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le baptême, il est aussi expliqué quelques versets après (1), que c'est la vie éternelle qui est promise sous ce nom, puisqu'il y est dit que le Fils de Dieu est mort pour la donner à tous ceux qui croient, parmi lesquels il faut compter les petits enfans baptisés, selon la tradition constante de l'Eglise , comme nous l'avons démontré par saint Augustin.

Le passage de saint Jean au chapitre 111, est évident. Dieu a tant aimé le monde , dit le Sauveur, qu'il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Visiblement la vie éternelle n'est ici que la même chose que Jésus-Christ avoit exprimée par le royaume des cieux quelques versets auparavant. Saint Augustin l'a prouvé par la suite de ces passages dans ce célèbre sermon que nous avons tant allégué (2), où il a si solidement établi la nécessité du baptême. Il étoit donc de la dernière absurdité de distinguer la vie éternelle d'avec le royaume des cieux; et, comme dit le même Père, le recours des pélagiens à cette frivole et imaginaire distinction étoit la marque

de leur foiblesse.

J'ai voulu m'étendre un peu sur cette matière; et pour tirer d'embarras ceux que M. Simon y

vouloit jeter, et ensemble pour lui montrer qu'il vient malà-propos à l'appui d'une doctrine foudroyée par le concile de Bâle et par le concile de Trente, en disant que la doctrine contraire étoit celle de saint Augustin et de toute l'antiquité. Que s'il répond qu'il n'est pas le seul catholique qui ait entendu saint Augustin, comme il a fait, nous lui répliquons, ou que ces

(1) Joan. 111. 16, 18. — (2) Serm. 294. aliàs 14.

auteurs ne parlent pas comme lui, ni ne s'élèvent pas

aussi clairement contre l'infaillibilité de l'Eglise, ou qu'ils demeurent avec lui frappés de ses anathêmes.

CHAPITRE XXI.

Autre exemple, M. Simon méprise la tradition, en

excusant ceux qui contre tous les saints Pères n'entendent pas de leucharistie le chap. vi de saint Jean.

Il y a encore une autre critique de M. Simon à l'occasion des mêmes paroles du chapitre sixième de saint Jean : Si vous ne mangez la chair du Filş de l'homme, etc. Ce critique présuppose avant toutes choses (1), que les anciens Peres entendoient de l'eucharistie le chapitre sixième de l'évangile de saint Jean, ce qui étoit une suite de ce qu'il venoit de dire, qu'ils avoient inféré de ce passage la nécessité de ce sacrement. Il est vrai que toute l'antiquité entend ce passage de l'eucharistie , sans qu'on trouve un seul Père qui y soit contraire; et même la plupart s'en servent pour établir dans ce saint mystère la parfaite et substantielle communication et présence du

corps
et du
sang

de Jésus-Christ. Le fait est constant, et notre auteur qui l'avance, remarque encore (2)

que le cordelier Ferus, fameux prédicateur du siècle passé, suit plutôt les luthériens que

les anciens écrivains ecclésiastiques, en entendant ce chapitre sixième de la manducation spirituelle seu. lement. Ailleurs il observe encore (3) que Cajetan a

(1 P. 288.-) P.561.- (3) P.542.

pu croire sans étre hérétique, que ces paroles de Jésus-Christ, NISI MANDUCAVERITIS, etc., ne s'entendent point à la rigueur de la lettre de la manducation sacramentale , bien qu'il soit opposé en cela au sentiment commun des anciens et des nouveaux interprètes de l'Ecriture. Enfin il rapporte ailleurs (1) les raisons de Maldonat, qui ne peuvent pas être plus fortes, pour condamner du moins d'imprudence et de témérité ceux qui contre le consentement universel des Pères , approuvé généralement de toute l'Eglise dans le concile de Trente , comme il le fait remarquer à Maldonat, osent suivre l'interprétation qui exclut l'eucharistie du chapitre sixième de saint Jean.

Maldonat a raison de dire que le concile de Trente suit expressément le sens contraire dans la session xxi, ch. 1. Il y pouvoit ajouter le concile d'Ephèse (2), qui, en approuvant les anathématismes de saint Cyrille, approuve par conséquent cette explication qui y est contenue.

Après avoir va ces choses et avoir pris tant de soin à prouver que l'explication des luthériens, de Ferus et de Cajetan répugne au sentiment commun de tous les Pères, il semblera que M. Simon devoit s'en être éloigné, selon la règle qu'il pose comme inviolable : qu'il faut expliquer l'Ecriture d'une manière conforme aux sentimens de l'antiquité. Mais ceux qui le concluroient ainsi , ne connoîtroient guère cet auteur; car il ne lui faut qu'un seul endroit, et un petit mot pour détruire et affoiblir ce

(1) P. 630.-() Cyrill. anat. Il.

qu'il semble dire partout ailleurs avec plus de force. Et en effet, malgré tout ce qu'il avance en faveur de l'explication qui trouve l'eucharistie dans ce chapitre de saint Jean , le même M. Simon, en parlant de Théodore d'Héraclée, qui l'expliquoit de l'incarnation, en a fait ce jugement (1): Ce sens paroit assez naturel, quoiqu'il ne soit pas .commun ; car il semble qu'il s'agisse plutôt en cet endroit du mystère de l'incarnation, ou de Jésus-Christ considéré en lui-même, que de l'eucharistie. Comme si dans l'eucharistie Jésus-Christ n'étoit pas aussi considéré en lui-même, ou qu'il n'y fût pas véritablement présent; mais ne le pressons pas là-dessus : demandons-lui seulement si ces expressions : Il paroit assez naturel, il semble qu'il s'agisse plutól, etc., ne sont pas visiblement des manières d'insinuer un sentiment, et de lui donner la préférence, bien qu'il ne soit pas commun. Ainsi Théodore d'Héraclée, un ‘arien (car M. Simon convient qu'il l'étoit) l'emporte par l'avis de ce critique, sur tous des Pères, sur tous les interprètes anciens et modernes, et sur deux conciles oecuméniques, celui d'Ephèse et celui de Trente. Est-ce là pun défenseur de la tradition, ou plutôt n'en est-ce pas l'ennemi et le destructeur secret ?

(1) P. 439.

CHAPITRE XXII.

Si c'est assez, pour excuser un sentiment, de dire qu'il

n'est pas hérétique.

Le principal avantage que M. Simon veat tirer ici contre l'autorité de la tradition, c'est que Cajetan a pu croire sans étre hérétique, que ces paroles, NISI MANDUCAVERITIS, etc., ne s'entendent point à la lettre de la manducation sacramentale , bien qu'en cela il soit opposé au sentiment commun des anciens et des nouveaux interprètes (1). Mais c'est proposer la chose d'une manière peu équitable. Il ne s'agit pas de savoir si Cajetan est hérétique, en s'opposant à une interprétation autorisée par tous les saints. On peut penser mal sans être hérétique, si l'on est soumis et docile. Tout ce qui est mauvais en matière de doctrine, n'est pas pour cela formellement hérétique. On ne qualifie pour l'ordinaire d'hérésie formelle que ce qui attaque directement un dogme de foi; mais de là il ne s'ensuit pas qu'on doive souffrir ceux qui l'attaquent indirectement, en affoiblissant les preuves de l'Eglise, et en affectant des opinions particulières sur les passages dont elle se sert pour établir sa doctrine. C'est ce que font ceux qui détournent les paroles de notre Seigneur , dont il s'agit; ils privent l'Eglise du secours qu'elle en tire contre l'hérésie; ils accoutument les esprits à donner dans des figures violentes, qui affoiblissent le

(1) P.542.

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