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PRÉFACE.

Si le Droit pénal ne compte pas encore aujourd'hui, en France, autant d'interprètes que le Droit civil, s'il n'a pas surtout autant profité que d'autres parties du Droit des grands travaux de philosophie et d'histoire qui seront l'une des gloires de notre siècle, au moins il n'est plus négligé et dédaigné : il est représenté par des hommes considérables, et, entre les livres qui le traduisent, il en est assurément d'excellents ; précieux pour les jurisconsultes chargés de préparer ou de faire l'application de la loi, ils ne le sont guère moins pour le législateur qu'ils éclairent dans la voie si périlleuse des réformes. Mais sontils, et je parle des meilleurs, bien propres à initier à la science, à faciliter son accès ? Justement parce qu'ils sont un indispensable secours pour ceux qui savent déjà beaucoup, parce qu'ils offrent une extrême variété d'aperçus, une merveilleuse richesse d'observations et de développements, justement. en un mot, parce qu'ils visent à être complets et ont les qualités qui font les bons livres, ils sont destinés à fortifier et non à constituer l'enseignement ; ils ne peuvent réunir les conditions d'un livre élémentaire.

Les idées universellement admises, les doctrines acceptées, ils les supposent connues et justifiées ; ils les rappellent, s'y réfèrent et se dispensent, avec raison, d'expliquer leur origine historique ou leur fondement rationnel ; ils ont bien autre chose à faire, vraiment ! tant de controverses sérieuses, tant de difficultés véritables, tant de problèmes ardus, tant de détails compliqués sont à éclaircir !

L'auteur s'adresse à des intelligences mûries par l'expérience et le travail ; son but, c'est de féconder et d'agrandir la science, c'est de compléter l'ouvre déjà faite et de venir en aide à la réflexion solitaire. Le professeur, lui, n'agit pas sur des notions acquises ; il ne cherche pas à modifier, à étendre des idées, à combler des lacunes ; sa tâche est plus modeste, mais non moins difficile : il est chargé d'enscigner, c'est-à-dire de formuler et de justifier toutes les notions essentielles de la branche du Droit à l'étude de laquelle il appelle et prépare de jeunes intelligences; il doit refaire pour ses élèves, en quelque sorte avec cux, et suivant le plan le plus méthodique et le plus logique, une cuvre déjà faite bien des fois ; son principal travail, c'est un travail de simplification et de coordination ; il édifie et, par conséquent, s'attache surtout aux bases, aux principes fondamentaux; il essaie de mettre en lumière les grandes lignes, les vérités principales dont les autres vérités découlent ; il aborde les controverses de la science, mais ces controverses ne sont pas pour lui un but ; elles ne sont qu'un moyen ; elles lui servent à faire saillir, par l'application, les principes dont il a entrepris la démonstration : les principes, grâce aux questions dont ils fournissent la solution, ne sont pas des idées abstraites et stériles ; ils revêtent leur véritable caractère, remplissent leur rôle d'idées dirigeantes, de règles fécondes. Sans multiplier les difficultés à plaisir, le professeur, parce qu'il les classe et, s'il est permis de le dire, les étage, peut et doit en traiter un grand nombre.

La discussion de problèmes juridiques bien choisis fait l'intérêt et l'attrait d'un enseignement ; elle exerce et fortifie l'esprit de l'élève, alimente et excite son désir d'arriver à des résultats pratiques. Les vives et alertes intelligences auxquelles s'adresse le professeur se lasseraient promptement d'une paraphrase plus ou moins élégante des textes, de généralités plus ou moins brillantées ; dans leur impatience de savoir et surtout d'utiliser la science, elles appellent un examen approfondi des matières qui leur sont exposées.

Le cours, destiné à celui qui a tout à apprendre ou qui veut tout revoir, diffère du livre qui s'adresse à l'homme qui sait, bien moins par le fond que par la méthode. « Je ne crois pas, a dit, dans la préface de son Cours de Code civil, mon savant maître, l'éminent doyen de la Faculté à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, M. Demolombe, je ne crois pas qu'une « cuvre scientifique puisse être approfondie, si elle a n'est pas aussi élémentaire, dans le sens élevé « et philosophique de ce mot, ni qu'elle puisse être a utilement élémentaire, si elle n'est point à ceru tains égards approfondie, c'est-à-dire si elle se a borne à de vagues propositions, sans preuve, sans a examen, sans discussion. »

L'auteur, dont l'objet principal est la solution des problèmes connus et, bien souvent, la recherche de nouveaux problèmes ou, au moins, la découverte des nouvelles faces sous lesquelles les difficultés pourront apparaître, ne voit, dans les principes qu'il se borne à énoncer, qu'un point de repère, qu'un criterium que, dans certains cas assez rares, il rapproche de son argumentation, pour la contrôler luimême ou la faire contrôler à son lecteur : les prin

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