Images de page
PDF
ePub

font entrer dans presque toutes leurs recettes; & par mille autres productions utiles, qu'il seroit trop long de nommer. Cette province, qui est très-éloignée de la mer, tire tout le sel qu'elle consomme de ses montagnes, où l'on creuse des puits qui en fournisssent abondamment.

La capitale du Se-tchuen, qu'on appelle Tching-tou-fou, étoit autrefois le séjour des Empereurs , 8c l'une des plus grandes & des plus belles villes de la Chine; mais en 1 £46 , elle sut presque entiérement ruinée durant les guerres civiles qui ont précédé la derniere invasion des Tartares. Ses temples , ses ponts, & les débris de ses anciefts palais, font encore pour les Etrangers des objets d'admiration. Son commerce & les mœurs de ses habitans n'ont rien qui la distingue, non plus que fa situation, qui est cependant aísez agréable. Le Pere Martini, dans son Atlas Chinois, dit qu'on voit, dans le voisinage de cette ville, un oiseau rare & singulier, appelé tong-hoa-fangt c'est-à-dire, l'oiseau de la fleur de tong-hoa. Le vulgaire prétend que c'est cette fleur qiù le produit, qu'il croît, qu'il vieillit & qu'il meurt avec elle. Cette opinion ridicule vient sans doute de ce que les nuances de la fleur ont quelque ressemblance avec celles du plumage de l'oiseau.

Tchìng-tou-fou a dans fa jurifdiction six villes du second rang, & ving-cinq du troisieme.

Pao-hing-fou, Chun-king-feu & Su-tcheou-fou, font des villes très-ordinaires , que les Géographes & les Voyageurs ne font qu'indiquer, La premiere comprend fous £1 juridiction dix villes, dont deux du second ordre; la íêconde neuf, dont deux du second ordre, & la troisieme dix du troisieme ordre.

Province de Se-tchuen.

Tchong-king-fou est une des villes les plus marchandes de la province; elle doit en grande partie son commerce à sa situation, qui est au confluent de deux rivieres remarquables , dont ljune, appelée Hin-cha-kiang ou Sable d'or, reçoit dans son cours toutes les eaux des montagnes qui bornent la Tartarie limitrophe ; l'autre est le Ta-kiangì qui a fa source hors de la Chine, & qu'on nomme communément Yang-tse-kiang.

Tchong-king est bâtie sur une montagne, &c s'éleve en amphithéatre. L'air y est sain & tempéré; les coffres de cannes entrelacées qu'on y fabrique, & la bonté de son poiíson, n'ont pas peu contribué à la rendre célebre. Cette ville a dans son district trois cités du second ordre, & onze du troisieme.

Koei-tcheou-fou , Ma-hou-fou, Long-ngan- fou , & Tsuny-fou font des villes assez commerçantes; les peuples qui habitent les montagnes de leur territoire, font extrêmement grossiers & ignorans. Le ressort de la premiere comprend une ville du second ordre, 6c neuf du troisieme; celui de la seconde n'en contient qu'une du troisieme rang; celui de la troisieme en renferme trois du même ordre; & celui de la quatrieme deux du second rang & quatre du troisieme.

Tong-tchuen-fou est une place de guerre, dont les habitans font tous de vieux soldats, qui de pere en fils embrassent le métier des armes. Cette province , outre ses villes du premier ordre, en compte aussi quelques-unes du second, qui ont plusieurs forts importans, soumis à leur jurifdiction. Telles font Tong-tchouen-tcheou , Kia-ting-tcheou , 8c Ya-tcheou qui domine la frontiere de la province du côté du Thibet.

ARTICLE ARTICLE XIL

Province de Quang-tong.

JL<A province de Quang-tong est la plus considérable SSSSSSSSSSS

des provinces méridionales de la Chine: elle est bornée , pJ'0'i"nct

A 'de Quang-tong.

au nord-est par le Fo-kien; au septentrion par le Kiang-si; au couchant par le Quang-fi & le royaume de Tong-king. Tout le reste est baigné des eaux de la mer.

Le pays est mêlé de plaines hc de montagnes; les terres y font si fertiles, qu'elles produisent deux fois Tannée. Le commerce & la fécondité du fol rassemblent dans cette province tout ce qui peut contribuer aux délices de la vie; elle fournit de l'or, des pierres précieuses, de la foie, ■des perles, du bois d'aigle, de l'étain, du vif-argent, du sucre, du cuivre, du fer, de l'acier, du salpêtre, de Tébene, & quantité de bois de senteur très-recherchés.

