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dant sa vie, et ce qu'il fait encore à présent, parce qu'il est la puissance et la sagesse de Dieu. Et

pour montrer qu'il ne faut attribuer qu'à une grâce toute-puissante ces effets de la prédication, il compare à Jésus-Cbrist un Simon et un Dosithée (1), qui sont demeurés sans suite , et à qui dans toute la terre il n'est resté aucun disciple, encore qu'on ne fut pas obligé de soutenir la mort pour maintenir leur doctrine : au lieu que les disciples de JésusChrist, exposés pour soutenir son Evangile aux dernières extrémités, sont demeurés fermes, et sa grâce a surmonté tous les obstacles.

Il faut toujours se souvenir que ces obstacles à la doctrine de Jésus-Christ, étoient dans le libre arbitre de l'homme , dont il falloit par conséquent qu'il se rendit maître par la puissance de sa grâce, et aussi à cause qu'il a voulu que la loi cessât, et que l'Evangile fût établi : « La loi a été ôtée entière» ment : les chrétiens, malgré tous les obstacles, » se sont accrus jusqu'à une si prodigieuse multi» tude : il leur a donné la confiance de parler sans w crainte Tapproiav : et parce qu'il plaisoit à Dieu que » les gentils proftassent de la prédication, tous les » desseins des hommes qui lui résistoient sont de» meurés inutiles, et plus les rois se sont efforcés à

opprimer les fidèles, plus le nombre s'en est augmenté de jour en jour ».

(1) Lib. vi. p. 282.

CHAPITRE XXIX.

Dieu fait ce qu'il veut dans les bons et dans les mauvais:

beau passage d'Origène, pour montrer que Dieu tenoit en bride les persécuteurs. .

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mou

La puissance de Dieu à régir et à conduire où il veut le libre arbitre de l'homme, s'est montrée si grande dans la prédication de l'Evangile, qu'elle agissoit non-seulement sur les chrétiens, mais encore sur les infidèles : « Dieu, dit-il (1), tient en in bride dans les temps qu'il faut, les persécuteurs » du nom chrétien : quand il veut , ils font » rir qu'un petit nombre de chrétiens, Dieu ne leur » permettant pas d'exterminer entièrement la race » fidèle. Car il - falloit qu'elle subsistât et qu'elle

remplît tout l'univers ; et pour donner aux fidèles

plus infirmes le temps de respirer, il a dissipé tous 2: les conseils de leurs ennemis; en sorte que ni les » rois, ni les gouverneurs des provinces, ni les peu» ples n'ont pu s'emporter contre eux au-delà de » ce que Dieu leur permettoit. C'est pourquoi , » ajoute Origène (2), toutes les fois que le tentateur » reçoit, par la permission de Dieu, la puissance » de nous persécuter, nous sommes persécutés, et » toutes les fois que Dieu ne veut pas que nous » souffrions de tels maux, par une merveille sur» prenante, nous vivons en paix au milieu du monde » ennemi, et nous mettons notre confiance en celui » qui dit : AYEZ COURAGE, J'AI VAINCU LE MONDE ».

(1) Lib. II. p. 116. — (1) Lib. viii. p. 424.

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La suite de ce passage n'est pas moins belle; mais on ne peut pas tout rapporter, et ceci suffit pour démontrer, par un auteur qu'on accuse de trop donner au libre arbitre, que Dieu peut tout pour le contenir, et qu'il opère ce qu'il lui plaît, non-seulement dans ses fidèles pour leur faire faire le bien, mais encore dans ses ennemis pour les empêcher de faire le mal qu'ils voudroient.

CHAPITRE XXX.

Grande puissance de la doctrine et de la gráce de JésusChrist, comment démontrée et expliquée par Origène.

