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pédition dans le but de les détruire ou de les chasser au loin, de conquérir leur pays, et d'y établir des colons. Cette proposition ayant été adoptée, les trois états formèrent de leurs troupes réunies une petite armée fédérale, sous le commandement en chef du général Quiroga. Elle fut divisée en deux corps principaux : l'un, nommé division de droite, et comprenant les contingens de Santa-Fé et de Cordova, sous les ordres du général Aldao, suivit d'aussi près que possible la chaîne des Andes; l'autre, nommé division de gauche, et composé du contingent de BuenosAyres, longea le rivage de la mer. Celle-ci était dirigée par le genéral Rosas, qui avait quitté volontairement la magistrature suprême de la république. Quelques troupes détachées de cette division , sous le nom de division du cenire, servaieni à lier les opérations des deux corps principaux.

L'expédition s'était mise en marche vers la fin de mars. Dès le milieu du mois suivant, la division de droite avait refoulé dans les bois toutes les tribus d'Indiens qu'elle avait rencontrées, brûlé leurs campemens, repris plusieurs captifs créoles, fait une centaine de prisonniers, enlevé 200 chevaux, 3 à 400 boeufs et 10,000 têtes de brebis ou de chevres. Le général Aldao poursuivait vivement le cacique Yanquétruz, espèce d'Agamemnon sauvage, auquel obéissaient les guerriers de toutes les tribus qui l'avaient choisi pour

chef. Au mois de mai, la division de gauche était parvenue sur les bords du Rio-Colorado (le fleuve Rouge), ainsi appelé de la nuance toute particulière de ses eaux, nuance qui provient sans doute de la glaise rougeâtre que le courant entraîne avec lui. Ce fleuve devait guider l'armée qui pénétrait dans ces profondeurs encore inexplorées de la terre d'Amérique , et tandis qu'elle côtoierait ses rires, quelques petites embarcations le remonteraient aussi, pour en étudier la navigation. Le général Rosas avait ainsi voulu donner à son expédition plusieurs genres d'utilité, et surtout celui d'une

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dua exploration scientifique. Il tenait un journal fidèle non seuo's lement des circonstances de sa route, mais des observations anime astronomiques que l'on faisait, et de tous les faits qui pouinde vaient intéresser la géographie et l'histoire naturelle. Il avait e sous ses ordres une troupe de cavaliers bien montés, une

3. troupe d'infanterie qui voyageait également à cheval, suivant esz l'usage général dans ces contrées, bien qu'elle combattit à 19, pied, et quelques pièces d'artillerie de petit calibre. Il était

éclairé par un corps d'Indiens auxiliaires, aussi à cheval, ca et qui avaient pour armes, au lieu de canons et de fusils, l'arc, is: le lasso et la boule. Des chariols portant les munitions de

guerre, l'eau-de-vie et le tabac, formaient tous les bagages.

Pour toutes provisions, l'armée chassait devant elle de grands se troupeaux de boeufs, dont elle abattait chaque jour ce qu'il fallait à sa consommation.

Le 26 juin, l'avant - garde de Rosas surprit la tribu de l'un des caciques les plus redoutés, et fit toutes les familles prisonnières. Presque tous les hommes avaient été tués dans le combat; le cacique lui-même était de ce nombre. Le général buenos-ayrien n'avait perdu que trois soldats et un sergent, qui s'étaient noyés en traversant une rivière pour pour suivre les fuyards. D'autres victoires achevèrent ce que celle-ci avait commencé; bientôt, il ne parut rester aux tribus indiennes aucun moyen de faire la guerre ou même de réunir des forces suffisantes pour piller les campagnes; quelques bandes qui s'étaient cachées dans les bois se trouvaient, quant à présent, hors d'état de se rallier et de se reformer, et lorsquel'armée d'expédition prit ses quartiers d'hiver, ses avantpostes couvraient le pays et faisaient continuellement des prisonniers.

Mais tandis que la république Argentine cherchait ainsi à s'étendre aux dépens des peuplades indigènes, elle se voyait elle-même dépouiller de la possession des iles Falkland ou Malouines. On se souvient que ces îles étaient déjà devenues un sujet de collision entre Buenos-Ayres et les États-Unis

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du nord. L'Angleterre mit d'accord les parties contestantes, en s'emparant de l'objet du litige. Ces îles, qui ne sont d'ail. leurs que d'arides rochers, offrent une utile station ani bâtimens occupés à la pêche de la baleine dans le sud, et depuis les derniers temps on les fréquentait pour y recueillir des peaux et des fourrures. L'Angleterre y avait bâti un fort en 1765 ou 1766, et dans le cours des dix années suivantes elle avait eu à ce sujet des difficultés avec l'Espagne. La république Argentine, venant ensuite comme représentant l'Espagne, avait mis garnison dans ces iles. L'Angleterre prétendit qu'elles avaient été découvertes pour la première fois par un de ses navigateurs, et, à ce titre, elle en reclama la souveraineté. Une corvette anglaise, la Clio, arriva le 3 janvier au port de la Soledad, où était l'établissement militaire de la république, et y trouva la goëlette de guerre argentine le Sarandi. Le capitaine de la Clio se rendit immédiatement à bord de la goëlette, informa son commandant qu'il était venu prendre possession des îles Malouines au nom de la Grande-Bretagne, qu'il avait l'ordre positif d'y arborer le pavillon britannique, de faire évacuer tout ce qui dépendait de Buenos-Ayres, et de transporter ses troupes et ses officiers sur le continent. Le commandant ayant en vain demandé un délai qui lui permît de recevoir des instructions de son gouvernement, il dut se soumettre.'

