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DE

CAS DE CONSCIENCE

OU

DÉCISIONS,

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE,
DES PLUS CONSIDÉRABLES DIFFICULTÉS

TOUCHANT

LA MORALE ET LA DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE,

TIRÉES DE L'ÉCRITURE, DES CONCILES, DES DÉCRÉTALES DES PAPES, DES PÈRES ET DES PLUS

CÉLÈBRES THÉOLOGIENS ET CANONISTES TANT ANCIENS QUE MODERNES;

PAR PONTAS,

REVU PAR AMORT, REVU PAR COLLET, REVU PAR VERMOT.

PUBLIÉ

PAR M. L'ABBÉ MIGNE,
*DITBUR DE LA BIBLIOTHÈQUE UNIVERSBLLB DU CLERGH,

OD

DES COURS COMPLETS SUR CHAQUE BRANCHE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE.

TOME SECOND.

2 vol. PRIX : 14 FRANCS.

S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, ÉDITEUR,
AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, AU PETIT-MONTROUGE,

BARRIÈRE D'ENFER DE PARIS.

1847

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V.19 DICTIONNAIRE CAS DE CONSCIENCE, ,

DÉCISIONS

00

DES PLUS CONSIDÉRABLES DIFFICULTÉS

TOUCHANT LA MORALE ET LA DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE,
TIRÉES DE L'ÉCRITURE, DES CONCILES, DES DÉCRÉTALES DES PAPES, DES PÈRES,

ET DES PLUS CÉLÈBRES THÉOLOGIENS ET CANONISTES.

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JUGEMENT TÉMÉRAIRE. Un jugement est téméraire, lorsqu'on croit et qu'on juge qu'une personne a dit ou fait quelque mal, quoiqu'on n'ait aucune raison suffisante, aucun motif assez fort pour déterminer un homine prudent; en effet, c'est une témérité de croire le mal sans en avoir des preuves. Nolite judicare ut non judicemini. Nous ne voudrions pas que notre prochain formât de nous une mauvaise opinion sans sujet; il a le même droit que nous.

Il y aurait péché mortel à s'arrêter, de propos délibéré, à un jugement téméraire, lorsqu'il serait en matière grave, réfléchi et pleinement délibéré ; il blesse gravement la réputation d'autrui et par conséquent la justice. Souvent les jugements téméraires, même en matière grave, ne sont que véniels, soit parce qu'ils ne sont pas pleinement volontaires, soit parce qu'ils ne sont pas notablement téméraires. Il n'y a pas même de péché véniel dans un jugement téméraire, si la volonté n'y a aucune part; si on le désapprouve dès qu'on s'aperçoit qu'il est injuste. Les personnes qui ont la crainte de Dieu ne doivent pas s'inquiéter des jugements téméraires qui s'offrent sans cesse à leur imagination; la peine qu'elles en éprouvent, les efforts qu'elles sont afin de s'en débarrasser donnent assez à comprendre que ce sont de pures tentations auxquelles elles ne consentent pas.

Avez-vous distingué en confession le jugement du doule et du soupçon téméraire ? Le doute est une espèce de suspension qui tient notre esprit dans l'équilibre, sans qu'il penche ni d'un colé ni d'un autre. Le soupçon est une disposilion à consentir, quoique faiblement. Le jugement enfin est un consentement ferme et déterminé. Figurez-vous une balance. Si la balance est dans un parfait équilibre, voilà le doute; si elle penche plus d'un coté que de l'autre, voilà le soupçon; enfin si l'un des bassins de la balance l'emporle entièrement sur l'autre, voilà le jugement formé; par exemple, vous pensez à la probité de cet homme, vous ne la croyez ni bonne ni mauvaise, voilà le doute; vous penchez à la croire mauvaise plutôt qu'à la croire bonne, voilà le soupçon; vous affirmez en vous-même qu'elle est mauvaise, voilà le jugement. Saint Paul ayant pris une poignée de sarments pour la jeter dans le feu, une vipère qui s'y trouvait, mordit la main du saint apolre. Les habitants du pays portèrent dans ceite occasion un jugement téméraire et précipité contre saint Paul, et se dirent entre eux : Il faut que cet homme soit bien coupable, puisqu'à peine échappé du naufrage, la vengeance divine le poursuit encore. Vous avez perdu quelque objet, aussitôt vous jugez que c'est un lel ou une telle qui l'a pris. Quelqu'un a-t-il le malheur de faire une faule, on l'en croil coupable toute sa vie; il a fait ceci, donc il est capable de faire cela.

Avez-vous interprété en mauvaise part les actions de votre prochain ? Sa dévotion, l'avezvous regardée comme une hypocrisie, sa modestie comme une affectation, ses aumônes comme des traits d'amour-propre ? Parce que l'ail est mauvais, on voit du mal partout. On juge les autres méchants, parce qu'on l'est soi-même.

Il y a plus de mal dans le jugement que dans le doule et le soupçon téméraire. Il faut plas de raison pour juger que pour soupçonner ; il en faut plus pour soupçonner que pour douler. Par exemple, ous avez vu un homme voler, vous pouvez sans i émérité juger que c'est un voleur; vous l'avez vu fuir d'une maison où l'on a fait un vol : vous pouvez sans témérité soupçonner que c'est cel bomme, mais vous n'avez pas assez de raisons pour juger.

Les jugements, les soupçons, les doutes sont plus ou moins téméraires, par conséquent plus ou moins griefs selon les raisons plus ou moins fortes qu'on a de juger, de douter ou DICTIONNAIRE DE Cas de CONSCIENCE. II.

