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& les vaisseaux viennent mouiller jusqu'au pied de ses murs. Deux sortes de Mandarins y commandent, comme dans les autres contrées de la Chine; les uns font Mandarins de Lettres, &c les autres Mandarins d'Armes ou Officiers de guerre. Son ressort comprend trois villes du second ordre & dix du troisieme. La plus grande partie de l'ifle obéit à l'Empereur de la Chine; le reste est indépendant, & habité par des peuples libres qui n'ont pas encore été subjugués. Obligés d'abandonner aux Chinois leurs plaines & leurs campagnes, ils se sont fait une retraite dans les montagnes du centre de l'ifle, où ils font à couvert de toute insulte de la part de leurs voisins. ,

Ces peuples avoient autrefois une correspondance libre & ouverte avec les Chinois. Ils exposoient deux fois par an, dans un lieu déterminé, l'or qu'ils avoient tiré de leurs mines, avec leurs bois & aigle & de calamba, si estimés des Orientaux. Un député alloit examiner fur la frontiere les toiles &c les denrées des Chinois, 8c les principaux de ceux-ci se rendoient au lieu indiqué pour les échanges: on convenoit des prix, & après que les marchandises des Chinois étoient livrées, on leur remettoit fidélement ce dont on étoit convenu. Les Gouverneurs Chinois tiroient des profits immenses de ces échanges.

L'Empereur Kang-hi, informé de la quantité prodigieuíe d'or que ce commerce faisoit paíler entre les mains de ses Mandarins , défendit, fous peine de mort, à tous ses sujets d'avoir communication avec les Insulaires; cependant quelques émissaires secrets des Gouverneurs voisins trouvent encore le moyen de pénétrer chez eux; mais ce qu'on en tire aujourd'hui par ce commerce caché, n'est rien en

L

Province de Quang-tong.

comparaison de ce qu'il rapportoit autrefois. Les naturels: de l'ifle font en général très - difformes, de petite taille, & d'une couleur rougeâtre; les hommes & les femmes portent leurs cheveux passés dans un anneau sur le front, & par-dessus un petit chapeau de paille, d'où pendent deux cordons qu'ils nouent fous le menton.

Leur vêtement consiste en une piece de toile de coton noir ou bleu foncé, qui les couvre depuis la ceinture jusqu'aux genoux; les femmes ont une espece de chemisette de la même étoffe, 6c se distinguent par des raies bleues qu'elles se font avec de Y indigo, depuis les yeux jusqu'au bas du visage. Les uns & les autres portent des boucles d'oreilles d'or & d'argent en forme de poire, &c très-bien travaillées. Leurs armes font Tare & la fleche; ils ont encore un coutelas qu'ils portent dans un petit panier attaché derriere eux à la ceinture; c'est le seul instrument dont ils se fervent pour exécuter leurs ouvrages de charpente, ou pour couper les bois & les broussailles, lorsqu'ils traversent les forêts.

Parmi les animaux que l'ifle produit, on distingue une espece curieuse de grands linges noirs, qui ont les traits & la figure de l'homme; on prétend qu'ils font très-amoureux des femmes. On y trouve aussi des corbeaux ornés de cravates blanches, des étourneaux qui portent sur le bec une perite lunette , des merles d'un bleu foncé avec deux oreilles jaunes, élevées d'un demi-pouce, & une foule d'autres oiseaux remarquables par leurs couleurs & leur chant.

Outre les mines d'or & d'azur qui enrichissent l'ifle de Hai-nan, on y voit quantité de bois rares & précieux. Le prédécesseur de l'Empereur actuel en fit transporter jusqu'il Pe-king, avec des frais immenses, pour ornes un palais qu'il destinoit à fa sépulture. Le plus estimé, appelé par les gens du pays Hoa-li, & par les Européens bois de rose ou de violette, à cause de son odeur, est un bois incorruptible, & d'une beauté que rien n'égale ; auíli est-il réservé pour le service de l'Empereur.

L'ifle de Hai-nan a mérité par sa situation, par sa grandeur &c par ses richesses, detre mise au rang des ifles considérables de l'Asie.

Non loin de là est une autre petite ifle, appelée communément San-cian; elle est célebre par la mort de Saint François Xavier. On y voit encore son sépulcre; ce tombeau est placé sur une colline, au pied de laquelle est une plaine couverte de bois d'un côté, & de l'autre ornée de plusieurs jardins. Cette ifle n'est point déserte , comme quelque» Voyageurs l'ont publié; on y trouve cinq villages, dont les habitans font de pauvres Pêcheurs qui ne vivent que de riz & de poisson.

