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Pharaon, et l'on sait avec quelle force elle a été répétée par l'Apôtre (1).

CHAPITRE VI.

Sixième vérité établie par saint Augustin comme par tous

les autres Pères, qu'endurcir du côté de Dieu n'est que soustraire sa gráce : calomnie de M. Simon contre ce Pére,

Il est vrai que saint Augustin a été plus obligé que les autres Pères à combattre pour cette justice qui endurcit et qui punit les pécheurs; mais c'est à M. Simon une calomnie de lui imputer pour cela de faire Dieu comme la cause de cet endurcissement et de l'abandonnement des pécheurs; puisqu'au contraire il enseigne (2) « que la mauvaise volonté de » l'homme ne peut avoir d'autre auteur que l'homme » en qui elle se trouve »; et pour expliquer l'endurcissement, il avance dans la lettre à Sixte une sixième vérité (3), qui sert de principe et de dénonement à toute l'Ecole dans cette matière. « Il en» durcit, non en donnant la malice, mais en ne » donnant

pas

la miséricorde : » TIENDO MALITIAM , SED NON IMPERTIENDO MISERICOR» DIAM ». Saint Augustin, non content de répéter en cinq cents endroits cette vérité, a fait des discours entiers pour l'établir; et l'on voudroit cependant nous faire accroire qu'il enseigne une autre doctrine que celle des Pères.

(1) Rom. 1x. 17. - () Op. imp. lib. v. cap. XLII. — (3) Ep. cxciv. al. cv. ad Sixt.

: OBDURAT NON IMPER

CHAPITRE VII.

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Septième vérité également établie par saint Augustin,

que 'en durcissement des pécheurs du côté de Dieu est une peine et présuppose un péché précédent : différence du péché auquel on se livre soi-même d'avec ceux aurquels on est livré.

Ce ne seroit pas une moindre erreur de présupposer que le même Père n'ait pas reconnu comme les autres, cette septième vérité, qui est une suite de la sixième, que si Dieu aveugle, s'il endurcit, s'il abandonne les hommes, c'est en punition de leurs péchés précédens; car c'est ce qu'il ne cesse de répéter. Le savant P. Deschamps prouve par cent passages, que Dieu n'abandonne jamais que ceux qui l'abandonnent les premiers. Cet axiome, qui sert de règle à toute l'Ecole , et qui en a servi aux Pères de Trente, NON DESERIT NISI DESERATUR, est tiré de saint Augustin en cent endroits; et pour se convaincre du sentiment de ce Père sur ce sujet, il ne faut que lire le chapitre troisième du livre cinquième contre Julien, qui est celui dont M. Simon prend occasion de blâmer ce saint; puisqu'il y répète cent fois, que l'aveuglement, l'endurcissement, l'abandonnement ne peut jamais être que la peine de quelque péché, POENA PECCATI, POENE PRECEDENTIUM PECCATORUM : peine à laquelle on est livré

par un jugement caché de Dieu, mais toujours très-juste, parce qu'on y est livré pour les péchés précédens. C'est ce qui est très clairement expliqué

par ce passage de saint Paul (1): Dieu les a livrés aux désirs de leurs cours, aux vices de l'impureté et à un sens réprouvé; en sorte qu'ils ont fait des actions déshonnétes et indignes; d'où saint Augustin conclut (2), qu'il y a eu un désir qu'ils n'ont pas voulu vaincre, auquel ils n'ont pas été livrés par le jugement de Dieu, mais par lequel ils ont été jugés dignes d'être livrés aux autres mauvais désirs. Les mauvais désirs de cette dernière sorte sont, comme on voit, ces actions déshonnêtes, auxquelles saint Paul dit qu'ils ont été abandonnés. A cette occasion saint Augustin fait une distinction que M. Simon n'a pas aperçue, et cette inattention est la cause de son erreur. C'est que parmi les mauvais désirs des pécheurs, c'est-à-dire, comme on a vu, parmi leurs péchés, il y en a où ils sont tombés avec une pleine volonté parce qu'ils n'ont