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de soupçonner. Pour connaitre la témérité d'un jugement, il faut avoir égard à la nature de l'action, aux circonstances du temps, du lieu, de la personne et surtout à ce qui porte à juger; si c'est l'orgueil, l'envie, la haine, la légèreté.

Délions-nous des raisons que nous croirions avoir de juger. Tel croit aujourd'hui ne s'être pas trompé dans son jugement, qui demain en reconnaitra la témérité. Si nous ne pouvons justifier l'action du prochain, excusons du moins l'intention. Si une action avait cent visages, disait un saint évêque, il faudrait toujours la regarder par le plus beau. Il vaut mieux se tromper en jugeant favorablement, que de ne point se tromper en jugeant malignement.

Cas. T'itia, mère de famille très-prudente, elle un péché mortel ? prend toutes sortes de précautions contre ses R. Non, c'est une supposition. domestiques, elle met tout sous clef. Fait

JUIFS. Les juifs sont ceux qui, dispersés parmi toutes les nations, observent encore la loi de Moïse, et rejettent celle de l'Evangile, ne reconnaissant pas Jésus-Christ pour le vrai Messie. Les ge et 10° titres du premier livre du Code de Justinien traitent des juifs, et nous en avons aussi un titre dans le cinquième livre des Décrétales. Dagobert et PhilippeAuguste chassèrent les juifs de France. Louis Hutin les rappela, en 1315. Le parlement de Paris défendit par un arrêt rapporté par Bouchel, tom. I, p. 751, qu'aucun chrélien ne demeurat en qualité de domestique dans les maisons des juifs qui pouvaient encore être restés secrètement à Paris, et aux juifs d'en retenir aucun chez eux : ce qui est conforme à la défense qu'en fail Alexandre III, dans cing de ses Décrétales. Bart. Fumus taxe même de tels domestiques de péché mortel, on cas qu'il y ait danger de subyersion. Il n'est pourtant pas défendu de trafiquer avec eux dans le besoin, comme il est évident par le ch. 2 de Usuris. Ils ne peuvent être pourvus d'aucune charge, dignité, ni oflice public; ils ne peuvent même être admis en lémoignage, suivant le canon 23, II, q. 7. Il leur est défendu d'acheter aucuns fonds immeubles dans le royaume, comme l'observe Gui-Pape, qui excepte le Dauphiné. Les juifs étant avec raison mis au nombre des infidèles, on doit leur appliquer ce que nous avons dit au titre, Empêchement de la différence de religion. L'Eglise ordonne d'éviter avec soin de contracter mariage avec les juifs, d'avoir aucune familiarité avec eux; et c'est pour cela que, selon Panorme, une femme chrélienne ne peut sans péché être nourrice de l'enfant d'un juif, ni un chrétien se servir d'un médecin juif dans ses maladies.

CAs I. Un souverain a chassé les juifs de du prince, que le dommage que les juifs ses Etats, et a confisqué les biens qu'ils y causent à ses sujets par l'exaction des usures, avaient acquis par usure. L'a-t-il pu faire retombe sur lui, en ce qu'il ne peut pas lirer sans injustice?

d'eux autant de secours qu'il ferait , si ces R. Saint Thomas, Opusc. I, répond à la exactions neles appauvrissaient pas; le même duchesse de Brabant qui l'avait consulté sur saint répond à cela, que le prince se doit ce cas, qu'un prince peut bien dépouiller imputer le dommage qu'il en souffre, puisles juifs des biens qu'ils ont acquis par usures, qu'il n'oblige pas les juifs à travailler, coinme mais qu'il ne peul en conscience les retenir, on fait en Italie, et qu'il les laisse vivre dans à moins que lui-même, ou ses prédécesseurs l'oisiveté et dans la malheureuse pratique n'aient été contraints par le besoin de leurs d'exercer l'usure. Certes, si un prince souffrait affaires, de les leur payer; et qu'il est tenu que ses sujets vécussent de brigandage et de de les restituer à ceux à qui ces mêmes juifs vol, il ne pourrait se couvrir de ce prétexte étaient obligés de les rendre. Il ajoute que pour s'attribuer les biens qu'ils auraient si l'on ne peut connaître ceux à qui ces biens ainsi acquis, parce qu'il devrait impuler à appartiennent, le prince les doit employer son mauvais gouvernement le dommage qu'il en de pieux usages suivant le conseil de son pourrait souffrir par un tel désordre. évêque, ou d'autres personnes de probité, Cas III. Un juil, dont tout le bien ne provient on s'en servir pour le bien public, ou l'utilité que de ses usures, fait tous les ans un précommune.

sent au seigneur du lieu où il est établi, afin Cas Il. Quand un magistrat a justement de s'altirer sa protection. Ce seigneur peuta condamné on juif à une amende pécuniaire il recevoir ce présent ? au profit du prince, est-il, au moins en ce cas, R. Il ne peut le recevoir que dans le despermis au prince de se l'attribuer, lorsqu'il sein de le donner à ceux à qui ce juif a fait est certain que ce juif n'a point d'autre bien injustice, supposé qu'il les connaisse, ou de que celui qu'il a acquis par usure ?

l'employer en de pieux usages, ou au profit R. Non; car aucun juge ne peut adjuger du bien public, si ces personnes ne lui sont pas le bien d'autrui à celui à qui il n'appartient connues. A moins pourtant que ces biens pas. C'est pourquoi, puisque tout le bien do usuraires n'aient été donnés lib ralement à ce ce juif appartient à ceux de qui il a exigé des juif par ceux de qui il les avait reçus, et à usures, le prince doit employer de tellesåmen- qui il aurait ofleri sérieusement et de bonne des de la manière qui vient d'être marquée foi de les restituer, ainsi que l'observe le dans la décision précédente.

même saint Thomas, Mais parce qu'on peut objecter en faveur

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