Province de Quang-tong.

ARTICLE XIII.

Province de Quang-fi.

Cetti province est située entre celles de Quang-tong , de Hou-quang, de Koei-tcheou , d'Yun-nan , & le Royaume de Tong-king; elle n'est comparable aux autres provinces, ni pour la grandeur, ni pour le commerce; cependant elle produit du riz en si grande abondance, qu'elle en fournit pendant six mois à la province de Quang-tong, qui, fans ce secours, feroit dans l'impuissance de faire subsister ses nombreux habitans. Comme les montagnes dont elle est

Province de Quang-fi.

Province de Quang - fi.

couverte, principalement vers le septentrion, abondent en mines d'or, d'argent, de cuivre & d'étain, un Gouverneur d'une ville du premier ordre présenta, il y a quelques années, un Mémoire à l'Empëreur, où il détailloit les précautions qu'on pouvoit prendre pour parer aux inconvéniens qui pourroient résulter de l'exploitation de ces mines : il marquoit, entre autres choses, que les gens du pays s'oflroient à les ouvrir à leurs frais, & qu'on n'admettroit à ce travail aucun ouvrier qui n'eût une Patente de son Mandarin, & qui ne donnât quatre répondans de fa conduite.

L'Empëreur ayant lu ce Mémoire, le renvoya au Houpou, ou Cour des Finances , pour l'examiner. Ce Tribunal Souverain , après avoir délibéré , approuva ce qui étoit contenu dans l'écrit; mais il voulut, suivant ce qui s etoit pratiqué autrefois en pareille occafion, qu'on donnât quarante pour cent à l'Empëreur , & cinq pour cent aux Officiers & aux Soldats qui présvderoient à l'exploitation. Dans la suite, le Prince fe réserva les mines d'or, & les fit ouvrir lui-même à ses frais.

II croît. dans cette province un arbre assez singulier; au lieu de moelle, il renferme une chair molle dont on fait de la farine; 'on prétend que le pain en est assez bon. Outre les perroquets, les porcs-épies & les rhinocéros, on y trouve une quantité prodigieuse d'animaux sauvages, de gibier, d'oiseaux rares, & d'infectes particuliers.

La province contient douze villes du premier ordre, & quatre-vingt du second & du troisieme.

Quei-ling-fou, qui en est la capitale, tire son nom d'une fleur appelée quei; cette fleur vient sur un arbre dont les feuilles reísemblent à celles du laurier ; elle exhale

Province de Quang-fi.

une odeur si agréable & si douce, que tout le pays en est parsumé.

Quei-ling-fou est fituée sur le bord d'une riviere qui fe jette dans le Ta-ho; mais elle coule avec tant de rapidité, & parmi des vallées si étroites, qu'elle ne peut être navigable, ni d'aucune utilité pour le commerce. La ville est grande , & presque toute bâtie sur le modele de nos anciennes forteresses ; mais elle est de beaucoup inférieure à la plupart des autres capitales.

'On trouve dans son territoire un grand nombre d'oiseaux dont les couleurs font si vives & si variées, que pour rehauíler l'éclat des foies on y entrelace leurs plumes, qui font d'un éclat & d'une beauté inimitables. Quèi-ling a fous fa jurifdiction deux villes du second ordre, & sept du troisieme.

Les autres villes de la province n'ont rien de particulier; leurs noms font , Lieou-tcheou-fou , Kin-yuen-fou t Senguen-fou , Ping-lo-fou , Ou-tcheou-fou t Sin-tcheou-fou , Nan-ning-fou , Tai-ping-fou, Sc-ming-fou , Tchin-ngan-fou, &C Se-tchin-fou.

Toutes ces villes ensemble ont dans leur ressort trente villes du second ordre, & quarante-une du troisieme.

ARTICLE XIV.
Province d'Y un-nan.

La province &Yun-nan est bornée au nord par le Se-tchuen ,

& les terres du Thibet > à l'ouest par les Royaumes à'Ava Province

& de Pegou , au midi par ceux de Laos & de Tong-kingt & "* " nm< à lest par les provinces.de Quang-ji & de Koei-tcheou.

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