Images de page
PDF
ePub

DE VOC

FÉVRIER 4.
IV. JOUR DE FÉVRIE R.
S. ANDRÉ CORSINI,
É VÊQUE DE FIÉS OLI,

EN TOSCA N E.
Tiré de ses deux différentes Vies, dont la premiere

eft l'ouvrage d'un de ses disciples. La seconde
fut écrite cent ans après la mort du Saint, par
un Carme, nommé Pierre André Caftagna.
Voyez aussi la Vie de S. André Corfini, com-
pofie en Latin par François Venturius, Evêque
de San-Severo , & imprimée à Rome en 1620,
in-4°. Le P. Maffei, Jésuite , en a donné un
bon abrégé.

L'AN 1373

E

[ocr errors]

Ce Saint , issu d'une des plus illustres familles de Florence, naquit en 1302, le 30 Novembre, jour de saint André, dont il reçut le nom à son baptême. Ses parents, qui le regardoient comme le fruit de leurs prieres , l'avoient consacré au Seigneur par un vau, des avant la naissance. Ils prirent donc un soin particulier de l'élever dans les vraies maximes de la piété chrétienne. Mais ils eurent la douleur de voir que leur fils ne répondoit point à leurs vues. Il passa effectivement les premieres années dans le désordre avec quelques libertins, dont les mauvais exemples donnerent une nouvelle activité au feu de ses pafsions. Pérégrina sa mere ne cessoit, comme une autre Monique , de pleurer sur les égarements de son fils , & de demander à Dieu sa conversion. Elle lui dit, un

jour qu'elle étoit accablée de douleur : « Je ne FÉVRIER 4. “ doute plus présentement que vous ne soyez ce

» loup que j'ai vu en fonge ». Puis s'expliquant
plus clairement, elle continua ainsi : « Lorsque
* j'étois enceinte de vous , je m'imaginai une nuit
m que je portois un loup dans mon fein; je crus
» ensuite le voir entrer dans une Eglise où il se
» transforma en agneau. Votre pere & moi
» ajouta - t-elle , fîmes veu, même avant votre
» naissance, de vous consacrer à Dieu sous la
» protection de la Sainte Vierge. Il suit de la que
» vous n'êtes ni pour nous, ni pour le monde,
» mais pour le service du Seigneur. Pensez-vous
» mon fils , que votre conduite s'accorde avec
» votre destination » ? Ces paroles, entre-mêlées

,
de soupirs , eurent tant d'efficace , que le jeune
Corsini se rendit ausfi-tôt à l'Eglise des Carmes.
Là, après avoir prié quelque temps devant l'Au-
tel de la Sainte Vierge, il se sentit si puissamment
touché de la grace, qu'il forma le dessein de ne
plus retourner chez ses parents, & de rester dans
le Couvent de ces Peres. Il leur demanda l'habit
religieux , en 1318, subit les épreuves ordinaires
du Noviciat, triompha de tous les assauts que lui
livrerent fes compagnons de débauche , & un de
ses oncles qui vouloit le rengager dans le siecle,
& fit fa Profession solemnelle un peu plus d'un an
après son entrée dans le Monastere.

Le jeune Profès ne perdit jamais rien de fa premiere ferveur. Il vint à bout de dompter entiére. ment ses passions par la pratique des vertus qui у

étoient contraires. Il aimoit la priere, le silence, les humiliations , & portoit l'obéissance jusqu'au plus haut degré. Ses Supérieurs ayant exigé qu'il étudiât la Théologie & l’Écriture Sainte , il y fit les plus grands progrés, & fut ordonné Prêtre,

[ocr errors]

en 1328. Ses parents avoient déjà tout arrangé pour la cérémonie de sa premiere Messe , qu'ils avoient FÉVRIER 4. dessein de rendre très - auguste ; mais l'humble Religieux déconcerta tous leurs projets. Il se retira dans un petit Couvent qui étoit à sept milles de Florence, où , sans être connu de personne , il offrit à Dieu les prémices de son Sacerdoce avec un recueillement & une dévotion extraordinaires. Après avoir prêché quelque temps à Florence, il fut envoyé à Paris, où il étudia trois ans, & prit quelques degrés. Il alla ensuite continuer ses études à Avignon avec le Cardinal Corfini son oncle. De retour dans la patrie, il fut élu Prieur du Couvent de Florence par un Chapitre Provincial. Ses exemples & ses fermons produifoient de fi merveilleux fruits, qu'il étoit regardé comme le second Apôtre du pays. Il guérit miraculeusement un ulcere que Jean Corsini , son cousin , avoit au cou , & le retira des désordres dans lesquels il vivoit depuis long-temps. Outre le don des miracles, il avoit encore celui de prophétie.

