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» cents piliers faits de fort grandes pierres ; elles ont toutes » la figure d'un grand navire, fíniílènt & se terminent, » de part & d'autre, en un angle aigu, afin de rompre » avec plus de facilité la violence de l'eau. Cinq pierres TM égales occupent toute la largeur d'un pilier à l'autre; » chaque pierre a en longueur dix-huit de mes pas ordi» naires, dont je me fervois pour les mesurer en me pro» menant. II y a mille quatre cents de ces grosses poutres » de pierres transversales, toutes semblables & égales. » Ouvrage admirable pour le grand nombre de ces lourdes » pierres, & pour la maniere dont on les soutient entre ces » piliers! II y a des garde-foux ou appuis de chaque côté, » faits de la même pierre, avec des lions au dessus, posés » sur leurs baies, &c plusieurs autres ornemens de cette » nature. Vous remarquerez qu'en cette description, je ne » parle que d'une partie de ce pont; savoir, de celle qui » est entre la petite ville de Lo-yang & le château qui est » bâti sur le pont: car après avoir paíle le château, on » trouve l'autre partie du pont, qui n'est guere moindre » que la premiere «.

Kien-uing-fou est une de ces villes ordinaires, où l'on ne voit rien de remarquable. Dans le temps que les Tartares conquirent la Chine, Kien-ning soutint deux siéges, &c resusa constamment de se soumettre à la domination du Vainqueur; mais quelque temps après elle sut prise, & on passa tous ses habitans au fil de l'épée. Rétablie depuis par ces mêmes Tartares qui l'avoient saccagée, elle a été mise au rang des villes du premier ordre; ce qui est d'autant plus étonnant, que rien ne la distingue des cités communes. Elle a huit villes du troisieme ordre dans son district.

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Province de Fo-kieiu

Yen-ping-fou s'éleve en amphithéatre, sur la pente d'une montagne que baigne la riviere de Min-ho; elle est fortifiée par des montagnes inacceísibles qui la couvrent, &c toutes les barques de la province doivent paíser au pied de fes murs,, pour fe rendre aux difTérens lieux de leur destination. Elle a fous fa jurisdiction sept villes du troisieme ordre, parmi lesquelles est Cha-hien, qu'on appelle communément la Ville d'argent, à cause de l'abondance qu'y entretient la fertilité de fes terres.

Ting-tcheou-fou , Hing-hoa-fou & Chao-ou-fou ne présentent rien de curieux pour des Voyageurs. Sept villes du troisieme ordre relevent de la premiere, deux de la seconde, & quatre de la troisieme , qui est une place sorte & une des clefs de la province.

Tchang-icheou-fou est une ville très-considérable par son commerce avec les ifles à'Emouy , de Pong-hou & de Formose. Les Missionnaires y ont trouvé des vestiges de la Religion Chrétienne : le Pere Martini a vu chez un Lettré un vieux livre de parchemin, écrit en caracteres gothiques , où étoit en latin la plus grande partie de l'Écriture Sainte. Ce Jésuite offrit une somme d'argent pour l'avoir; máis le Lettré ne voulut jamais s'en dessaisir, parce que c'étoit un livre qu'on confervoit depuis long-temps dans fa famille, & que fes ancêtres l'avoient toujours regardé comme un objet rare & précieux.

Outre ces villes & quantité de forts qui en dépendent, la province de Fo-kien a dans fa jurisdiction un port célebre, appelé communément Hia-men ou Emouy , &c les ifles de Pong-hou.

Le port à'Emouy n'est proprement qu'une rade, resserrée

d'un côté par l'ifle dont il tire son nom, & de l'autre par; la terre ferme; mais son étendue est si grande, qu'elle peut contenir plufieurs milliers de vaiíseaux, & la mer y est si profonde, que les plus gros navires peuvent s'approcher du bord avec sûreté.