voulu les vaincre, VINCERE NOLUERUNT ; et pour ceux-là, poursuit-il, ils n'y ont pas été livrés par le jugement de Dieu; mais ils commencent euxmêmes à s'y livrer par leur volonté dépravée. Outre ces péchés auxquels on se livre soi-même, il y en a d'autres auxquels on est livré en punition de ces premiers; c'est-à-dire, que lorsqu'on est livré à certains péchés, tels que sont dans cet endroit de saint Paul, les monstres d'impureté, où il représente les idolâtres, il y a un premier péché auquel on n'a pas été livré, mais auquel on s'est livré soimême en ne voulant pas le vaincre, tel qu'a été dans ceux dont parle saint Paul, le péché de n'avoir pas voulu reconnoître Dieu, NON PROBAVERUNT DEUM (1) Rom. I. 24, 28. - () In Psal. xxxv.

pas

HABERE IN NOTITIA (1), et d'avoir adoré la créature au préjudice du Créateur dont ils connoissoient si bien la divinité par les ouvres, qu'ils étoient inexcusables de ne le pas servir.

Ainsi, par tous les péchés auxquels les hommes sont livrés, il faut remonter à celui auquel ils se sont livrés eux-mêmes; non qu'il ne soit vrai qu'ils se livrent encore eux-mêmes aux excès auxquels ils sont livrés, mais à cause qu'il y en a un premier auquel ils se sont livrés avec une franche volonté, avec un consentement et une détermination plus volontaire. Saint Augustin enseigne au fond la même doctrine, et dans l'ouvrage parfait et dans l'ouvrage imparfait contre Julien, et en beancoup d'autres endroits. Or il n'en faut pas davantage pour confondre M. Simon; parce que ce premier péché, qui est ici regardé comme le premier, a néanmoins été permis de Dieu, mais par une simple permission qui n'est point proposée ici comme pénale; au lieu que la permission par laquelle on est livré à certains péchés, en punition d'autres péchés précédens étant, pénale, elle sort, pour ainsi parler, de la notion de la simple permission, puisqu'elle est la suite de la volonté de punir.

CHAPITRE VIII.

Huitième vérité : l'endurcissement du côté de Dieu n'est

pas une simple permission , et pourquoi. Par-la donc est établie, en huitième lieu , la doctrine de la permission du péché. Il y a la simple per

(1) Rom. 1. 8.

mission où le péché n'est pas regardé comme une peine ordonnée de Dieu en un certain sens, mais comme le simple effet du choix de l'homme; et il y a la permission causée par un péché précédent, qui est la pénale, qui par conséquent n'est plus une simple permission; mais une permission avec un dessein exprès de punir celui, qui s'étant livré de luimême avec une détermination plus particulière à un certain mauvais désir, mérite par-là d'être livré à tous les autres.

C'est de quoi nous avons un funeste exemple dans la chute des justes. Le premier péché où ils tombent n'est pas un effet, ou, pour parler plus correctément, n'est pas une suite de la justice de Dieu qui punit le crime; puisqu'on suppose que celui-ci est le premier; mais quand après ce premier crime, l'homme que Dieu pouvoit justement livrer au feu éternel, par une espèce de vengeance encore plus déplorable, est livré, en attendant, à des crimes encore plus énormes, et que d'erreur en erreur, et de faute en faute, il tombe enfin dans la profondeur et dans l'abîme du mal où il est abandonné à lui-même, à l'ardeur de ses mauvais désirs, à la tyrannie de l'habitude, en un mot, où il est vendu au péché, selon l'expression de saint Paul, et qu'il est entièrement son esclave, selon celle de Jésus-Christ même; alors, dit saint Augustin (1), il est subjugué, il est pris, il est entrainé, il est possédé par le péché. VINCITUR, CAPITUR, TRAHITUR , POSSIDETUR. La permission du péché, qui s'appelle dans cet état endurcissement de cæur et aveuglement d'esprit, n'est

(1) Cont. Jul. 1. v. 6. III.

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