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» rans de mon ame, de mes prières, de mes actions : » donnez à votre suppliant une vie innocente, une » vie intellectuelle : gardez mon corps sain et mon » esprit pur : donnez-moi les fruits des bonnes au» vres : donnez-moi des paroles véritables, et tout » ce qui nourrit l'espérance : accordez , Père cé» leste, à mon ame d'être unie à la lumière primi» tive, et qu'y étant une fois unie, elle ne se re» plonge jamais dans ces ordures terrestres (1) » ; c'est-à-dire, en d'autres termes : donnez-moi le commencement, donnez-moi la fin : « Afin, dit-il (2), » que je sois uni à la source de l'ame, donnez, mon » Dieu , une telle vie, une vie irrépréhensible à » votre poète ».

Mais de peur qu'on ne nous réponde qu'en demandant le commencement il avoit déjà commencé, puisqu'il prioit, il reconnoît la prière même comme un don de Dieu : « Accordez, dit-il (3), à mon ame, » que soigneusement gardée (comme sous la clef) » par votre main paternelle, elle vous offre sainte» ment des hymnes intellectuelles avec la sainte as» semblée qui règne avec nous » ; et encore (4): « Donnez-moi pour compagnie un de vos saints » anges, benin dispensateur des prières conçues dans » mon ame par une lumière divine ». C'est le secret de la grâce de savoir connoître que lorsque Dieu veut nous exaucer, il inspire premièrement les prières qu'il veut entendre; et ensuite, quand on lui demande, comme fait ce philosophe chrétien, qu'il (1) Hymn. 11. 318. 11. 320, 329. — () Hymn. v. 342.- (3) Hymn.

334.- (4) Hymn. iv. 340.

Ill,

nous délivre des vices, et qu'il nous inspire la vertu, on impute tout à sa grâce jusqu'au premier commencement.

CHAPITRE XXVI.

Hymne de saint Clément d'Alexandrie, et sa doctrine

conforme en tout à celle de saint Augustin.

Saint Clément d'Alexandrie est celui qui a donné à Synèse, au commencement du troisième siècle, le modèle des hymnes sacrées, dans celle qu'il a composée pour Jésus-Christ à la fin de son Pédagogue. Il la commence par cette prière qui conclut ce livre : « Prions, dit-il (1), le Verbe en cette ma» nière : Regardez vos enfans d'un vil propice, di» vin Pédagogue ( conducteur des ames simples et » enfantines ). Fils et Père, qui n'êtes qu’un Sei» gneur, donnez à ceux qui vous obéissent, d'être

remplis de la ressemblance de votre image, et de » vous trouver, selon leur pouvoir, un Dieu benin et » un juge favorable : faites que tous tant que nous » sommes, qui vivons dans votre paix, étant trans» férés à votre cité immortelle, après avoir traversé » les flots que met le péché entre elle et nous (en » attendant) nous nous assemblions en tranquillité » par votre Esprit saint, pour vous louer et vous » rendre grâces nuit et jour jusqu'à la fin de notre » vie »; après quoi il parle ainsi : « Et parce que » c'est le Verbe notre conducteur qui nous a menés

(1) Pedag. 111. p. 195,

» à son Eglise, et nous a unis à lui (comme ses » membres, ainsi qu'il venoit de dire), nous ferons » bien, pendant que nous sommes ici assemblés » dans un même lieu, de lui en rendre grâces, et » de lui offrir des louanges convenables à ses ins» tructions et à sa conduite ». Son hymne suit ces paroles, et il l'entonne en cette sorte : « Frein des » ames dociles, aile des oiseaux qui n'errent point, » vrai gouvernail des enfans remplis de simplicité, » assemblez-les pour louer d'une bouche sainte et » sincère Jésus-Christ, le conducteur des ames sim» ples et enfantines ». On voit trois vérités dans tout ce discours de saint Clément d'Alexandrie : la première, que, comme les autres, il demande à Dieu l'effet : la seconde , qu'il rend grâces de l'avoir reçu: la troisième, que cet effet qu'il demande et dont il rend grâces, est premièrement la bonne vie qui nous rend semblables à Dieu, et secondement, les saintes prières, les louanges, les actions de grâces; puisqu'il veut que Dieu et son Saint-Esprit mettent dans le cæur des fidèles la volonté de s'assembler pour les faire. Car c'est ainsi qu'il les assemble, et par ce mouvement qu'il leur imprime, il commence à former en eux la prière; puisque chacun prie déjà en particulier, aussitôt qu'il se sent ébranlé prier en commun.

