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efficace et toute-puissante de la grâce(), dans chaque action de piété, depuis le commencement jusqu'à la fin de la vie, en a conclu que ces saints, par exemple, saint Cyprien, saint Grégoire de Nazianze, saint Ambroise avoient enseigné la même doctrine que lui sur la prédestination; car encore qu'ils ne la nommassent pas dans les passages qu'il en rapportoit, c'étoit assez dans le fond qu'ils reconnussent cette grâce qui donnoit l'effet , et non-seulement le commencement, mais encore la persévérance, pour conclure qu'ils donnoient tout à la prédestination, dès qu'ils donnoient tout à la grâce.

Sur ce fondement, il ne s'étonna jamais de ce qu'on lui objectoit des anciens. On lui disoit qu'ils mettoient une prédestination fondée sur la prescience; mais il répondoit que cela étoit très-véritable (2). Lui-même, dans cette célèbre définition de la prédestination qui n'est ignorée de personne, faisoit marcher la prescience la première. La prédestination est, disoit-il (5), la prescience et la préparation des bienfaits de Dieu , par lesquels sont certainement délivrés lous ceux qui le sont. C'est donc premièrement une prescience, et c'est dans la suite la préparation d'une grâce actuellement et certainement délivrante à l'égard de tous les élus. Selon cette définition, il n'excluoit pas de la prédestination la prescience de nos bonnes æuvres, pourvu qu'on vît que nos bonnes cuvres étoient aussi celles de Dieu , par l'effet certain de la grâce qu'il préparoit pour les faire; et c'est pourquoi, en un autre endroit, il

(1) Aug. de don. pers. c. XIX, XX.

(a) De don. persev. c. XVIIL - (3) Ibid.

enseigne que prédestiner, en Dieu, n'est autre chose que de prévoir ce qu'il veut faire dans les hommes; ce qui emporte la prescience de leurs bonnes cuvres, mais comme enfermées dans la préparation de sa grâce, et en cette qualité, quvres de Dieu de la façon particulière qu'on vient d'expliquer. C'est ce qu'il explique encore ailleurs, plus clairement par ces mots : En Dieu prédestiner, dit-il (1), n'est autre chose

que d'avoir disposé ses oeuvres futures dans sa prescience, qui ne peut ni se tromper, ni être changée. Quand il dispose ses æuvres futures, il dispose en même temps les nôtres qui y sont comprises ; et ainsi, la prescience de nos cuvres, comme opérées de Dieu même par des moyens infaillibles, fait la première partie de la prédestination.

Il prouve même, par un passage de saint Paul (2), que la prédestination est appelée prescience. Dieu , dit l'Apôtre (3), n'a pas rejeté son peuple qu'il a connu dans sa prescience. Saint Augustin démontre par toute la suite, que ce peuple prévu de Dieu, est le peuple prédestiné qu'il a prévu qu'il formeroit par l'effet certain de sa grâce; et ce Père conclut de là (4), que si quelques interprètes de l'Ecriture , en parlant de la vocation des élus, l'ont appelée une prescience, ils ont entendu par-la prédestination elle-même, et ont mieux aimé se servir du terme de prescience, parce qu'il étoit plus intelligible, et que d'ailleurs il ne répugnoit pas, mais plutôt qu'il convenoil parfaitement à la doctrine de la prédestination de la grace.

Voilà donc un beau dénouement de saint Augustin sur la doctrine des anciens. Un grand nombre d'eux, et Clément Alexandrin, autant et plus que les autres, ont dit que la prédestination étoil fondée sur la prescience (1), et encore sur la prescience de nos bonnes œuvres futures. Si c'est une prescience de nos bonnes æuvres, que nous devions faire, sans que Dieu nous y inclinât par des moyens infaillibles, ils sont contraires à saint Augustin; mais si c'est une prescience de nos bonnes cuvres, comme faites par des moyens infaillibles préparés de Dieu, c'est précisément et rien plus ce que demande ce Père. Or est-il que

() Ibid. xviii.

