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peu après il sut déclaré son successeur, par les suffrages unanimes des troupes. Ce nouveau Chef, se voyant à la tête d'un gros parti, osa porter ses vues jusquau trône. Les Tartares, informés du progrès de ses armes, mirent une armée nombreuse en campagne; mais il les prévint & les attaqua si brusquement, qu'il les obligea de prendre la suite: ceux-ci étant revenus plusieurs fois à la charge, il les défit toujours, & ne cessa de les poursuivre que quand il les eut entiérement chassés de la Chine.

, Aussi-tôt qu'il sut parvenu à l'Empire, il fit élever, par reconnoissance pour les Bonzes qui l'avoient accueilli dans fa misere , le temple superbe dont nous parlons; il leur assigna des revenus pour entretenir commodément jusqu'à trois cents personnes, fous un Chef de leur Secte qu'il constitua Mandarin, avec pouvoir de les gouverner indépendamment des Officiers de la ville.

Ce pagode s'est soutenu tant qu'a duré la dynastie précédente; celle des Tarrares Orientaux qui lui a succédé, I'a laissé dépérir, & l'on n'y voit plus actuellement qu'une vingtaine de ces Prêtres d'idoles, presque réduits à la mendicité.

Lin-tcheou-fou. , qui est la derniere ville du premier ordre, n'est distinguée des autres que par la bonté de ses fruits, qui font en très-grande abondance. Son ressort est composé de huit villes, dont deux font du second ordre & six du troisieme.

L'ifle de Tsong-ming appartient aussi à la province de Kiang-nan, dont elle n'est séparée que par un bras de mer qui n'a pas plus de cinq ou six lieues.

C'étoit anciennement un pays désert & sablonneux, où l'on reléguoit les bandits & les scélérats. Les premiers qu'on

Province de Kiang-naiu

y débarqua, se mirent à cultiver la terre, pour ne pas mourir de faim. Quelques pauvres familles Chinoises s'y transplanterent ensuite, & en moins de dix ans l'ifle sut défrichée & peuplée.

Quelques endroits produisent du froment, du riz, de l'orge, du coton, des citrons, & plusieurs autres fruits assez agréables au goût; mais son principal revenu est le sel, qu'on y fait en si grande quantité, que l'ifle peut en fournir à une grande partie des peuples circonvoisins : ce sel se tire d'une espece de terre griíatre, répandue par arpens en divers cantons, & sur-tout du côté du Nord.

La maniere dont on fabrique ce sel est aflèz curieuse: on unit d'abord la terre comme une glace, &c on l'éleve un peu en talus, afin que les eaux ne s'y arrêtent point. Quand le soleil en a séché la surface, on lenleve & on la met en monceaux, qu'on a soin de bien battre de tous côtés; ensuite on étend cette terre sur de grandes tables un peu penchées, puis on verse dessus une certaine quantité d'eau douce, qui entraîne en s'écoulant toutes les particules de sel, dans un grand vase de terre où elle tombe goutte à goutte, par un petit canal fait exprès. Cette terre étant ainsi épurée, on la met à part, & lorsqu'elle est seche on la réduit en poussiere; après quoi on la répand sur le terrein d'où elle a été tirée, & au bout de quelques jours il s'y mêle, comme auparavant, une infinité de particules de sel, qu'on extrait une seconde fois & de la même maniere. Tandis que les hommes travaillent à la campagne, les femmes avec leurs enfans font bouillir les eaux salées; elles en remplissent de grands bassins de fer, où ces eaux s'épaississent & se changent peu à peu en un sel très-blanc, qu'on

remue remue sans ceíse avec une large ípatule de fer, jusqu'à ce qu'il soit entiérement sec.

Dans les autres terres, les habitans font tous les ans deux récoltes, l'une de grains, qui se fait au mois de Mai, & l'autre de riz & de coton, qui se fait au mois de Septembre.

On ne compte dans toute l'ifle qu'une ville du troisieme rang; mais les villages y font en si grand nombre, qu'ils semblent se toucher & ne former, pour ainsi dire, qu'une seule & vaste habitation. L'air y est sain &c tempéré, le pays riant, & la campagne coupée d'une infinité de canaux entretenus avec beaucoup de foin.