Et puisque nous sommes tombés sur cette belle prière, pour en mieux prendre l'esprit, nous rapporterons un passage de son auteur sur la prière et la grâce. C'est dans son livre vi des Tapisseries, où il dit quel'homme spirituel, dont il y fait la peinture guaçuxus (c'est toujours ainsi qu'il appelle le parfait chrétien)

demande

pour aller demande à Dieu les vrais biens , c'est-à-dire, les biens de l'ame (1). Voilà ce qu'il dit en général, et qui comprend tout, et autant le commencement comme la fin. Pour s'expliquer plus en particulier, il ajoute que l'action de graces et la demande qu'on fait à Dieu de la conversion du prochain , est le propre exercice du spirituel (2). On demande donc la conversion du prochain , c'est-à-dire, comme le démontre saint Augustin, l'actuel commencement de la bonne vie, comme un don venu de Dieu. On demande, dit encore saint Clément d'Alexandrie (3), que ceux qui nous haïssent soient amenés à la nitence. C'est par où saint Augustin prouvoit encore que Dieu prévenoit les hommes dans le péché, pour leur inspirer le désir d'en sortir (4). C'est par où la pénitence commence. Nous verrons bientôt comment on demande la suite; mais pour montrer l'efficace de la grâce de la conversion, saint Clément ajoute, que comme Dieu peut tout, le spiri, tuel obtient tout ce qu'il veut. Par conséquent, la conversion est regardée en ce lieu comme l'ouvrage d'une grâce toute-puissante : le fidèle qui la demande pour un pécheur croit l'avoir reçue pour lui-même, et ne croit pas être converti par une autre grâce que par celle qu'il demande pour les autres. Pour venir à la persévérance, saint Cléinent ajoute (5), que l'homme spirituel demande la stabilité des biens qu'il possède avec une bonne disposition pour obtenir ce qui lui manque , et la perpétuité de ce qu'il a encore à recevoir; à quoi il ajoute

(1) Strom. lib. vii. p. 518. (2) P. 519.. (') Ibid. p. 534. () Enchirid. c. xxxii. de don. persev. c. xix. * (5) P.520. BOSSUET. V.

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ces paroles, qui comprennent tout (1): Il demande que

les vrais biens, qui sont ceux de l'ame, soient en lui et y demeurent, ce qui enferme le commencement et la fin ; et un peu après : Celui qui se convertit de la gentilité (par la grâce qu'on vient de voir ) demande la foi : celui qui s'élève, qui s'avance à la spiritualité, demande la perfection de la charité, et celui qui est parvenu au degré suprême, demande l'accroissement et la persévérance dans la contemplation, comme les hommes vulgaires demandent la perpétuité de la santé. Que demande cet homme vulgaire, sinon qu'en effet il se porte toujours bien ? Le spirituel demande de même l'effet d'une perpétuelle santé, ce que ce Père exprime par ces paroles (2) : Il demande ( le vrai chrétien) de ne jamais déchoir de la vertu; et il ajoute que les deux extrêmes (le commencement et la fin ) la foi et la charité ne s'enseignent pas, non qu'en effet on ne les enseigne, puisqu'il les enseigne lui-même dans tout cet endroit; mais parce que selon sa doctrine précédente, il les faut plutôt encore demander à Dieu que les enseigner aux hommes, à qui elles sont inspirées d'en-haut, comme il a dit.

Voici encore sur ce sujet, en un autre endroit, quelque chose de bien distinct (3). Le spirituel demande , premièrement, la rémission de ses péchés, ensuile de ne pécher plus, et enfin, de pouvoir bien faire ; c'est-à-dire, de le vouloir avec tant de force, qu'il en vienne enfin à l'effet de ne pécher pas, et de persévérer dans la vertu, comme il l'explique dans toute la suite des passages qu'on vient d'entendre. (1) P. 521.-(1) P. 523.

(3) Lib. vi. p. 479

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