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c'est par

vu qu'il dit aussi ce que c'est la grâce qui les en fait dignes. Ils ne sont donc pas contraires à saint Augustin, et il a dit avec eux, sans difficulté, que Dieu distribue sa grâce à ceux qu'il en juge dignes. Mais il reste, dit-il (1), à examiner comment ils en ont été faits dignes ; les uns disent que

leur

propre volonté, et nous disons que c'est par la grâce et la prédestination divine.

C'est ce qu'il dit ailleurs en d'autres termes : La vie éternelle est une grace (a), cela est certain, puisque ce sont là les propres paroles de saint Paul; mais il ne laisse pas d'être véritable que Dieu ne la donne qu'à ceux qui la méritent; c'est-à-dire, en d'autres paroles, à ceux qui en sont dignes. Mais și elle est donnée au mérite, comment donc est-elle une grâce, sinon à cause que les mérites auxquels elle est donnée nous sont eux-mêmes donnés ? Voilà donc comment on est digne, voilà comment on mérité, d'une dignité et d'un mérite qui sont euxmêmes donnés par celui qui donne tout.

Conformément à cette doctrine, l'Eglise dans ses prières, où nous avons vu que sa foi nous est déclarée, n'hésite pas à reconnoître que nous sommes dignes de la grâce de Dieu, mais c'est en disant que lui - même nous en rend dignes. Nous vous prions , Seigneur , que cette hostie salutaire nous fasse dignes de votre protection : TUA NOS PROTECTIONE DIGNOS EFFICIAT. Ailleurs : Faites-nous dignes de votre grdce, des dons célestes, de la participation de vos saints mystères, etc. Rendez - nous propres à en recevoir l'effet, etc. Voilà ce qu'on

(: De præd. SS. 6. X. - (2) Epist. ad Sixt.jam cil.

trouve en cent endroits dans les prières de l'Eglise latine. L'Eglise grecque répond à ce sentiment : Faites-nous dignes , dit-elle (1), de chanter l'hymne des séraphins, d'approcher de votre autel : faitesnous-y propres ; et dans la messe de saint Jacques (2): Faites-nous dignes du sacerdoce, faites-nous dignes de dire: Notre Père, qui étes dans les cieux, etc. Dans celle de saint Marc, dans celle de saint Basile (3), la même chose de mot à mot; et encore : Rendeznous propres au sacerdoce : rendez-moi propre à me présenter à votre autel. Dans celle de saint Chrysostôme (4), les mêmes paroles ; et encore : Faites-nous dignes de vous offrir ce sacrifice : faitesnous propres à vous invoquer en tout temps et en tout lieu ; par où l'on demande en termes formels la grâce de prier; et enfin (5): Nous vous rendons graces de nous avoir faits dignes d'approcher de votre autel. Nous sommes donc dignes; mais c'est Dieu qui nous le fait. Je dis plus : nous nous faisons dignes; mais c'est Dieu qui nous accorde la grâce de nous faire dignes; ce que la messe de saint Basile explique en cette sorte (6): 0 Dieu qui nous avez remplis des délices (de votre table), accordeznous que nous nous en rendions dignes. Il ne faut donc plus opposer l'Eglise grecque à la latine , les Pères grecs à saint Augustin et aux Latins : les deux Eglises sont comme deux chwurs parfaitement accordans, où, en different langage, mais avec un même esprit, on célèbre également la prévention et l'efficace de la grâce.

(1) P.3, 11.-) P. 31, 38. - (3) P. 56, 46, 47.-P. 72, 71.- (5) P.78.- O P. 58.

CHAPITRE XXXVII.

En quel sens saint Augustin a condamné la proposition

de Pelage : la grâce est donnée aux dignes.