On y voyoit aborder, au commencement de ce siecle, beaucoup de vaiíseaux Européens ; ils y vont très-rarement aujourd'hui, &c tout le commerce se fait à Canton. L'Empereur y entretient six ou sept milles hommes de garnison, que commande un Général Chinois.

En entrant dans la rade , on double une roche qu'on trouve à l'entrée, &c qui la divise en deux, comme à peu près le Mingant partage la rade de Brest: la roche est visible, &c s'éleve de quelques pieds au deísus de l'eau. A trois lieues de là est une petite ifle qui a un trou, à travers lequel on voit le jour d'un côté à l'autre: c'est fans doute pour cette raison qu'on la nomme l'Ifle percée.

L'isle d'Emouy est particuliérement célebre par la magnificence de son principal pagode, consacré au Dieu Fo. Ce temple est situé dans une plaine, qui se termine d'un côté à la mer, & de l'autre à une montagne fort élevée. La mer forme devant ce temple, par différens canaux, une nappe d'eau, bordée d'un gazon toujours verd; la façade de cet édifice a trente toises de largeur; son portail est grand & orné de figures en relief, qui font les ornemens les plus ordinaires de l'architecture Chinoise. On trouve, en entrant, un vaste portique pavé de grandes pierres carrées & polies, au milieu duquel est un autel, où l'on voit une statue de bronze doré, qui représente le Dieu Fot sous la figure d'un coloíse assis les jambes croisées. Aux

Province de Fo-kicit. Province · de Fo - kien.

quatre angles de ce portique sont placées quatre autres
statues, qui ont dix-huit pieds de hauteur, quoiqu'elles repré-
sentent des personnes assises; elles n'ont rien de régulier;
mais on ne peut assez en admirer la dorure. Chacun de
ces colosses est fait d'un seul bloc de pierre; ils portent
à la main différens symboles qui désignent leurs qualités,
comme autrefois, dans Athènes & dans Rome, le trident
& le caducée désignoient Neptune & Mercure. L'un tient
entre ses bras un serpent qui fait plusieurs replis autour
de son corps; l'autre porte un arc bandé & un carquois; les
deux autres présentent, l'un une espece de hache d'armes,
l'autre une guitare ou quelque instrument semblable.
Après avoir traversé ce portique, on entre dans une
avant-cour carrée & pavée de longues pierres grises, dont
la moindre a dix pieds de longueur & quatre de largeur.
Aux quatre côtés de cette cour s'élevent quatre pavillons
qui se terminent en dômes, & qui se communiquent par
un corridor qui regne tout autour. L'un renferme une cloche
qui a dix pieds de diametre; on ne peut trop admirer la
charpente qui sert de support à cette lourde masse. Dans
l'autre on voit un tambour d'une grandeur démesurée, &
qui sert aux Bonzes pour annoncer les jours de la nouvelle
& pleine lune; il faut remarquer que le battant des cloches
Chinoises est en dehors, & qu'il est fait de bois en forme de
marteau. Les deux autres pavillons renferment les ornemens
du temple, & servent souvent de retraite aux Voyageurs,
que les Bonzes sont obligés de recevoir & de loger.
Au milieu de cette cour est bâtie une grande tour isolée,
qui se termine aussi en dôme; on y monte par un escalier
construit de belles pierres, lequel regne tout autour. Le

dôme contient un temple où l'on admire une grande propreté; la voûte est ornée de mosaïques, & les murailles sont revêtues de figures de pierre en relief, qui représentent des animaux & des monstres. Les colonnes qui soutiennent le toit de cet édifice sont de bois vernissé, & aux jours

solennels on les orne de banderoles de diverses couleurs.

Le temple est pavé de petits coquillages, dont les compartimens offrent des oiseaux, des papillons, des fleurs, &c.

Les Bonzes brûlent continuellement des parfums sur l'autel, & entretiennent le feu des lampes qui sont sus

pendues à la voûte du temple. A l'une des extrémités de

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Province de Fo - kien.

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