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» ADJUVAT PRÆPARATAM; car la bonne volonté de » l'homme précède plusieurs dons de Dieu, mais » non pas tous : et il la faut mettre elle-même parmi » les dons qu'elle ne précède pas; car nous lisons » l'un et l'autre : Sa miséricorde nous prévient (1), » et sa miséricorde me suit (2). Il prévient celui qui » ne veut pas encore le bien, afin qu'il le veuille , et

quand il le veut, Dieu le suit, afin qu'il ne le » veuille pas inutilement. Car pourquoi est-ce qu'on » nous avertit de prier pour nos ennemis, qui sans » doute n'ont pas encore la bonne volonté (puisqu'ils » nous haïssent), si ce n'est afin que Dieu commence » à l'opérer en eux ? Et pourquoi nous avertit-on » de demander, afin de recevoir, si ce n'est afin

qu'en effet Dieu nous donne ce que nous voulons,

après nous avoir donné un bon vouloir ? Nous » prions donc pour nos ennemis, afin que la misé» ricorde de Dieu les prévienne, comme elle nous » a prévenus, et nous prions pour nous-mêmes,

qui avons déjà été prévenus, que la miséricorde » de Dieu nous suive sans nous abandonner ja» mais »

»

(1) Ps. LVIII. 11.- () Ps. XXII. 6.

CHAPITRE XXXIX.

Que par les solutions qu'on vient de voir, saint Augustin

démontre la parfaite conformité de la doctrine des anciens avec la sienne, qui étoit celle de l'Eglise,

Par ces solides dénouemens de saint Augustin aux passages qu'on lui objectoit des anciens Pères, il concilioit leurs sentimens avec les siens, qui étoient ceux de l'Eglise , et il faisoit voir qu'ils enseignoient la prédestination comme lui (1). Saint Cyprien l'enseignoit, lorsqu'il disoit , que Dieu donnoit le commencement de la foi, qu'il donnoit la persévérance, qu'il lui falloit tout donner, et ne nous glorifier de rien du tout , parce que nous n'avions rien à nous (2), à cause que tout le bien, et celui même que nous faisons, nous venoit de Dieu. Saint Ambroise l'enseignoit, lorsqu'il disoit, que nous n'avions pas notre coeur ni nos pensées en notre puissance (3) : que s'il vouloit il feroit dévots les indévots, parce qu'il appelle qui il veut, el qu'il fait religieux qui il lui plait (4). Le même saint Ambroise n'enseignoit pas moins clairement cette vérité sur ces paroles de saint Luc : Il m'a semblé bon ( d’écrire l'Evangile), lorsqu'il disoit (5): « Ce n'étoit point par la volonté humaine qu'il

parloit ainsi, mais comme il plaisoit à Jésus

»

(1) De dono pers. C. XIX.

(2) Ibid. — (3) Ambr. de fug. sæc. c. I. - (4) Id. in Luc. cap. vii. n. 27. — (5) In proæm. Aug. ibid.

1

» Christ, qui parloit en lui, et qui opère en nous » que ce qui est bon en soi nous paroisse tel. Car » il appelle ceux pour qui il est touché de com» passion. Ainsi, celui qui suit Jésus-Christ, lors» qu'on lui demande pourquoi il a voulu être chré» tien, peut répondre (comme saint Luc), il m'a » semblé bon ; et lorsqu'il parle en cette sorte, il » ne nie pas qu'il n'ait aussi semblé bon à Dieu, » parce que c'est Dieu qui prépare la volonté des » hommes, et que c'est une grâce de Dieu, que » Dieu soit honoré par un saint ».

Parmi les Orientaux, saint Grégoire de Nazianze enseignoit encore, dit saint Augustin (1), cette même vérité de la prédestination et de la grâce, lorsqu'il demandoit, ainsi que nous avons vu, pour les ennemis de la divinité du Saint-Esprit, qu'ils crussent et qu'ils confessassent la vérité.

Saint Augustin démontre que ces saints docteurs enseignoient tout ce qu'il faut croire sur la prédestination, et la même chose que lui. C'est ce qu'il prouve en résumant les passages qu'on vient de voir, et en faisant le précis de cette sorte : Tous ces grands docteurs donnant tout à Dieu , et disant toutes les choses qu'on vient d'entendre, à savoir, que notre cour n'est pas en notre puissance, que Dieu fait dévots et religieux qui il lui plait, que c'est un effet de sa grâce que nous voulions ce qu'il veut, que nous l'honorions, que nous recevions Jésus-Christ, que nous croyions à la Trinité, et que nous confes

(1) Ibid. Greg. Naz. Oral. xliv. in Pent. ci-dessus, C. XXVIII.

sions notre croyance; tous ces docteurs, dit-il, ont sans doute confessé la grâce que je défends; mais en la confessant, poursuit-il, « dira-t-on qu'ils ont » nié la prescience que les plus ignorans recon» noissent? Mais s'ils connoissoient que Dieu donne » la grâce, et s'ils ne pouvoient pas ignorer qu'il » ne l'eût prévue, et ceux à qui il l'avoit destinée, » sans doute ils reconnoissoient la prédestination

qui a été prêchée par les apôtres, et que nous » défendons avec une attention particulière contre » les nouveaux hérétiques ».

Il n'y a rien de plus clair ni de plus démonstratif que cette preuve de saint Augustin ; et c'est pourquoi il conclut (1), que c'est élre trop contentieux que de douter le moins du monde de la pi édestination qu'il enseignoit, c'est-à-dire, d'une prédestination entièrement gratuite, selon la définition que ce Père en avoit donnée. Car cette prédestination, comme on a vu, n'étant autre chose la

que prescience et la préparation des bienfaits de Dieu , par lesquels sont délivrés très-assurément tous ceux qui le doivent être, puisque déjà il est certain par la foi, que cette suite des bienfaits de Dieu ne peut pas tomber sous le mérite, et qu'il ne reste autre chose que d'en reconnoître la prescience et la préparation dans l'éternité, sur laquelle il n'y a aucune dispute, il s'ensuit que la querelle qu'on peut faire à saint Augustin n'est que chicane, et que sur le seul fondement des prières ecclésiastiques, sans encore entamer les autres preuves, la doctrine de ce saint,

(1) De dono pers. c. xxi. n. 56.

720 DÉFENSE DE LA TRADITION, etc., Liv. XII. qu'on vient d'exposer sur l'efficace de la grâce et la prédestination gratuite, non-seulement est incontestable en elle-même, mais encore évidemment et inévitablement établie du commun accord de l'Orient et de l'Occident, qui est ce qu'il falloit dé montrer.

INSTRUCTION

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