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sera toujours vrai que le Saint-Esprit n’ôtoit point le libre arbitre à ceux à qui il dictoit intérieurement ces prières, il ne l'ôte donc pas non plus à ceux à qui il inspire la volonté d'y consentir. Le même saint Chrysostôme nous enseigne que les diacres succèdent à ceux qui faisoient ces prières, et qu'ils en font la fonction, lorsqu'ils exhortent les fidèles à prier pour telles et telles choses ; de sorte que ce don extraordinaire, quand on voudroit présupposer que c'est d'un tel don que parle saint Paul, auroit tourné en grâce ordinaire; en sorte qu'il demeureroit également véritable que le Saint-Esprit dicte les prières de l'Eglise , et dicte en particulier l'exhortation du diacre, qui est , comme on a vu, un commencement de la prière ecclésiastique. Enfin, cette autre parole de saint Paul : Parce que nous sommes enfans de Dieu , Dieu a envoyé en nous l'esprit de son Fils qui crie : Notre Père, n'est pas un don extraordinaire et une de ces grâces gratuites qui tiennent quelque chose du miracle, mais comme on voit, une suite naturelle de l'esprit d'adoption , qui est la grâce commune à tous les fidèles; en sorte que tous ceux qui prient ont, en qualité d'enfans de Dieu , un don efficace de prier , par lequel don, comme parle saint Augustin (1), Dieu leur imprime dans le coeur, avec la foi et la crainte , non-seulement l'affection, mais encore l'effet de prier; c'est-à-dire, sans difficulté, l'acte même de la prière, IMPERTITO ORATIONIS AF

FECTU ET EFFECTU.

(+) Epist. ad Sixt. mox cit.

CHAPITRE XXII.

On prouve par la prière que la prière vient de Dieu.

Ces témoignages de l'Ecriture sont démonstratifs; mais la prière elle-même nous fournit un argument plus abrégé pour établir la puissance de la grâce qui nous fait prier. C'est qu'on demande l'esprit de prière, l'esprit de componction par lequel on prie. Comme on dit à Dieu, faites-nous croire, faites-nous aimer, faites-nous mener une vie sainte, on lui dit aussi: faites-nous prier, faites-nous demander ce qu'il vous plait ; FĄC EOS QUE TIBI SUNT PLACITA POSTULARE. L'Eglise grecque le demande comme la latine (1): Faites-nous la gráce, ô Seigneur, d'oser vous dire avec confiance , ct sans crainte d’être condamnés, notre Père qui étes dans les cieux. Dans la messe de saint Basile , et dans celle de saint Chrysostôme (2): Faites-nous dignes de vous insoquer par la vertu du Saint-Esprit, et avec une pure conscience; et encore: Accordez-nous cette grâce que nous vous invoquions avec confiance, et vous disions : Notre Père, etc.

La même chose paroît presqu'en mêmes termes, dans la messe de saint Jacques, et dans celle de saint Marc (3) : on voit partout ce terme mystique, qui de tout temps en Occident comme en Orient, précède l'Oraison dominicale : AUDEMUS DICERE, nous osons dire ; mais l'Orient a marqué plus expressé

(1) Basil. Miss. p. 57. — (2) P.72. - (3) P. 18, 38.

ment que cette pieuse audace, d'appeler Dieu notre Père , nous vient de la grâce du Saint-Esprit, dont saint Paul disoit tout à l'heure, que c'est lui qui crie en nous; c'est-à-dire, qui nous fait crier que Dieu est notre Père.

On trouve aussi dans la messe de saint Chrysostôme (1): Vous qui nous donnez ces prières communes et unanimes, daignez aussi les exaucer; par où paroît encore cette excellente doctrine, que ce qui fonde l'espérance que nous ressentons en nos cours d'être exaucés, c'est que nous n'offrons à Dieu que les prières qu'il nous fait faire, ce qui est précisément la même chose que demande l'Eglise, en disant : Seigneur, ouvrez les oreilles à nos prières, et afin que nous obtenions ce que vous nous prometlez, faites-nous demander ce qui vous plait: PATENT AURES, etc.

