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ÉPILOGUE.

Ab ! Plutus, dieu de l'or , par ton souffle flétrie ,
Autour de tes autels se traîne ma patrie.
Partout règne la fraude et la cupidité :
Ton temple est le seul temple aujourd'hui visité ;
Tous y sont à genoux;

les hommes et les femmes
Ne sentent plus en eux que tes ignobles flammes :
Toi seul es dieu du siècle à présent, et les cours
Ne brûlent plus d'encens aux dieux supérieurs ;
Ces grands dieux qui jadis ont traversé le monde
Pour lui faire oublier sa misère profonde,
La foi, le dévouement, la pudeur, l'amitié,
Sans lesquels les humains ne vivent qu'à moitié.
Ah! belles fleurs, du ciel descendez donc encore,
Et sous nos pieds poudreux venez , venez éclore;
Venez embaumer l'air de vos parfums divins
Et comme au premier âge émailler les chemins;
Et toi, Dieu des chrétiens, notre céleste père,
O mon Dieu ! prends pitié de cette pauvre terre,
Et de la profondeur de ton éternité
Laisse sur nos enfans tomber la CHARITÉ !

ANTONI Deschamps.

M. PRADIER ET L'ARC DE L'ÉTOILE.

Une des principales spécialités de la REVUE DE PARIS, c'est Paris : Paris dans sa littérature, Paris dans ses moeurs, Paris dans ses monumens; Paris considéré comme groupe d'hommes et d'idées, Paris considéré comme groupe d'édifices. Sous ce dernier rapport, nous devons attention et contrôle à tout ce que la configuration monumentale de la grande ville peut subir d'embellissemens ou d'enlaidissemens. Les sommes considérables votées par les chambres pour les travaux publics il y a dix-huit mois, peuvent amener l'un ou l'autre de ces deux résultats, selon le bon ou le mauvais emploi qu'en fera le ministre. Un écrivain dont personne ne récusera l'autorité compte examiner prochainement dans la Revue de Paris la part de blame ou d'éloge qui peut revenir à M. Thiers dans cette occasion. La vérité sera franchement dite à M. le ministre de l'intérienr; et, comme nous ne savons pas ce que c'est que l'opposition systématique, si nous trouvons à louer, nous le ferons avec plaisir. En attendant cet article, qui sera sérieux, raisonné et solidement appuyé sur les chiffres et sur les faits, nous croyons devoir mettre M. Thiers en garde, pour tous les travaux d'art qu'il lui reste à adjuger, contre le procédé fatal des concours. Ce mode de distribution des travaux n'est qu'un expédient imaginé par le libéralisme niais du Constitutionnel de 1829, et subi par la poltronnerie du ministère Martignac. Les concours en fait de travaux d'art sont jugés maintenant. L'homme de talent les dédaigne. Jean Goujon ne concourt pas. Reste la médiocrité. Des artistes médiocres concourent, des juges médiocres donnent le prix; le résultat , c'est ce triste fronton de la Madeleine, ou ce pauvre Napoléon de bronze qui fait gauchir la colonne. Nous croyons savoir que M. le ministre de l'intérieur a sur les concours la même opinion que nous, et nous l'en félicitons d'autant plus que l'adjudi