Outre une grande partie des fruits de l'Europe & de ceux qui croiílent dans les Indes, elle en a plusieurs qui lui font particuliers, tels que les Li-tchi, les Long-yvent dont nous parlerons dans la suite. Toutes ses côtes font très-poissonneuses; elles fourniílent une grande quantité d'huîtres, d ecreviíses, de crabes, de tortues d'une grosseur extraordinaire. Les Chinois emploient les écailles de celles-ci pour fabriquer de très-jolis ouvrages.

On nourrit dans cette province une multitude prodigieuse de canards domestiques; les foins & l'industrie particuliere avec laquelle les Chinois de cette contrée les élevent, les ont multipliés plus que par-tout ailleurs; ils en

. K

— font éclore les œufs dans un four ou dans du fumier, &c ils

Province . , T1 .

d: Quang-tong. ne tiennent point cette pratique de 1 Egypte. Ils en chargent un grand nombre de petites barques,. & les menent par troupeaux paître sur le bord .de la mer, où, lorsque seseaux font baíses , ces oiseaux trouvent des huîtres , des chevrettes, & autres coquillages semblables. Ces petites flottes vont ordinairement de compagnie, &: bientôt tous les canards fe mêlent sur le rivage; mais lorsque la nuit vient, il suffit de frapper sur un bassin pour les rassembler: aussi-tôt toutes les bandes fe forment, & chacune retourne au bateau qui l'avoit amenée. Les Chinois ont le secret de saler une grande quantité de chair de canards, fans qu'elle perde rien de fa premiere saveur; ils savent aussi •en saler les œufs, en les couvrant d'un enduit d'argile mêlé de sel. La saumure, dans laquelle on les laisseroit: tremper, ne pénétreroit point à travers les pores de la coque; l'observation a fait connoître aux Chinois, que l'argile feule, chargée de sel, a cette propriété. Ces œufs salés font très-fains, &c l'on en permet l'usage aux maiades..

Quoique le climat de cette province soit très-chaud, Pair y est pur, & le peuple robuste & sain; il est sur-tout'trèsindustrieux, &. l'on ne peut lui resuser d'être éminemment doué du talent de l'imitation; il suffit de lui montrer la plupart de nos petits ouvrages d'Europe , pour qu'il en exécute de semblables avec une justesse surprenante.

Quoique cette province ait beaucoup foussert durant les guerres civiles, elle est aujourd'hui une des plus floriíiàntes de l'Empire; &c comme elle est la plus éloignée de la Cour, son gouvernement est un des plus conlidérables. Celui qui en est le Vice-Roi, l'est aussi du Quang-fis & il réside à ■Chao-king, afin d'être plus à portée d'expédier ses ordres '„ ., dans l'une & dans l'autre province. Ce Gouverneur a tou- Province jours un certain nombre de troupes dont il dispose pour arrêter les courses des voleurs & des pirates, qui, fans cette précaution, se multiplieroient asssez pour interrompre ou molester le commerce. C'est par la même raison qu'on a construit, le long des côtes & dans les terres, un grand nombre de fortereíses, dont la plupart font de grandes villes pourvues de nombreuses garnisons.

On divise cette province en dix contrées, qui contiennent dix villes du premier ordre, Bc quatre-vingt-quatre du second &: du troiíieme.

Quang-tcheou-fou, que les Européens appellent Canton, est la capitale de cette province, &c l'une des villes les plus peuplées &c les plus opulentes de la Chine; elle est l'entrepôt de tout le commerce des Indes, & de celui que l'Europe entretient avec ce vaste Empire.

L'immense quantité d'argent que les vaiíseaux étrangers apportent journellement dans cette cité, y attire une foule continuelle de Marchands de toutes les provinces; en forte qu'on est fur de trouver dans ses magasins les productions les plus rares du fol, & ce qui fort de plus précieux des Manufactures Chinoises. Cette ville est d'ailleurs située sur une belle riviere, qui communique à toutes les provinces voisines par des canaux: on nomme son embouchure Hou-man , c'est-à-dire, Porte du Tigre; ses bords, les campagnes qu'elle arrose, les collines même qui la dominent, font cultivées &c offrent le coup-d'œil le plus agréable. » On commence, dit le Pere de Prémare, à voir ce que » c'est que la Chine, quand on est entré dans la riviere

« PrécédentContinuer »