Dès que cette nouvelle fut connue à Buenos-Ayres, le gouvernement se hâta d'en informer les Chambres, signalant le fait comme une violation de l'intégrité du territoire de la république, et du respect dû aux rapports existans entre les deux nations; comme un flagrant abus de pouvoir, qui réduisait au néant les protestations d'amitié que BuenosAyres était accoutumée de recevoir d'une puissance avec laquelle elle s'était efforcée, par tous les moyens, de maintenir la meilleure intelligence. Cet acte avait si vivement irrile la république, que le commandant du Sarandi ful traduit devant une cour martiale et condamné à la perte de sou

grade, pour n'avoir pas opposé une résistance suffisante à l'occupation des iles Malouines. D'un autre côté, l'envoyé de Buenos-Ayres à Londres fut chargé de demander des explications au gouvernement anglais. Lord Palmerston lui répondit à peu près sur le ton du capitaine de la Clio. L'envoyé répliqua par une protestation dans laquelle , contestant à l'Angleterre la priorité de la découverte des iles Falkland , il soutenait que la France les ayant occupées la première, elle avait cédé son droit à l'Espagne, et que

l'Angleterre elle-même, en vertu d'une convention conclue - avec celle dernière puissance, avait retiré ses troupes de

ces iles en 1774. Le gouvernement de Buenos-Ayres fit enfin un appel aux États-Unis et à toutes les républiques de l'Amérique du sud, pour les inviter à prendre intérêt à cette affaire, la première de ce genre, disait-il, qui se fût présentée depuis l'émancipation du Nouveau-Monde, et dont l'importance était telle: qu'on pouvait justement l'appeler une question américaine. Mais la plupart des états à qui la république Argentine s'adressait étaient trop faibles ou avaient

trop

d'embarras intérieurs à démêler, pour prêter un appui efficace ou une attention sérieuse à sa requête; et, quant à elle-même, divisée encore une fois

par

des partis, en proie à de nouveaux troubles, elle ne pouvait guère que faire entendre d'inutiles plaintes.

Une tentative d'insurrection eut lieu au mois de juillet, dans les districts ruraux de la province de Cordova, et menaçait d'avoir les plus fâcheuses conséquences, car les révoltés avaient déjà enrôlé plus de 800 hommes ; mais ils furent battus et dispersés à temps par les troupes que commandait le gouverneur de la province, et plusieurs de leurs chefs qui avaient été faits prisonniers furent mis à mort.

Un mouvement plus grave se préparait alors dans la capitale. L'élection prochaine des députés avait réveillé toutes les passions politiques. Le mérite des divers candidats du ministère et de l'opposition était l'objet d'une ardente poAnn, hist. pour 1833.

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lémique. Le parti fédéraliste se divisa en deux factions : les apostoliques ou absolutistes et les libéraux. Le dernier gouverneur, Rosas, paraissait appartenir à la première, et le gouverneur actuel, don Juan Ramon Balcarce, à la seconde. Celle-ci eut la majorité dans la Chambre des représentans, qui supprima les restrictions apportées à la presse par le gouvernement de Rosas, à l'époque où il était revêtu de pouvoirs extraordinaires. La lutte continua avec une aerimonie toujours croissante dans les journaux. Le gouvernement fit voir par ses mesures de précaution qu'il croyait que cette fermentation des esprits ne s'arrêterait pas à une guerre de plume. En effet, dans le courant du mois d'octobre, les chefs des mécontens rassemblèrent des troupes avec lesquelles ils se retranchèrent dans les faubourgs de BuenosAyres, d'où ils imposèrent au gouvernement l'ordre de renouveler son ministère tout entier. Cette première satisfaction obtenue, les insurgés exigèrent la démission du gouverneur lui-même. Il essaya de mettre la ville en défensé et d'armer le peuple en masse pour résister aux factieux de dehors. Mais le peuple ne montra aucune disposition à soutenir la cause du gouvernement, et force fut de capituler. Don Juan Balcarce ayant résigné ses fonctions, le parti victorieux le fit remplacer par un gouverneur général de ses opinions, et la tranquillité se rétablit pour le moment. Il n'est pas besoin de dire que ces désordres avaient suspendu toutes les affaires. Tel est malheureusement l'état des choses dans les états de l'Amérique du sud, qu'à chaque instant, une révolution vient nuire à leur prospérité, en arrêtant le développement de leur industrie agricole et l'élan du commerce européen, principale source de leur richesse.

RÉPUBLIQUE DE L'URUGUAY.

Le parti qui, en juillet 1832, avait voulu renverser le gonvernement de cet état, vit dissiper ses derniers restes au mois d'avril. Legénéral Lavalleja, chef de ce parti, fut désarmédans

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