(3) Rom. XI. 2,

(1) De don. persev. C. XVII. - (4) Ibid.

visiblement ils entendent que nos bonnes æuvres sont prévues de Dieu, comme devant être faites par des moyens infaillibles préparés de Dieu, comme il a été démontré par leurs prières et par celles de l'Eglise; par conséquent la prescience qu'ils ont établie, loin de répugner à saint Augustin et à la prédestination qu'il a établie, y est parfaitement conforme.

CILAPITRE XXXV.

Que la coopération du libre arbitre avec la gráce, que

demandent les anciens docteurs, n'empêche pas la parfaite conformité de leur doctrine avec celle de saint Augustin.

On objecte qu'ils ont dit souvent, et saint Clément d'Alexandrie entre les autres (2), qu'il falloit coopérer par le libre arbitre avec cette grâce, et que comme libres nous devions être sauvés de nous-mêmes. Il

(1) Lib. v. Strom. p. 450.- (2) Lib. vi. p. 479. Lib val. p. 519.

est vrai, il l'a dit ainsi dans les endroits mêmes que j'ai cités, et il l'a dû dire; et saint Augustin l'a dit aussi, lorsqu'il répète cent fois que dans les touches les plus efficaces de la grâce, c'est à notre propre volonté à consentir ou à ne consentir pas. Mais il a dit en même temps, que c'est en cela que paroît la toute-puissance de la grâce, qu'elle incline le libre arbitre où il lui plaît, en le laissant libre arbitre; ce qu'il prouve principalement par la prière, puisqu'on у

demande à Dieu l'effet même du libre arbitre et son exercice, comme une chose qu'il doit opérer par des moyens infaillibles. Or est-il que les autres docteurs disent précisément la même chose, et font des prières où ces moyens infaillibles de fléchir les cæurs, que saint Augustin enseignoit, sont expressément contenus, puisqu'ils y sont demandés, comme on l'a vu, par tous les exemples des prières, tant publiques que particulières, et en dernier lieu par celles de saint Clément d'Alexandrie. Par conséquent ils sont tous d'accord avec saint Augustin, et ce Père a raison de dire que la prière les concilie tous dans une seule et même doctrine,

CHAPITRE XXXVI.

En quel sens on dit que la gráce est donnée à ceux qui

en sont dignes, et qu'en cela les anciens ne disent rien autre chose que ce qu'a dit saint Augustin.

On objecte enfin, que les anciens disent, et saint Clément d'Alexandrie comme les autres, encore dans les endroits que j'ai allégués, que dans la distribution de la grâce, Dieu la donne à ceux qu'il en trouve dignes , ou, ce qui est la même chose , à ceux qu'il y trouve propres et disposés à la recevoir (1); ce qui semble dire qu'elle est prévenue par

les mérites des hommes, contre la doctrine expresse de saint Augustin. Mais ce Père a encore dénoué cette difficulté. L'inconvénient, dit-il (2), n'est pas d'assurer

que

Dieu donne la grâce à ceux qui en sont dignes, et qui y sont propres, mais à ne savoir pas par où ils le sont. Dieu donne la vie éternelle à ceux qui en sont dignes : cela est certain et de la foi, car il ne la donne qu'au mérite; mais il reste à examiner qui les en fait dignes. Si vous dites que c'est une grâce si divinement préparée qu'elle les convertit actuellement, et les rend actuellement féconds en bonnes cuvres, saint Augustin est content et n'en veut pas davantage. Or est -il, encore une fois, que tous les docteurs ont reconnu cette grâce et l'ont demandée, et chacun en particulier et tous avec toute l'Eglise, comme on a vu; et saint Clémenrt d'Alexandrie, qui vient de nous dire que Dieu accorde la grâce à ceux qu'il y trouve propres et disposés à la recevoir (3), nous a dit que cette bonne disposition est une des choses qu'on demande à Dieu. Origène, son disciple, a enseigné la même doctrine, lorsqu'il dit que Dieu

Dieu se donne à la vérité à ceux qui sont dignes de lui , mais en même temps aussi qu'il les en rend dignes (4). Saint Ephrem dit souvent que Dieu aime ceux qui en sont dignes. Nous avons

Lib. vii. pag. 519, 526. (2) De præd. SS. c, X. p. 622. — (3) Clem. Alex. ibid. 520.- (4) Lib. . cont. Cels. p. 141.

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