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A la nouvelle de ces événemens, la terreur fut extrême dans Mexico : les boutiques se fermèrent, les rues deviorent désertes : le vice-président paraissait d'autant plus embarrassé que les dispositions de la garnison étaient douteuses; toutefois, il publia une proclamation, pour dénoncer à la république l'attentat commis sur le président, el avertir qu'il vengerait sévèrement tout outrage qui pourrait lui être fait. Les habitans n'en croyaient pas moins le système fédéral anéanti. Mais bientôt Santa Ana, étant parvenu à s'é chapper des mains de ses gardes, arriva sain et sauf à Mexico, où il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie publique.

Cependant, voyant que les insurgés persistaient dans leur projet de dictature, quuiqu'il fût certain maintenant que Santa-Ana refusait cette charge, le parti populaire résolut d'agir avec vigueur. Le 24 juin, un décret fut rendu qui expulsait pour six ans de la république une trentaine de ses adversaires les plus signalés. Parmi eux se trouvait l'ancien président renversé, Bustamente. Ce décret investissait en outre le gouvernement de la faculté d'exiler tous ceux qui pourraient être supposés hostiles à la cause du peuple. En conséquence, quelques chefs militaires qui résidaient dans la capitale reçurent l'ordre de s'éloigner. Ainsi le président ne pouvait en quelque sorte échapper à la dictature. Cette mesure de proscription n'était pourtant pas dans ses principes; mais il lui donna sa sanction , peut-être parce que, ayant la réputation de pencher vers un gouvernement central, il sentait le besoin de rassurer l'opinion populaire, à qui la faveur dont il jouissait auprès des insurgés devait d'ailleurs inspirer de l'ombrage.

Quant à ceux-ci, après avoir assiégé, sans réussir, la ville de Puebla, ils se retirèrent dans les états du nord, sous la conduite des généraux Arista et Duran. Ils eurent à soutenir divers combats où l'avantage fut mélé. Ils obtinrent quelques succès contre des corps peu nombreus.

i firent beaucoup de mal dans les pays qu'ils traversaient et

répandirent partout la consternation. A leur approche, les babitans des villes s'enfuyaient dans les bois.

Sani-Ana, ayant réuni environ 3000 hommes, se porta vers les rebelles. Quelques uns de ses lieutenans, qui les ... avaient combatius, se joignirent à lui et grossirent ses forces

d'un nouveau millier d'hommes. Les deux armées ennemies ne tardèrent pas à se trouver à proximité; mais le choléra, qui se mit dans le camp de l'une et de l'autre, les empêcha d'en venir aux mains.

Le fléau s'était déclaré à Tampico vers la fin de mai, et de proche en proche il avait envahi une grande partie du pays, en sévissant avec une excessive violence. Dans quelques villes il enleva , dit-on, le quart et même le tiers de la population. Il arriva dans les premiers jours d'août à Mexico, et le nombre des cas de maladie se multiplia avec une rapidité effrayante. C'était dans les faubourgs qui sont encombrés de masures, de plairas, d’immondices, et parmi les basses classes du peuple, livrées à la misère la plus hideuse, à la plus dégoûtante malpropreté, qu'il faisait les ravages les plus affreux du 13 au 24, on croit qu'il a péri à Mexico plus de 1800 personnes par jour. Depuis lors, ne trouvant presque plus d'alimens dans les quartiers qu'il avait commencé par dépeupler, il gagna le centre de la ville, et prit ses victimes dans les classes les plus aisées. Il s'affaiblit vers le milieu de septembre; mais son passage avait été terrible. Il avait plus que décimé la population ; car, sur 150,000 habitans, 25,000 au moins avaient, dit-on, succombé à ses atteintes : c'était un sur six. A cette époque, il exerçait les mêmes fureurs à la Vera-Cruz et sur quelques autres points de la côte.

Les troupes eurent encore plus à souffrir de cette cruelle épidémie. Le lendemain du jour où elle se montra pour la première fois parmi les siennes , le président avait déjà perdu 200 hommes. Elle continua ainsi à frapper dans une pro

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gression si rapide que, le cinquième jour, il comptait 2000 hommes malades, mourans ou morts. Cependant SantaAna poursuivit sa marche pour empêcher Guanaxuato de tomber au pouvoir des insurgés. Il n'était plus qu'à quelques milles de cette place, quand il apprit que le commandant, n'ayant pas assez de monde pour repousser Arista, s'était retiré vers la côte, laissant ce général maitre de la ville, landis

que Duran occupait Silao. Santa-Ana, avec son armée fatiguée de ses marches forcées, démoralisée, affaiblie par la maladie, ne crut pas pouvoir attaquer Arista, retranché derrière de bonnes fortifications. Il forma le projet d'aller avec 800 hommes surprendre Duran à Silao; mais la mauvaise saison, les pluies et la difficulté des chemins lui firent perdre un temps précieux, et il dut renoncer aussi à cette entreprise. De retour à son camp, il prit l'avis de ses prin. cipaux officiers , et résolut d'établir son quartier-général à Queretaro, en altendant que la cessation de l'épidémie permit de reprendre les opérations militaires. On a évalué są, perte totale à 2000 hommes. Renforcé