cation d'un grand travail dépend de lui en ce moment.Nons voulons parler du couronnement de l'arc-de-triomphe de l'Étoile. Certes il y a beaucoup à dire sur les massives proportions et sur les lignes maladroites de cet édifice hybride qui représente à la fois l'empereur et le duc d'Angoulême; mais nous pensons que l'ouvre de statuaire à laquelle il servira de piédestal peut, si elle est grande et belle, racheter une notable partie de ces défauts. Ce monument, heureusement inachevé, est un de ceux où la belle sculpture peut arriver encore à temps pour masquer les fautes de la mauvaise architecture.Tout dépend du couronnement, qui écrasera l'édifice de ridicule, ou qni le couvrira de gloire. Que M. le ministre de l'intérieur yréfléchisse: on lui devra ou un grand reproche ou un grand remerciement. Nous ne ferons défaut ni à l’un ni à l'autre, Nous savons qu'en ce moment un certain nombre d'artistes sont sur les rangs pour ce magnifique travail. Ce sont MM. Pradier, Rude, Senrre aîné, Lemaire, Bra, Desbænfs, Brun, Marochetti. Tous ces statuaires ont présenté des projets au ministre, mais nous ne pensons pas que M. Thiers en revienne au fâcheux procédé du concours. Il choisira donc lui-même, et c'est ici que l'intérêt de l'art nons oblige d’élever la voix avant que la décision soit prise. Parmi ces statuaires, il en est un que beaucoup de belles oeuvres placent à une grande bauteur au-dessus des autres, c'est celui que nous avons nommé le premier, c'est M. Pradier. Nous ne voulons faire injure au talent de personne; nous nous rappelons particulièrement l’quvre remarquable exposée par M. Rude à l'avant-dernier salon ; mais M. Pradier est un maître. Trois sculpteurs aujourd'hui, MM. Pradier, David et Barye, occupent la sommité de la statuaire. Du moment où l'un d'eux se présente pour un travail de cette importance, aucune considération ne nous empêchera de dire que le travail lui doit être donné. Dans le cas actuel, M. Pradier se présente, toute concurrence doit disparaître devant lui, et nous ne doutons pas que M. Thiers ne satisfasse, en le choisissant, au væu de tous les amis éclairés de l'art. Grâce à la sympathie que la littérature nouvelle s'est plue à éveiller en faveur des autres arts, les passans de nos rues commencent à comprendre les monumens. Il ne faut pas les exposer, eux qui payent, à hausser les épaules devant l'arc de l'Étoile comme devant la Madeleine. M. Pradier offre la garantie d'un talent déjà éprouvé, d'un talent tout à la fois jeune et mûr; M. Pradier est une des plus belles mains qu'ait jamais eues la statuaire; M. Pra

dier, animé par la responsabilité même d'une si grande cuvre, poserait dignement, nous n'en doutons pas, la dernière pierre à cet édifice dont Napoléon a posé la première. Nous ne pouvons croire que M. le ministre de l'intérieur hésite un seul moment entre lui et ses concurrens. Que M.Thiers se rappelle les mémorables époques de l'art. Les grands papes du seizième siècle ne mettaient pas les Loges ou la Chapelle Sixtine au concours ; ils allaient tout bonnement trouver Michel-Ange et Raphaël.

***

LE

CONVOI DE LA LAITIÈRE.

Dans les premiers jours de mai, étant à la campagne, à quelques lieues de Paris , j'entendis de grand matin la cloche du village sonnant à pleine volée. Qu'est ceci? me dis-je; sans doute une fête, ou une veille de fête, quelque saint qu'on chôme dans le village. J'allai voir au calendrier. Dans le silence de la campagne, un bruit de cloches est un événement : le grelot d'un mouton qui va au påturage éveille plus l'attention que le bourdon de Notre-Dame à Paris. Le calendrier m'indiquait un saint de peu de marque, un de ces saints équivoques dont le patronage n'inspire pas assez de confiance pour qu'un de nos laborieux villages des environs de Paris lui consacre annuellement une journée de travail. Jedemandai à une vieille femme ce qu'on sonnait.

Monsieur, me dit-elle, c'est l'enterrement de la petite laitière de B...

Comment! m'écriai-je , la jolie laitière que je voyais passer tous les matins devant la maison !...

Comme vous dites, et que vous allez voir passer, une dernière fois , tout de son long dans sa bière. Cela n'avait pas dix-huit ans. Dieu est-il juste? n'est-ce pas plutôt la vieille femme qui aurait dû mourir que cette jeunesse ? qu'est-ce que je fais ici, que manger le pain de mes enfans, et faire jurer mon gendre qui en veut à mes pauvres hardes, comme si

ça devait le rendre plus riche ?

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