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CHRYSALDE. Soit: là-dessus nous n'aurons point de bruit ; Et je prendrai le soin d'accoutumer ma bouche

A ne plus vous nommer que monsieur de La Souche. ARNOLPHE. Adieu. Je frappe ici pour donner le bonjour, Et dire seulement que je suis de retour.

CHRYSALDE, à part, en s'en allant.

Ma foi, je le tiens fou de toutes les manières.
ARNOLPHE, seul. Il est un peu blessé sur certaines matières.
Chose étrange de voir comme, avec passion,

Un chacun est chaussé de son opinion!

Hola!

(Il frappe à sa porte.)

SCÈNE II.

ARNOLPHE, ALAIN, GEORGETTE, dans la maison. ALAIN. Qui heurte?

(A part.)

ARNOLPHE. Ouvrez. On aura, que je pense,

Grande joie à me voir après dix jours d'absence. ALAIN. Qui va là?

ARNOLPHE. Moi.

ALAIN. Georgette !

GEORGETTE, Hé bien!

ALAIN. Ouvre là-bas.

GEORGETTE. Va s-y, toi.

ALAIN. Va s-y, toi.

GEORGETTE. Ma foi, je n'irai pas.

ALAIN. Je n'irai pas aussi.

ARNOLPHE. Belle cérémonie

Pour me laisser dehors! Holà! ho! je vous prie.

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ALAIN. Ouvre, toi.

GEORGETTE. Je souffle notre feu.

ALAIN. J'empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte.
ARNOLPHE. Quiconque de vous deux n'ouvrira pas la porte

N'aura point à manger de plus de quatre jours.

Ah!

GEORGETTE. Par quelle raisón y venir, quand j'y cours?
ALAIN. Pourquoi plutôt que moi? Le plaisant strodagême '!
GEORGETTE. Ote-toi donc de là.

ALAIN. Non, ôte-toi, toi-même.

GEORGETTE. Je veux ouvrir la porte.

ALAIN. Et je veux l'ouvrir, moi.

GEORGETTE. Tu ne l'ouvriras pas.

ALAIN. Ni toi non plus.

GEORGETTE. Ni toi.

ARNOLPHE. Il faut que j'aie ici l'ame bien patiente!
ALAIN, en entrant. Au moins, c'est moi, monsieur.

C'est moi.

GEORGETTE, en entrant. Je suis votre servante;

ALAIN. Sans le respect de monsieur que voilà,

Je te...

Peste!

ARNOLPHE, recevant un coup d'Alain.

ALAIN. Pardon.

ARNOLPHE. Voyez ce lourdaud là !

ALAIN. C'est elle aussi, monsieur...

ARNOLPHE. Que tous deux on se taise.

Songez à me répondre, et laissons la fadaise.
Hé bien! Alain, comment se porte-t-on ici?
ALAIN. Monsieur, nous nous.......

(Arnolphe ôte le chapeau de dessus la tête d'Alain.)
Monsieur, nous nous por...

Nous nous...

(Arnolphe l'ôte encore.)

Dieu merci,

ARNOLPHE, ôtant le chapeau d'Alain pour la troisième fois, et le je

tant par terre.

Qui vous apprend, impertinente bète,

A parler devant moi le chapeau sur la tête?

ALAIN. Vous faites bien, j'ai tort.

ARNOLPHE, à Alain. Faites descendre Agnès.

Le plaisant stratageme. Le mot de stratagéme est bien difficile à prononcer pour Alain; aussi, il l'applique assez mal, et de plus, il l'estropie. (A.)

SCÈNE III.

ARNOLPHE, GEORGETTE.

ARNOLPHE. Lorsque je m'en allai, fut-elle triste après?
GEORGETTE. Triste? Non.

ARNOLPHE. Non!

GEORGETTE. Si fait.

ARNOLPHE. Pourquoi donc ?

GEORGETTE. Oui, je meure.

Elle vous croyoit voir de retour à toute heure;
Et nous n'oyions jamais passer devant chez nous
Cheval, âne, ou mulet, qu'elle ne prit pour vous.

SCÈNE IV.

ARNOLPHE, AGNÈS, ALAIN, GEORGETTE.

ARNOLPHE. La besogne à la main! c'est un bon témoignage.
Hé bien! Agnès, je suis de retour du voyage:

En êtes-vous bien aise?

AGNÈS. Oui, monsieur, Dieu merci. ARNOLPHE. Et moi, de vous revoir je suis bien aise aussi. Vous vous êtes toujours, comme on voit, bien portée ? AGNÈS. Hors les puces, qui m'ont la nuit inquiétée.