par
les

troupes que le général Montezuma lui avait amenées de San-Luis, Santa-Ana attaqua Duran le 4 00 tobre, et parvint à le déloger d'une forte position où il s'était établi près de Marfil. Ce général, à la faveur de la nuit et d'une pluie battante, put se replier vers Arista à Guanaxualo, et occupa les ouvrages qu'il avait fait construire sur les hauteurs voisines. Santa-Ana se mit aussitôt à sa poursuite ; le lendemain il emporta sa meilleure position. Duran battit alors en retraite avec 500 hommes de cavalerie; et tous les efforts de son vainqueur purent se diriger contre Arista. Le président de l'état de Guanaxuato demanda á capituler : Santa-Ana lui répondit que, déterminé, comme il l'avait toujours été, à maintenir au prix de son sang, et soutenu de gooo soldats fidèles, ainsi que de la milice na: tionale des divers états, le code fondamental des lois de la république, il ne négligerait, pour y parvenir, aucun

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des moyens en son pouvoir. « Si vous voulez éviter de répandre le sang de ceux que vous commandez, ajoutait-il, vous n'avez qu'à vous mettre, vous et les chefs des rebelles, à la disposition du gouvernement, et à vous confier à la clémence de la nation, » C'est le parti que dut prendre Arista , après avoir vu enlever successivement toutes les positions qui défendaient la ville. Il fut envoyé à la Vera-Cruz avec les plus compromis de ses officiers, pour être bannis à perpétuité.

Un corps de troupes fut ensuite détaché à la poursuite de Duran, qui était allé rejoindre un aulre chef des insurgés à

Oaxaca. Attaqué dans cette place par le général Gomez, il : fut contraint de l'abandonner après avoir encloué ses canons.

Enfin, il se vit aussi obligé de capituler et demanda un passeport pour se rendre en pays étranger.

Santa Ana était revenu à Mexico le 20 octobre, et montrait des dispositions pour les mesures d'attermoiement. Le congrès, au contraire, voulait continuer à marcher dans le sens politique de la dernière révolution que Santa-Ana avait faite lui-même avec les forces du parti populaire. Plusieurs décrets témoignèrent de cette résolution du congrès. Le premier porte que la nation mexicaine, juste lorsqu'elle

châtie les usurpations de ses droits, comme lorsqu'elle ré i compense les belles actions de ses enfans, reconnaît pour

l'un des principaux auteurs de son indépendance, Augustin Iturbide; qu'en conséquence, ses cendres seront transportées à Mexico et conservées dans les lieux destinés aux premiers héros de l'indépendance ; que sa veuve et ses en

peuvent rentrer sur le territoire de la république, pour y jouir de la pension qui leur est accordée par la loi. Un second décret déclare que dans tous les états de la république, l'obligation civile de payer les dimes ecclésiasti

ques, est supprimée, et que la liberté est laissée à chaque s citoyen de se comporter, à cet égard, selon sa conscience. Un

troisième, dérogeant aux lois civiles qui avaient imposé aux

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fans

religieux l'obligation de respecter leurs voeux monastiques, dispose que dorénavant, les religieux des deux sexes seront entièrement libres de rester dans leurs couvens ou d'en sortir, que ceux qui continueront à y vivre devront en observer les règles et s'assujettir à l'autorité des prélais ; que le gouvernement protégera la parfaite liberté des religieux des deux sexes qui abandonneront volontairement les cloîtres en conformité de ce décret, comme aussi les prélats, pour le cas où les sujets qui se détermineraient à demeurer dans la communauté, méconnaîtraient leur autorité, ou n'accompliraient pas les devoirs que leur imposent les institutions monastiques.

Cependant, quoique vaincue dans ses deux principaux chefs, l'insurrection n'était pas étouffée: elle avait rencontré un nouveau soutien de sa cause dans le sud. Le général Bravo, l'un de ceux qui avaient les premiers arboré le drapeau de l'indépendance, et lui-même, ancien président de la république, prit à son tour une attitude hostile contre le gouvernement, avec un corps de 2 ou 3,000 hommes. Les troupes qu'on envoya pour le réduire furent battues dans une première rencontre, et la fin de l'année trouva encore le Mexique dans l'état précaire où il languissait depuis si long-temps.

COLOMBIE.

Le général Santander, que nous avons vu arriver l'année passée à la présidence de la Nouvelle-Grenade, avec toutes les marques de la faveur populaire, ne devait pas moins que tous ses prédécesseurs avoir à se défendre contre des conspirations. Le 23 juillet, il reçut vers le soir une lettre anonyme qui l'informait qu'une tentative de révolution serait exécutée dans la nuit même. Le colonel Montoya, inspecteur et commandant général, et le ministre de la guerre, se rendirent par son ordre aux casernes de la cavalerie, où ils firent arrêler l'officier de service, qui avait été dénoncé comme l'un des

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