Il est vrai que saint Augustin blâme dans la bouche de Pélage cette façon de parler : La gráce est donnée à ceux qui en sont dignes, comme contraire à la prévention gratuite de la grâce; mais cet hérésiarque avançoit indistinctement la proposition de toutes les grâces : DONARE DEUM EI QUI FUERIT DIGNUS OMNES GRATIAS : Dieu donne toutes les grâces à celui qui en est digne (1). Ce n'étoit pas ainsi qu'il falloit parler. Le mérite de la volonté précède, dit saint Augustin (2), quelques dons de Dieu, mais non pas tous. Ainsi il falloit user de distinction, et non pas insinuer, comme Pélage, qu'on pouvoit se rendre digne de toutes les graces. Quand saint Paul dit : J'ai bien combattu, etc., et la couronne de justice m'est réservée, que Dieu, ce juste juge me rendra. Sans doute , dit saint Augustin (3), cette couronne est donnée à un homme qui en étoit digne , et ne pouvoit être donnée (par ce juste juge ) à quelqu'un qui ne le füt pas ; et encore après (4): La récompense étoit due à un apôtre qui en étoit digne, ce qu'il répète cent fois; mais pour cela ilnes'ensuit pas que, comme disoit Pélage, toutes les graces , ou que la grâce indéfiniment et absolument ne fût donnée qu'à ceux

(1) De Gestis Pelag. c. xiv. n. 33.—(2) Enchirid. n. 32. — (3) Ibid. n. 35. — (1) Ibid. n. 36.

qui en étoient dignes ; puisque s'il y en avoit qui fussent données à ceux qui en étoient dignes , comme la couronne de justice à saint Paul, la grâce lui avoit été donnée auparavant, encore qu'il en fût indigne , lui ayant été donnée pendant qu'il étoit encore persécuteur.

CHAPITRE XXXVIII.

En quel sens on prévient Dieu, et on en est prévenu.

SELON cette règle, il est constant qu'on prévient Dieu par rapport à certaines grâces; et ce n'est pas là une question ; puisque même le Psalmiste a dit : Prévenons sa face par une humble confession (1) de nos péchés ou de ses louanges. Quand on demande, quand on frappe, quand on cherche, selon la parole de Jésus-Christ (2), afin qu'il nous soit donné, qu'il nous soit ouvert, que nous trouvions, il est sans doute qu'on prévient Dieu; mais il n'en est pas moins assuré qu'on en est aussi prévenu. Gar premièrement, il ne faut pas croire que Dieu ne donne ses grâces qu'à ceux qui l'en prient. Il est libéral par lui-même , dit saint Clément d'Alexandrie (3), et il prévient les prières. Or le cas où il les prévient le plus clairement, c'est sans doute lorsqu'il les inspire. La prière est un bien de l'ame, c'est-à-dire, un de ces vrais biens dont Dieu est l'auteur , selon ce Père, comme on a vu. La foi même est celle qui prie , dit-il encore; or c'est Dieu qui donne la foi,

(1) Ps. xciv. 2. —

(7) Matth. vil. 7.

(3) Pag. 530, 521.

et c'est à lui qu'il nous a dit que nous devions la demander. Saint Augustin ne parle pas autrement. C'est Dieu, dit encore saint Clément (1), qui envoie du ciel l'intelligence , que David aussi lui demande, en lui disant : Je suis VOTRE SERVITEUR, FAITES QUE J'ENTENDE; d'où ce Père conclut aussi, que l'intelligence vient de Dieu (2) La foi en vient donc, puisque c'est de la foi que vient toute l'intelligence du chrétien. Enfin, nous avons vu dans le même Père, qu'on demande à Dieu la justice; or nul ne la demande ni ne la désire, que celui qui en a déjà un commencement ; mais ce commencement ne lui peut venir que

de celui à qui il demande le reste. Ainsi la prière est une preuve que Dieu est auteur de tout bien, et de la prière même, dont aussi nous avons vu qu'on attribue à la grâce l'effet actuel.

Ainsi à divers égards nous prévenons Dieu, et nous en sommes prévenus. Selon ce que nous sentons, c'est nous qui prévenons Dieu : selon ce que nous enseigne la foi, Dieu nous prévient par ces occultes dispositions qu'il met dans les cours. C'est pourquoi les anciens, qui ont précédé saint Augustin, ont raison de dire, tantôt que Dieu nous prévient, et tantôt que nous le prévenons; et tout cela n'est autre chose que ce que le même saint Augustin a développé plus distinctement par ces paroles (3): « Il faut tout donner à Dieu, parce que

c'est » lui qui prépare la volonté pour lui donner son » secours, et qui continue à l'aider encore après » l'avoir préparée : ET PRÆPARAT ADJUVANDAM (1) Lib. vi. p. 465. — (2) Ibid. p. 499. — (3) Enrichid. c. XXXU.

ET

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