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Mon époux cependant, pressé de toutes parts,
Tuurnant alors sur moi de funestes regards....
Mais, loin de retracer une action si noire,
D'un époux malheureux respectons la mémoire:
Épargne à ma vertu cet odieux recit.
Contre un infortuné je n'en ai que trop dit.
Je ne puis rappeler un souvenir si triste,
Sans déplorer encor le sort de Rhadamisthe.
Qu'il te suffise enfin, Phénice, de savcir,
V.ctime d'un amour réduit au désespoir,
Que par une main chère, et de mon sang fumante,
L’Araxe dans ses eaux me vit plonger mourante.

PHÉNICE.
Q.1oj!ce fut votre époux.... Quel inhumain, grands dicux!

ZÉNOBIE.
Les horreurs de la mort couvroient déjà mes yeux,
Quand le ciel, par les soins d'une main secourable,
Me sauva d'un trépas sans elle inévitable.
Niais, à peine échappée à des périls affreux,
Il me fallut pleurer un époux malheurcux.
J'appris, non sans frémir, que son barbare père,
Prétextant sa fureur sur la mort de son frère,
De la grandeur d'un fils en effet trop jaloux,
Lui seul avoit armé nos peuples contre nous;
Qu'introduit en secret au sein de l'Arménie,
Lui-même de son fils avoit tranché la vie.
A ma douleur alors laissant un libre cours,
Je détestai les soins qu'on prenoit de mes jours,
Et, quittant sans regret mon rang et ma patrie,
Sous un nom déguisé j'crrai dans la Médie.

Enfin, après dix ans d'esclavage et d'ennui,
Étrangère partout, sans secours, sans : Ipui,
Quand j'espérois goûter un destin plus tranquiile,
La guerre en un moment détruisit mon asile.
Arsame, conduisant la terreur sur ses pas,
Vint, la foudre à la main, ravager ces clients :
Arsame, né d'un

sang à mes yeux si coupable,
Arsame cependant à mes yeux trop aimab'e,
Fils d'un père perfide, inhumain et jaloux,
Frère de Rhadamisthe, enfin de mon époux.

PHÉNICE.
Quel que soit le devoir du næud qui vous engage.
Aux mânes d'un époux est-ce faire un outraze
Gue de céder aux soins d'un prince géner cux
Qui por tant de bienfaits a signalé scs feux ?

ZÉNOBIE.
Encor si dans nos maux une cruelle absence
Ne nuus ravissoit point notre unique espérance !.:;
Mais Arsame, éloigné par un triste devoir,
Dans mon coeur éperdu ne laisse plus d'espoir;
Et , pour comble de maux, j'apprends que l'Arménie,
Qu'un droit si légitime accorde à Zénobie,
Va lomber au pouvoir du Parthe ou des Romains,
Ou peut-être passer en de moins dignes mains.
Dans son barbare coeur flatté de sa conquête,
A quitter ces climats Pharasmane s'apprêle.

PHÉNICE.
Eh bien! dérobez-vous à ses injustes lois.
N'avez-vous pas pour vous les Romains et vos droits ?

Crébillon. 2,

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2

Par un ambassadeur parti de la Syrie,
Rome doit décider du sort de l'Arménie:
Reine de ces états, contre un prince inhumain
Faites agir pour vous l'ambassadeur romain :
On l'attend aujourd'hui dans les murs d'Artanisse.
Implorez de César le secours, la justice;
De son ambassadeur faites-vous un appui;
Forcez-le à vous défendre, ou fuyez avec lui.

Z ÉN OBIE.
Comment briser les fers où je suis retenue?
M'en croira-t-on d'ailleurs, fugitive, inconnue ?
Comment....

SC È NE I I.
ZÉNOBIE, sous le nom d'IsMÉNIE; ARSAME,

PHÉNICE.

ZÉNOBIE.
Mais quel objet! Arsame dans ces lieux !