ARNOLPHE. Ah! vous aurez dans peu quelqu'un pour les chasser. AGNÈS. Vous me ferez plaisir.

ARNOLPHE. Je le puis bien penser.

Que faites-vous donc là?

AGNES. Je me fais des cornettes.

Vos chemises de nuit et vos coiffes sont faites.

ARNOLPHE. Ah! voilà qui va bien! Allez, montez là-haut :
Ne vous ennuyez point, je reviendrai tantôt,
Et je vous parlerai d'affaires importantes.

SCÈNE V.

ARNOLPHE.

Héroïnes du temps, mesdames les savantes,
Pousseuses de tendresse et de beaux sentiments,
Je défie à la fois tous vos vers, vos romans,

T. I.

14

Vos lettres, billets doux, toute votre science,
De valoir cette honnête et pudique ignorance.
Ce n'est pas par le bien qu'il faut être ébloui;
Et pourvu que l'honneur soit...

SCÈNE VI.

HORACE, ARNOLPHE.

ARNOLPHE. Que vois-je? Est-ce?... Oui.

Je me trompe. Nenni. Si fait. Non, c'est lui-même,

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HORACE. Je fus d'abord chez vous; mais inutilement.

ARNOLPHE. J'étois à la campagne.

HORACE. Oui, depuis dix journées.

ARNOLPHE. Oh! comme les enfants croissent en peu d'années !
J'admire de le voir au point où le voilà,

Après que je l'ai vu pas plus grand que cela.

HORACE. VOUS voyez.

ARNOLPHE. Mais, de grace, Oronte votre père,
Mon bon et cher ami, que j'estime et révère,
Que fait-il? que dit-il? Est-il toujours gaillard?
A tout ce qui le touche il sait que je prends part :
Nous ne nous sommes vus depuis quatre ans ensemble,
Ni, qui plus est, écrit l'un à l'autre, me semble.

HORACE. Il est, seigneur Arnolphe, encor plus gai que nous :
Et j'avois de sa part une lettre pour vous;

Mais depuis, par une autre, il m'apprend sa venue,
Et la raison encor ne m'en est pas connue.
Savez-vous qui peut être un de vos citoyens,
Qui retourne en ces lieux avec beaucoup de biens
Qu'il s'est en quatorze ans acquis dans l'Amérique?"
ARNOLPHE. Non. Vous a-t-on pas dit comme on le nomme?

HORACE. Enrique.

ARNOLPHE. Non.

HORACE. Mon père m'en parle, et qu'il est revenu,
Comme s'il devoit m'être entièrement connu,
Et m'écrit qu'en chemin ensemble ils se vont mettre
Pour un fait important que ne dit point sa lettre.

(Horace remet la lettre d'Oronte à Arnolphie.)
ARNOLPHE. J'aurai certainement grande joie à le voir,
Et pour le régaler je ferai mon pouvoir.

(Après avoir là la lettrè.)

Il faut pour des amis des lettres moins civiles,
Et tous ces compliments sont choses inutiles.
Sans qu'il prit le souci de m'en écrire rien,
Vous pouvez librement disposer de mon bien.
HORACE. Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles,
Et j'ai présentement besoin de cent pistoles.
ARNOLPHE. Ma foi, c'est m'obliger que d'en user ainsi,
Et je me réjouis de les avoir ici.

Gardez aussi la bourse.

HORACE. Il faut...

ARNOLPHE. Laissons ce style.

Hé bien! comment encor trouvez-vous cette ville?
HORACE. Nombreuse en citoyens, superbe en bâtiments;
Et j'en crois merveilleux les divertissements.
ARNOLPHE. Chacun a ses plaisirs qu'il se fait à sa guise ;
Mais pour ceux que du nom de galants on baptise,
Ils ont dans ce pays de quoi se contenter,
Car les femmes y sont faites à coqueter:
On trouve d'humeur douce et la brune et la blonde,
Et les maris aussi les plus benins du monde;
C'est un plaisir de prince; et des tours que je voi
Je me donne souvent la comédie à moi.
Peut-être en avez-vous déja féru quelqu'une ".
Vous est-il point encore arrivé de fortune?
Les gens faits comme vous font plus que les écus,
Et vous êtes de taille à faire des cocus.

HORACE. A ne vous rien cacher de la vérité pure,

J'ai d'amour en ces lieux eu certaine aventure;

Féru, du vieux verbe ferir, frapper, du latin ferire. Féru n'est en usage que dans le style familier et badin. On dit qu'un homme est féru d'une femme, pour exprimer la passion qu'il a pour elle. (Min.)

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