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MYRTIL. Serez-Vous sensible à mes soupirs?

LYCARSIS. Oui.

MYRTIL. J'obtiendrai de vous l'objet de mes desirs? LYCARSIS. Oui.

MYRTIL. Vous ferez pour moi que son oncle l'oblige A me donner sa main?

LYCARSIS. Oui. Lève-toi, te dis-je.
MYRTIL. O père, le meilleur qui jamais ait été,
Que je baise vos mains après tant de bonté !

LYCARSIS. Ah! que pour ses enfants un père a de foiblesse !
Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse?
Et ne se sent-on pas certains mouvements doux,
Quand on vient à songer que cela sort de vous?
MYRTIL. Mc tiendrez-vous au moins la parole avancée?
Ne changerez-vous point, dites-moi, de pensée?
LYCARSIS. Non.

MYRTIL. Me permettez-vous de vous désobéir,
Si de ces sentiments on vous fait revenir?
Prononcez le mot.

LYCARSIS. Oui. Ah! nature! nature!

Je m'en vais trouver Mopse, et lui faire ouverture
De l'amour que sa nièce et toi vous vous portez.
MYRTIL. Ah! que ne dois-je point à vos rares bontés!
(Seul.) Quelle heureuse nouvelle à dire à Mélicerte !
Je n'accepterois pas une couronne offerte,
Pour le plaisir que j'ai de courir lui porter
Ce merveilleux succès qui la doit contenter.

SCÈNE VI.

ACANTHE, TYRÈNE, MYRTIL.

ACANTHE. Ah! Myrtil, vous avez du ciel reçu des charmes
Qui nous ont préparé des matières de larmes ;
Et leur naissant éclat, fatal à nos ardeurs,

De ce que nous aimons nous enlève les cœurs.
TIRÈNE. Peut-on savoir, Myrtil, vers qui, de ces deux belles,
Vous tournerez ce choix dont courent les nouvelles?
Et sur qui doit de nous tomber ce coup affreux
Dont se voit foudroyé tout l'espoir de nos voeux?
ACANTHE. Ne faites point languir deux amants davantage,

Et nous dites quel sort votre cœur nous partage.

TYRÈNE. Il vaut mieux, quand on craint ces malheurs éclatants,
En mourir tout d'un coup que trainer si longtemps.
MYRTIL. Rendez, nobles bergers, le calme à votre flamme:
La belle Mélicerte a captivé mon ame.

Auprès de cet objet mon sort est assez doux,
Pour ne pas consentir à rien prendre sur vous;
Et si vos vœux enfin n'ont que les miens à craindre,
Vous n'aurez, l'un ni l'autre, aucun lieu de vous plaindre.
ACANTHE. Ah! Myrtil, se peut-il que deux tristes amants...?
TYRÈNE. Est-il vrai que le ciel, sensible à nos tourments...?
MYRTIL. Oui, content de mes fers comme d'une victoire,
Je me suis excusé de ce choix plein de gloire;

J'ai de mon père encor changé les volontés,

Et l'ai fait consentir à mes félicités.

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ACANTHE, à Tyrène. Ah! que cette aventure est un charmant miracle, Et qu'à notre poursuite elle ôte un grand obstacle!

TYRÈNE, à Acanthe. Elle peut renvoyer ces nymphes à nos vœux, Et nous donner moyen d'être content tous deux.

SCÈNE VII.

NICANDRE, MYRTIL, ACANTHE, TYRÈNE.

NICANDRE. Savez-vous en quel lieu Mélicerte est cachée ?
MYRTIL. Comment?

NICANDRE. En diligence elle est partout cherchée.

MYRTIL. Et pourquoi?

NICANDRE. Nous allons perdre cette beauté.

C'est pour elle qu'ici le roi s'est transporté;

Avec un grand seigneur on dit qu'il la marie.

MYRTIL. O ciel! Expliquez-moi ce discours, je vous prie.
NICANDRE. Ce sont des incidents grands et mystérieux.
Oui, le roi vient chercher Mélicerte en ces lieux;'
Et l'on dit qu'autrefois feu Bélise sa mère,
Dont tout Tempé croyoit que Mopse étoit le frère...
Mais je me suis chargé de la chercher partout:
Vous saurez tout cela tantôt, de bout en bout.