ARSAME.
M'est-il encor permis de m'offrir à vos yeux?

ZÉNOBIE.
C'est vous-même, seigneur! Quoi! déjà l'Albanie....

ARSAME.
Tout est soumis, madame; et la belle Isménie,
Quand la gloire paroît me combler de faveurs,
Semble seule vouloir m'accabler de rigueurs.
Trop sûr que mon retour d'un inflexible père
Va sur un fils coupable attirer la colère ,
Jaloux, désespéré, j'ose, pour vous revoir,
Abandonner des lieux commis à mon devoir.

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Ah! madame, est-il vrai qu'un roi fier et terrible
Aux charmes de vos yeux soit devenu sensible ;
Que l'hymen aujourd'hui doive combler ses võux?
Pardonnez aux transports d'un amant malheureux.
Ma douleur vous aigrit : je vois qu'avec contrainte
D'un amour alarmé vous écoutez la plainte.
Ce n'est pas sans raison que vous la condamnez :
Le reproche ne sied qu'aux amants fortunés.
Mais moi, qui fus toujours à vos rigueurs er butte ,
Qu'un amour sans espoir dévore et persécute;
Nais moi, qui fus toujours à vos lois si soulis ,
Qu'ai-je à me plaindre, helas ! et que m'a-t-on promis?
Indigné cependant du sort qu'on vous prépare,
Je me plains et de vous et d'un rival barhare.
L'amour, le tendre amour qui m'anime pour vous,
Tout malheureux qu'il est, n'en est pas moins jaloux.

Z ÉNOBIE.
Seigneur, il est trop vrai qu'une flamme funeste
A fait parler ici des feux que je déteste :
Mais, quel que soit le rang et le pouvoir du roi,
C'est en vain qu'il prétend disposer de ma foi.
Ce n'est pas que , sensible à l'ardeur qui vous flatte ,
J'approuve ces transports où votre amour éclate.

ARSAME.

Ah ! malgré tout l'amour dont je brûle pour vous,
Faites-moi seul l'objet d'un injuste courroux ;
Imposez à mes feux la loi la plus sévère,
Pourvu que votre main se refuse à mon père.
Si pour d'autres que moi votre coeur doit brûler ,
Donnez-inoi des rivaux que je puisse immoler,

Contre qui ma fureur agisse sans murmure.
L'amour n'a pas toujours respecté la nature :
Je ne le sens que trop à mes transports jaloux.
Que sais-je, si le roi devenoit votre époux ,
Jusqu'où m'emporteroit sa cruelle injustice ?
Ce n'est pas le seul bien que sa main me ravisse:
L'Arménie, attentive à se choisir un roi,
Par les soins d'Hiéron se déclare pour moi.
Ardent à terminer un honteux esclavage ,
Je venois à mon tour vous en faire un hommage;
Mais un père jaloux, un rival inhumain,
Veut me ravir encor ce sceptre et votre main.
Qu'il m'enlève à son gré l'une et l'autre Arménie,
Mais qu'il laisse à mes voeux la charmante Isménie:
Je faisois mon bonheur de plaire à ses beaux yeux,
Et c'est l'unique bien que je demande aux dieux.

Z ÉNOBIE.
Et pourquoi donc ici m'avez-vous amenée ?
Quelle que fût ailleurs ma triste destinée,
• Elle couloit du moins dans l'ombre du repos.

C'est vous, par trop de soins, qui comblez tous mes maux.
D'ailleurs, qu'espérez-vous d'une flamme si vive ?
Tant d'amour convient-il au sort d'une captive?
Vous ignorez encor jusqu'où vont mes malheurs.
Rien ne sauroit tarir la source de mes picurs.
Ah ! quand même l'amour uniroit l'un et l'autre,
L'hymen n'unira point mon sort avec le vôtre.
Malgré tout son pouvoir, et son amour fatal,
Le roi n'est pas, seigneur, votre plus fier rival:

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