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elle avoit autrefois trois Vice-Rois; mais elle n'en a que deux aujourd'hui, outre les Gouverneurs de So-tcheou &c de Kan-tcheou, qui font les deux plus fortes places de guerre du pays. Cette province en général est très-fertile , très-commerçante, & très-riche. Elle produit peu de riz , mais on y fait d'abondantes récoltes de froment & de millet; elle est cependant sujette aux sécheresses, & des nuées de sauterelles dévorent quelquefois toutes fes campagnes : quelques Chinois mangent ces infectes bouillis. On tire de cette contrée une grande quantité de drogues, de la rhubarbe, du musc, du cinabre, de la cire, du miel, du charbon de terre, dont elle renferme des mines inépuisables. Elle contient aussi de riches mines d'or, que la politique empêche d'ouvrir. Le fable des torrens & des rivieres en est tellement chargé, qu'une infinité de personnes ne subsistent qu'en ramassant cette poudre d'or. LesVoyageurs ont remarqué que les peuples de cette contrée font beaucoup plus polis, plus assables pour les Etrangers, & ont plus de dispositions pour l'étude que les autres Chinoisseptentrionaux.

Si-ngan-fou s capitale de toute la province, est, après Pt-king, l'une des plus belles & des plus grandes villes delaChine; fes murailles font larges, élevées,& embraísent quatre lieues de circuit; elles font flanquées d'un grand nombre de tours, éloignées les unes des autres d'une portée de fleche, & entourées d'un fossé profond. Quelques-unes de ses portes font magnifiques, & remarquables par letír hauteur.

On voit encore dans cette ville un vieux palais où demeuroient les anciens R.ois du Chen-si. L'étendue du pays dont ils étoient les maîtres, & la valeur de leurs peuples: les avoient rendus formidables à leurs voisins. Le reste des bâtimens n'a rien de plus beau que ce qu'on voit ailleurs; les "maisons y font, selon la coutume de la Chine, fort baíles & afíèz mal construites, les meubles moins propres que dans les provinces méridionales, le vernis plus grossier, la porcelaine plus rare, & les ouvriers moins adroits.

Quant aux habitans du pays , ils font en général plus robustes, plus braves, plus faits à la fatigue, & d'une taille plus avantageuse que les autres peuples de la Chine. Les principales forces des Tartares, destinées à la défense du nord de l'Empire , font en garnison dans Si-ngan-fou t fous un Général de leur Nation, qui, avec fes soldats, occupe un quartier de la ville , séparé des autres par une muraille. On trouve dans le territoire de cette ville , une esspece singuliere de chauve-fouris , auffi grosses que les poules, &. dont les Chinois préferent même la chair à celle des poules les plus délicates. C'est de là aussi que vient le blanc dont les Dames se servent pour embellir leur teint.

Le Pere Le Comte nous apprend qu'en 1625 on déterra dans le voisinage de cette ville, une longue table de marbre qui avoit été autrefois élevée en forme de monument. On y trouva dans la partie supérieure une croix bien gravée, & plus bas une inscription, partie en caracteres Chinois, partie en lettres Syriaques, portant en substance, qu'un Ange avoit annoncé que le Messie étoit né d'une Vierge en Judée; que sa naissance sut marquée par une nouvelle étoile dans les cieux; que des Rois d'Orient l'obferverent, & vinrent offrir des présens à ce divin Enfant; qu'un Chrétien , nommé Olopuen, parut à la Chine l'an

Province de Chea-ji. /

!=—5 de J. C. 636, & fut favorablement reçu de l'Empereur,, Province avant examiné fa Loi, en reconnut la vérité & donna un Edit en la faveur (n ). 11 paroit certain, par ce monument, que la Religion Chrétienne a fleuri à la Chine depuis l'an 636 jusqu'en 781, qui est Tannée où l'on érigea ce monument. Le P. Le Comte dit que l'Empereur qui régnoit lorsqu'on le découvrit, donna ordre qu'on le conservât soigneusement dans un temple, à un quart de lieue de Singan-fou.

Cette capitale a trente-fept villes fous fa jurisdiction, six: du second ordre, & trente-une du troisieme.

Yen-ngan-fou compte dans son district trois villes du second ordre, 6í seize du troisieme.

