé par celui qui, l'ayant créé, le tient toujours sous sa main; ce qui fait dire à l'Eglise, dans une de ses collectes : Deus VIRTUTUM, CUJUS EST TOTUM QUOD EST OPTIMUM ;

Dieu des vertus, à qui appartient tout entier ce qu'il y a de plus excellent; par conséquent les vertus, qui sont sans difficulté ce qu'il y a de meilleur parmi les hommes. Prière admirable, dont saint Jacques avoit établi le fondement par ces paroles : Tout présent très-bon et tout don parfait vient du Père des lumières (1).

Les Grecs expliquent l’Oraison dominicale dans le même esprit que les Latins; et saint Grégoire de Nysse, dans ses homélies sur cette prière, s'accorde à reconnoître avec eux, qu'on y demande tout ce qui appartient le plus au libre arbitre, comme d'être juste , pieux et éloigné du péché; de mener une vie sainte et irréprochable, et le reste de cette nature; par conséquent un secours qui donne, nonseulement le pouvoir de toutes ces choses, mais en induise l'effet.

(1) Jac. 1. 17.

BOSSUET. V.

37

CHAPITRE XXI.

La prière vient autant de Dieu

que

les autres bonnes actions.

Et pour achever de donner à Dieu la gloire de tout le bien, il faut ajouter que la prière, qui nous fait voir que tout vient de Dieu par cette grâce qui fléchit les cours, nous fait voir en même temps qu'elle-même est un des fruits de cette grâce. Saint Augustin l'a prouvé par des preuves incontestables; et saint Ambroise disoit, avant lui, que prier étoit encore un effet de la grace spirituelle, qui, selon lui, fait pieux qui elle veut (1). L'Ecriture y est expresse. Il est écrit dans le prophète (2): En ces jours je répandrai dans la maison de David, et sur les habitans de Jérusalem l'esprit de grdce et de prière ; et quel sera l'effet de cet esprit? qu'ils me regarderont, moi qu'ils ont percé, et se frapperont la poitrine, ct s'affligeront comme on fait pour la mort d'un fils unique. Toute la terre sera en pleurs, famille à famille : la famille de David d'un côté : la famille de Nathan de l'autre : la famille de Lévi et des autres; tant est tendre, tant est efficace cet esprit de gémissement, de prière et de componction que Dieu répandit sur son peuple, ou celui qu'il y répandra un jour, lorsque les Juifs tourneront les yeux vers ce Dieu qu'ils ont percé.

L'efficace de cet esprit paroît encore bien claire

(1) Ambros. ap. Aug. de dono pers. C. XXII. - (0) Zach. xu. II.

ment dans ces paroles de saint Paul : L'esprit prie pour nous avec des gémissemens inexplicables (1). Qu'on l'entende comme on voudra, ou avec saint Augustin et les autres Pères, du Saint-Esprit, dont l'apôtre venoit de dire : L'esprit aide notre foiblesse (2), ou d'une certaine disposition que le SaintEsprit met dans les cœurs, à quoi saint Chrysostôme semble pencher, la preuve est égale; puisque c'est toujours, ou le Saint-Esprit qui forme la prière dans ceux qui la font, ou le même Saint-Esprit qui met dans les cæurs la disposition d'où elle suit. La première interprétation est la meilleure; puisque c'est du Saint-Esprit dont parle l'apôtre dans tous les versets précédens, et en particulier dans celui où il est dit : que nous avons reçu l'esprit d'adoption, en qui nous crions, Abba, Pere (3); ce que le même saint Paul explique ailleurs, en disant (4): Parce que vous čles enfans de Dieu , Dieu a envoyé dans vos coeurs l'esprit de son Fils , qui crie Abba, Père. L'esprit du Fils, est le SaintEsprit qui crie en nous , Abba, Père, c'est-à-dire, qui nous fait pousser ce cri salutaire; ce qui montre l'efficace de son impulsion. Car de même

que

lorsqu'il est dit : Ce n'est pas vous qui parlez , mais l'esprit de votre Père qui parle en vous (5), cette expression signifie l'efficace du Saint-Esprit, qui nous fait parler, ou comme Jésus-Christ l'explique dans le même endroit, qui dans l'heure même, et sans que nous ayons besoin d'y penser, nous donne ce qu'il nous faut dire; de même lorsqu'il est dit (1) Rom. viii. 26.

(3) Ibid. v. 15. - (4) Gal. iv. 6. (5) Matth. X. 20.

- (2) Ibid.

que l'esprit crie , qu'il prie , qu'il gémit en nous, la force de cette expression dénote le divin instinct, qui nous inspire ces cris et ces pieux gémissemens; et comme raisonne très-bien saint Augustin (1): « Qu'est-ce à dire que l'esprit crie, si ce n'est qu'il » nous fait crier; ce que l'apôtre explique en un » autre endroit lorsqu'il dit : Nous avons reçu l'es» prit d'adoption en qui nous crions, et par lequel » nous crions : là il dit que l'esprit crie; ici que » nous crions par lui, déclarant par-là que lors» qu'il a dit qu'il crie, il veut dire qu'il fait crier; » d'où nous concluons que cela même est un don » de Dieu de crier à lui et de l'invoquer d'un caur » véritable : par où sont condamnés ceux qui pré» tendent que c'est de nous-mêmes que nous de

mandons, que nous cherchons, que nous frappons, » afin qu'il nous ouvre, et ne veulent pas entendre » que cela même est un don de Dieu de prier, de » chercher, de frapper; puisque c'est l'effet de l'es» prit par qui nous crions à Dieu, et par qui nous » le réclamons comme notre Père ».

On nous dira que quelques Pères grecs, comme saint Chrysostôme et Théodoret, entendent cet esprit, non d'une grâce ordinaire, mais d'un don extraordinaire de prier , qui étoit infus à certaines personnes à qui il étoit donné, par un instinct particulier, de faire dans les assemblées ecclésiastiques certaines prières, que le Saint-Esprit leur dictoit pour l'instruction de toute l'Eglise; grâce que Théodoret assure qui duroit de son temps. Mais tout cela ne diminue rien de notre preuve; puisqu'il

(1) De dono persever. C. XXIII. n. 64. Ep. cxciv. al. cv. ad Sixt.

»

« PrécédentContinuer »