MYRTIL. Ah! dieux! quelle rigueur! Hé! Nicandre, Nicandre!
ACANTHE. Suivons aussi ses pas, afin de tout apprendre.

FIN DE MÉLICerte.

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La scène est en Thessalie, dans un hameau de la vallée de Tempé.

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SCÈNE PREMIÈRE.

LYCAS, CORYDON.

SCÈNE II.

LYCAS, MAGICIENS chantants et dansants, DEMONS.

PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET.

(Deux magiciens commencent, en dansant, un enchantement pour embellir Lycas; ils frappent la terre avec leurs baguettes, et en font sortir six démons, qui se joignent à eux. Trois magiciens sortent aussi de dessous terre.)

TROIS MAGICIENS CHANTANTS.

Déesse des appas,

Ne nous refuse pas

La grace qu'implorent nos bouches.
Nous t'en prions par tes rubans,
Par tes boucles de diamants,

Ton rouge, ta poudre, tes mouches,
Ton masque, ta coiffe et tes gants.
UN MAGICIEN, seul.

O toi! qui peux rendre agréables:

Les visages les plus mal faits,
Répands, Vénus, de tes attraits
Deux ou trois doses charitables
Sur ce museau tondu tout frais!

LES TROIS MAGICIENS CHANTANTS.

Déesse des appas,

Ne nous refuse pas

La grace qu'implorent nos bouches.
Nous t'en prions par tes rubans,
Par tes boucles de diamants,

Ton rouge, ta poudre, tes mouches,

Ton masque, ta coiffe et tes gants.

DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET.

(Les six démons dansants habillent Lycas d'une manière ridicule et bizarre,)

LES TROIS MAGICIENS CHANTANTS.

Ah! qu'il est beau,

Le jouvenceau !

Ah! qu'il est beau! ah! qu'il est beau!

Qu'il va faire mourir de belles!
Auprès de lui les plus cruelles
Ne pourront tenir dans leur peau.
Ah! qu'il est beau,

Le jouvenceau!

Ah! qu'il est beau! ah! qu'il est beau!
Ho, ho, ho, ho, ho, ho, ho, ho!

TROISIÈME ENTRÉE DU BALLET.

(Les magiciens et les démons continuent leurs danses, tandis que les trois magiciens chantants continuent à se moquer de Lycas.)

LES TROIS MAGICIENS CHANTANTS.

Qu'il est joi,

Gentil, poli!

Qu'il est joli! qu'il est joli!

Est-il des yeux qu'il ne ravisse?
Il passe en beauté feu Narcisse,
Qui fut un blondin accompli.
Qu'il est joli,
Gentil, poli!

Qu'il est joli ! qu'il est joli!

Hi, hi, hi, hi, hi, hi, hi, hi.

Les trois magiciens chantants s'enfoncent dans la terre, et les magiciens dansants disparoissent.)

SCÈNE III.

LYCAS, PHILÈNE.

PHILÈNE, sans voir Lycas, chante.

Paissez, chères brebis, les herbettes naissantes,
Ces prés et ces ruisseaux ont de quoi vous charmer;
Mais si vous desirez vivre toujours contentes,

Petites innocentes,

Gardez-vous bien d'aimer.

LYCAS sans voir Philène.

(Ce pasteur, voulant faire des vers pour sa maîtresse, prononce le nom d'Iris
assez haut pour que Philène l'entende.)
PHILÈNE à Lycas.

Est-ce toi que j'entends, téméraire? Est-ce toi
Qui nommes la beauté qui me tient sous sa loi?

LYCAS.

Oui, c'est moi; oui, c'est moi.

PHILÈNE.

Oses-tu bien, en aucune façon,

Proférer ce beau nom?

LYCAS.

Hé! pourquoi non? hé! pourquoi non?

PHILÈNE.

Iris charme mon ame

Et qui pour elle aura

Le moindre brin de flamme,
Il s'en repentira.

LYCAS.

Je me moque de cela,

Je me moque de cela.

PHILÈNE.

Je t'étranglerai, mangerai,

Si tu nommes jamais ma belle;
Ce que je dis, je le ferai,
Je t'étranglerai, mangerai,
Il suffit que j'en ai juré ;

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