Ce docte auteur nous fait voir encore la grande puissance de la doctrine et de la grâce de JésusChrist, lorsqu'il enseigne que la prédication prévaudra un jour sur toute la nature raisonnable, et changera l'ame en sa propre perfection; dont il rend cette raison (1): Qu'il n'y a point dans les ames de maladies incurables, ni aucun vice que le Verbe ne puisse guérir; car il n'y a point de malignité ni de mauvaise disposition si puissante en l'homme, que le Verbe ne soit encore plus puissant, en appliquant à chacun selon qu'il plait à Dieu, le remède dont l'effet et le succès est dóter les vices.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce passage, c'est qu'il y fait mention expresse du libre arbitre de l'homme; ce qui ne sert qu'à montrer que lorsqu'il est prévenu de cette manière que Dieu sait,

(1) Lib. ym. p. 425.

il n'empêche point l'effet de la grâce; et comme dit saint Augustin, que lorsque Dieu veut guérir, nul libre arbitre ne lui résiste. Origène n'en a pas dit moins, et le principe d'où il infère cette conséquence, est qu'il y a dans le Verbe une vertu médicinale infinie (1), par laquelle il a guéri , dès qu'il a été dans le monde, non-seulement la pre vulgaire par un attouchement sensible, mais encore une autre lepre, c'est-à-dire, celle des vices, par un attouchement vraiment divin , sans doute aussi efficace et d'un secours aussi infaillible, que celui dont il guérissoit la lèpre du corps.

Il a appliqué aux hommes ce divin remède par la prédication de ses apôtres, dans laquelle il y avoit une « démonstration de la vérité qui leur » étoit divinement donnée, et qui les rendoit dignes » de croyance par l'esprit et par la puissance qui » accompagnoient leur parole. C'est pourquoi elle » couroit vite et rapidement, ou plutôt le Verbe » de Dieu changeoit par eux plusieurs hommes,

qui étoient nés dans le péché et pleins de mau» vaises habitudes, que les hommes n'auroient pas » changées par quelque supplice que ce fût; mais » le Verbe de Dieu les a changés, les formant et » les refaisant, ou les refondant selon son bon

plaisir (2) ». Voilà encore une fois ce qu'enseigne sur l'efficace de la grâce un homme que M. Simon oppose à saint Augustin, comme le défenseur du libre arbitre. Que ce soit lui qui parle ainsi, selon son propre sentiment, ou, comme quelquesuns l'aiment mieux, que ce soit l'esprit de l'Eglise

(-) Lib. 1. p. 37. — () Lib. m. p. 152.

et de la tradition qui l'entraînent, pour ainsi parler, à dire des choses au-dessus de son propre esprit, la preuve de la vérité n'en est pas moins constante, et peut-être est-elle encore plus forte dans cette dernière présupposition.

CHAPITRE XXXI.

Que cette gráce reconnue par Origène est prévenante,

et quel rapport elle a avec la prière.

Il ne reste plus qu'à démontrer que cette grâce qu'on voit déjà si efficace est encore prévenante; mais c'est de quoi Origène ne nous permet pas de douter, lorsqu'il dit (1), que la nature humaine n'est pas suffisante à chercher Dieu en quelque façon que ce soit , et à le nommer même, si elle n'est aidée de celui-même qu'elle cherche. Nous cherchons donc, mais inutilement, si celui que nous cherchons ne nous aide ; c'est-à-dire, ne nous cherche le premier; ce qui fait dire au même Origène, dans son livre de la Prière, que la grâce nous prévient, lorsqu'en étant venu à l'explication de cette demande de l'Oraison dominicale : votre volonté soit faite , en la terre comme au ciel, il parle ainsi (2) : « Si nous sommes encore terre à » cause de nos péchés, nous prions que l'efficace » de la divine volonté s'étende jusqu'à nous pour » nous corriger, de même qu'elle a prévenu ceux

qui avant nous ont été faits et sont ciel, (par (1) Lib. vii. p. 360. 19; Explicat. Or. Dom. n. 15. pag.

85.

quæst. 103.

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