I l y a dans ce pays un assez grand nombre de Mandarins; mais le Gouverneur de l'ifle est un Mandarin de Lettres; c'est lui seul qui administre la justice, qui est chargé de recevoir le tribut que chaque famille paye à l'Empereur, qui distribue les paílè-ports aux vaisseaux, & qui condamne à mort les criminels. Quand on a besoin de pluie & de beau temps, ce Mandarin fait afficher des Ordonnances qui prescrivent un jeûne universel : il est défendu alors aux Bouchers & aux Traiteurs de rien vendre, fous les peines les plus grieves ; cependant ils ne laissent pas de se défaire de leur viande en cachette, moyennant quelíjue argent qu'ils donnent fous main aux gens du Tribunal, qui veillent à l'observation de la Loi. Le Mandarin marche ensuite, accompagné de ses subalternes, vers le temple de l'idole qu'on veut invoquer; il allume sur son autel deux ou trois petites baguettes de parsum , après quoi tous s'aíleyent: pour passer le temps, on prend du thé , on sume, on cauíe une heure ou deux, & enfin l'on se retire; c'est ce qu'ils appellent demander de la pluie ou du beau temps.

E

Province de Kiang-nan,

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- Le Pere Jacquemin raconte que de son temps le Vice-Roi dtKiang-mn dune province s impatientant de voir que la pluie netoit point accordée à ses demandes réitérées, envoya un petit Mandarin dire de fa part à l'idole, que si la pluie ne venoit pas à tel jour qu'il désignoit, il la chaíseroit de la ville &c feroit raser son temple; la pluie n'étant point venue au jour marqué, le Vice-Roi indigné défendit au peuple de porter, selon l'usage, son offrande à l'idole, & voulut qu'on fermât son temple &c qu'on en scellât les portes; ce qui sut exécuté sur le champ.

L'ifle de Tsong-ming s'étend du sud-est au nord-ouest, & a environ vingt lieues de longueur sur cinq à six de large.

de Kiang-fi.

ARTICLE III.

Province de Kiang-fi.

Cette province est bornée au nord par la province de PrTM,nuR Kiang-nan, au couchant par celle de Hou-quang t au midi par celle de Quang-iong, &c au levant par celles de Fo-kien & de Tche-kiang. Cette contrée est extrêmement fertile; mais elle est si peuplée, qu'elle peut à peine fournir aux besoins de fes habitans; aussi passent-ils pour être fort économes , ce qui leur attire des railleries & des sarcasmes de la part des Chinois des autres provinces; du reste ils ont l'eíprit vif & solide, &c le talent de parvenir rapidement aux dignités de l'Etat.

Les montagnes de cette province font couvertes de simples, & recelent un grand nombre de mines d'or, d'argent, de plomb, de fer & d'étain; le riz qu'elle produit est trèsdélicat, on en charge chaque année plusieurs barques pour la Cour. Sa porcelaine est une des plus fines & des plus estimées de l'Empire. Cette province contient treize villes du premier ordre, & soixante-dix-huit du second & du troisieme.

La capitale est Nan-tchang-fou; cette ville n'a d'autre commerce que celui de la porcelaine qui se fabrique dans le voisinage d'Iao-tcheou. Elle est la résidence d'un ViceRoi, & comprend fous fa jurisdiction huit villes, dont sept font du troisieme ordre & une feule du second; ses campagnes font tellement cultivées, qu'à peine laiíîe-t-on de quoi paître aux troupeaux.

lao-tcheou-fou est située sur le bord septentrional de la riviere Po, qui se jette à peu de distance dans le lac Poyang; elle commande à sept autres villes du troisieme ordre. Cette ville est particuliérement célebre par la belle porcelaine qui fe fabrique dans une bourgade de son district:, appelée King-te-tching. Ce bourg, où se trouvent réunis les plus habiles Ouvriers en porcelaine , est aussi peuplé que les plus grandes villes de la Chine; on y compte un million d'habitans, & il s'y consomme chaque jour plus de dix mille charges de riz. II occupe une lieue & demie de terrein le long des bords d'une belle riviere ; ce n'est point un assemblage de maisons éparfes, entremêlées de terreins vagues : on se plaint au contraire que les maisons y soient trop ferrées les unes contre les autres, & que les longues rues qu'elles forment soient trop étroites. En les traversant, on s'imagine être transporté au milieu d'une foire, & l'on n'entend de tous côtés que les cris des porte-faix qui se

Province de Kiang-Jì.

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