C'est donc la foi de l'Eglise catholique, qu'il faut demander à Dieu tous les actes de notre liberté, jusqu'à la prière, par où l'on obtient tous les autres; et par conséquent qu'il les forme tous, et qu'il forme en particulier et par une grâce spéciale l'acte de prier dans ceux qui le font. C'est pourquoi on lui en rend grâces conformément à cette parole de saint Paul (2): Je rends grdces à Dieu de ce que nuit et jour je me souviens continuellement de vous. Qui rend grâces à Dieu de ce qu'il prie nuit et jour, lui rend grâces du premier moment comme de la suite, puisque sans doute ce premier moment est le commencement de ces jours et de ces nuits si heureusement passés dans la prière.

(1) P.67. - (1) II. Tim. 11. 2.

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CHAPITRE XXIII.

L'argument de la prière fortifié par l'action de graces.

Er en effet, cette preuve de l'efficace du secours divin paroît encore plus forte, si l'on joint l'action de grâces, qui est une des principales parties de la prière, avec les demandes qu'on y fait. Voici comment saint Augustin a formé en divers endroits cet argument. On ne demande pas à Dieu un simple pouvoir de bien faire, mais l'effet et l'acte même, et on est si persuadé qu'il ne se fait rien de bien sans ce secours, qu'on, se croit obligé, quand le bien s'est fait, d'en rendre grâces à Dieu. Je le prouve par ce passage de saint Paul aux Ephésiens (1) : Entendant parler de votre foi et de l'amour que vous avez pour tous les saints , je ne cesse de rendre graces pour vous, me souvenant de vous dans mes prières ; et à ceux de Thessalonique : Nous ne cessons de rendre grâces à Dieu de ce qu'ayant reçu de nous sa parole, vous l'avez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme celle de Dieu, ainsi qu'elle est en effet. S'il ne s'est rien fait de

particulier dans ceux qui ont cru, pourquoi en offrir à Dieu des actions de grâces particulières ? Ce seroit , dit saint Augustin (2), une flatterie ou une dérision plutôt qu'une action de graces : ADULATIO VEL IRRISIO POTIUS QUAM GRATIARUM Actio. Il n'y a rien de plus vain , poursuit ce Père, que de rendre grâces

(1) Ephes. I. 15. — (2) De præd. SS. c. XIX.

à Dieu de ce qu'il n'a point fait. Mais parce que ce n'est pas sans raison

que

saint Paul a rendu gráces à Dieu , de ce que ceux de Thessalonique avoient reçu l'Evangile, comme la parole, non des hommes, mais de Dieu , il est sans doute que Dieu a fait cet ouvrage. C'est lui donc qui a empêché que les Thessaloniciens n'aient reçu l'Evangile comme une parole humaine , et qui leur a inspiré (par cette grâce qui fléchit les cours) la volonté de le recevoir comme la parole de Dieu.

CHAPITRE XXIV.

La méme action de graces dans les Grecs, que dans

saint Augustin : passages de saint Chrysostome.

L'Eglise grecque, comme la latine , a rendu à Dieu ces pieuses actions de grâces pour tout le bien que faisoient les hommes. « Rendons grâces à Dieu, » dit saint Chrysostôme (1), non-seulement pour notre » vertu, mais encore pour la vertu des autres : ren» dons-lui grâces pour la confiance que les autres » ont en lui; et ne dites pas, pourquoi le remercier » de cette bonne action qui n'est pas mienne? Vous » lui devez rendre grâces de ces bons sentimens » d'un de vos membres ». C'est donc une cuvre de Dieu que nos frères fassent bien; nous devons lui en rendre grâces comme d'un bienfait qui vient de lui, et compter parmi ses ouvrages ce que nous faisons, puisque c'est lui qui le fait en nous. Le même

(1) Hom. II. in ii. ad Cor.

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