Fong-tfiang-fou n'en a que huit du second & du troisieme rang.

Han-tchong-fou , ville grande & peuplée, est située sur la riviere de Han, qui arrose tout le pays de son ressort, lequel consiste en seize villes , tant du second que du

troisieme ordre.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette contrée,, c'est le chemin qu'on y a pratiqué ànravers les montagnes , & qui conduit jusqu'à la capitale. Cette route sut construite par une armée dans le cours d'une expédition militaire: Elle doit étonner, soit par le nombre d'ouvriers qu'on y employa, qui montoit à plus de cent mille hommes, soit par la difficulté du travail & l'étonnante promptitude' avec laquelle il sut achevé. On applanit des montagnes,

(*) On peut voir l'inscription cmicre & l'histoire de sa découvcrtc;dans la Chine illustrée de Kircheiv

I

on construisit des ponts qui menent des unes aux autres, & lorsque les vallées parurent trop larges, on y dressa des piliers pour les soutenir. Ces ponts, qui forment une partie du chemin, font en plusieurs endroits si exhaussés, qu'on ne voit qu'avec effroi le fond du précipice; quatre cavaliers peuvent y marcher de front. On y a placé des garde - foux des deux côtés, pour la sûreté des Voyageurs, & l'on a bâti, de distance en distance, le long de cette route, des villages avec des hôtelleries pour leur commodité.

Ping-leang-fou, qui est une des villes les plus considérables de la partie occidentale de la province, est située fur la riviere de Kin-ho; le climat en est très-doux; la vue des montagnes dont elle est environnée, n'a rien que d'agréable, &c les eaux dont le pays est arrosé, en rendent le séjour délicieux. Elle a sous fa jurifdiction trois cités du second ordre, &. sept du troisieme. On trouve dans ce diítrict; une vallée de trois lieues de longueur, si profonde & tout à la fois si étroite, que la lumiere du jour peut à peine y pénétrer: un grand chemin , pavé en. pierres carrées , occupe le fond de cette vallée.

Kong-tchang-sou est entourée de montagnes inaccessibles, où l'on voit un tombeau que les Chinois prétendent être celui de Fo - hi; s'ils disent vrai , ce sépulcre est sans contredit le plus ancien monument qui soit dans le MondeSon ressort comprend trois villes du second rang > & sept du troisieme.

Ling-tao-fou & Kin-yang-fou sont deux villes ordinaires, & qui n'ont rien de particulier. Deux villes du second ordre & trois du troisieme relevent de la premiere; la seconde n'en a aussi que cinq sous fa, dépendance.

! 55! Lan-tcheou n'est qu'une ville du second ordre, 6c releve ie^chcn'jì ^e Ia précédente; mais comme elle se trouve située près de la grande muraille, &: qu'elle est dans le voisinage des principales portes de l'ouest, on la met au rang des cités les plus importantes de l'Empire : on en a même fait la capitale de la partie occidentale de la province, & le fîége du Gouverneur. Son territoire est baigné par le fleuve Jaune. Des peaux qui viennent de Tartarie, &c différentes especes d'étoffes de laine, font les seuls objets du commerce de cette ville: on y fabrique même une étoffe grossiere où il n'entre que du poil de vache: on l'emploie en redingotes, pour se garantir de la neige.

ARTICLE XI.
Province de Se-tchuen.
Ija province de Se-tchuen est bornée au nord par le

Province de Se-tchuen.

Chen-Jî , au levant par le Hou-quang , au midi par le Koei-tcheou, & au couchant par le Royaume de Thibet §c quelques peuples circonvoisins. Outre un grand nombre de forts &c de places de guerre, on compte dans cette province dix villes du premier ordre, & quatre-vingt-huit du second & du troisieme. Le grand fleuve Yang-tse-kiang traverse le Se-tchuen, qui est une province très-riche, non seulement par la quantité de soie qu'elle produit, mais encore par ses mines de fer, d'étain & de plomb; par son ambre, ses cannes à sucre, ses pierres d'aimant & d'azur, son musc, ses chevaux qui font très - recherchés; par sa rhubarbe &. la racine de fou-lin, que les Médecins Chinois

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