Pendant que notre Saint édifioit ses Freres & les peuples de la province par le spectacle de toutes les vertus , la ville de Fiésoli, qui est à trois milles de Florence , perdit son Evêque. Le Chapitre de la Cathédrale choifit, d'une voix unanime, André Corsini pour lui succéder. Mais celui-ci n'eut pas plutôt appris ce qui se passoit , qu'il se cacha pour éviter un fardeau aufli redoutable. On fit long-temps d'inutiles recherches pour le découvrir ; & les Chanoines alloient procéder à une nouvelle élection, quand Dieu permit qu'un enfant indiquât la retraite de son ferviteur. Andié donna son consentement, dans la crainte de résister à la volonté du Ciel, & reçut l'Onction

Episcopale , en 1360. Son changement d'état n'est FÉVRIER 4. apporta point dans sa maniere de vivre ; il re

doubla même ses premieres austérités. Ce ne fut plus assez pour lui qu’un cilice, il y ajouta encore une ceinture de fer. Chaque jour il disoit les sept Pseaumes de la Pénitence , & récitoit les Litanies des Saints, en se donnant une rude dir. cipline. Des farments de vigne étendus sur la terre lui servoient de lit. Tout son temps étoit partagé entre la priere & les fonctions de l'Épiscopat. Il ne se délassoit de ses travaux, qu'en méditant & en lisant l'Écriture Sainte. Il ne parloit que rarement aux femmes, & ne pouvoit souffrir ni les flatteurs ni les médisants. Sa charité pour les pau. vres, & sur-tout pour les pauvres honteux, étoit in

. croyable. Il recherchoit ces derniers avec un grand soin, & les assistoit le plus fecrétement qu'il lui étoit possible. Tous les Jeudis, il avoit coutume de laver les pieds des pauvres, afin de pratiquer plus parfaitement cette charité & cette humilité fi recommandées par Jesus-Christ. Un d'entre eux ne voulant point présenter les liens, parce qu'ils étoient tout couverts d'ulceres, le Saint surmonta sa résistance. Mais à peine les pieds de ce malheureux eurent-ils été lavés, qu'ils se trouverent entiérement guéris. L'Evêque de Fiesoli , digne imitateur de saint Grégoire le Grand , avoit sur une liste les noms de tous les pauvres qu'il connoirsoit , afin d'être plus en état de pourvoir à leurs besoins. Il n'en renvoyoit aucun sans lui avoir faic l'aumône ; & il arriva une fois qu'il multiplia le pain pour avoir de quoi distribuer aux indigents. Il avoir un talent singulier pour réunir les esprits divisés : aussi appaisa-t-il toutes les séditions qui s'éleverent de son temps ,

soit à Fiesoli, soit à Florence. Le Pape Urbain V , qui en fut infor

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

mé, l'envoya, en qualité de Légat, à Bologne, pour mettre fin aux factions qui animoient la no- FÉVRIER 4. blesse & le peuple l'un contre l'autre. Le Saint rétablit la paix dans cette ville & elle n'y fut plus troublée tant qu'il vécut.

Le saint Evêque de Fiésoli se trouva mal en 1372, pendant qu'il chantoit la Messe de la nuit de Noël. La fievre le prit ensuite , & alla toujours en augmentant. On n'eut bientôt plus aucune espérance de sa guérison. Le malade seul ne fut point alarmé

il attendoit son dernier moment avec tranquillité & même avec une joie surprenante. Il mourut le 6 Janvier 1373 , dans la soixante-douzieme année de son âge, & la treizieme de son Épiscopat. Dieu l'ayant honoré de plusieurs miracles, la voix du peuple le canonisa immédiatement après sa mort. Le Pape Eugene IV, informé que l'État de Florence avoit souvent éprouvé les effets de son intercession , permit d'exposer ses Reliques à la vénération des Fideles; & le Pape Urbain VIII le mit au nombre des Saints, en 1629. Sa fête a été transférée au 4 de Février. Clément XII, qui étoit de la même famille , & le Marquis de Corsini son neveu , ont orné magnifiquement la Chapelle où l'on garde le corps de notre Saint. Cette Chapelle est dans l'Eglise des Carmes de Florence. Le même Pape fit aussi bâtir dans l'Eglise de Saint Jean de Latran une Chapelle magnifique & digne de la premiere Eglise du monde , qu'il dédia sous l'invocation de saint André Corsini, & où il voulut être enterré.

Il faut , pour parvenir à la vraie sainteté, dompter ses passions & mourir entiérement à soi-même. Cette maxime, avouée de tous les Saints, est la

« PrécédentContinuer »