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personnes de quelque qualité et condition qu'elles soient, de mettre en dispute lesdites propositions contenues ès-dites thèses, les faire publier, vendre et débiter, à peine de punition corporelle, soit qu'elles soient imprimées en ce royaume ou ailleurs; fait défenses à toutes personnes, a peine de LA VIE, d'obtenir ou d'enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés, et de faire aucune dispute que celles qui seront approuvées par les docteurs de ladite faculté de théologie; ordonne que le présent arrêt sera lu en l'assemblée de ladite Faculté de Sorbonne, mis et transcrit en leurs registres; et en outre copies collationnées d'icelui baillées au recteur de l'Université, pour être distribuées par les collèges, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait au parlement, le quatrième jour de septembre 1624. Ledit jour, ledit De Claves mandé, lesdites thèses ont été déchirées en sa présence. »

(21) Le jeune enfant que l'on renfermait dans cet harmonieux étui devint un excellent comédien. C'est le fameux Raisin, artiste d'un vrai talent, qui joua avec un égal succès les rôles à manteau, ceux des valets rusés, des petits maîtres et des ivrognes. Homme du monde, plein d'originalité et d'esprit, conteur aimable, il n'avait qu'un seul défaut, celui de s'adonner au vin avec excès : il aurait, dit-on, troqué volontiers sa femme contre une bouteille de Champagne. Il mourut er 1693, année où le vin manqua. On fit à cette occasion le huitain suivant :

Quel astre pervers et malin,
Par une maudite influence,
Empêche désormais qu'en France
On puisse recueillir du vin?
C'est avec raison que l'on crie
Contre la rigueur du destin,
Qui nous ôle jusqu'au Raisin
De notre pauvre comédie.

(Anecdotes dramatiques, t. III, p. 422.)

(22) Baron, fils d'un acteur et d'une actrice, était alors orphelin; « sa mère était si belle, que lorsqu'elle se présentait pour paraître à la toilette de la Reine-mère, Sa Majesté disait aux dames qui

étaient présentes : « Mesdames, voici la Baron; » et elles prenaient la fuite. Son père mourut d'un accident très-singulier : il faisait son rôle de Don Diègue, dans le Cid; son épée lui était tombée des mains, comme la circonstance l'exige dans la scène qu'il avait faité avec le comte de Gormas, et, en la repoussant du pied avec indignation, il en trouva malheureusement la pointe, dont il eut le petit doigt piqué; on traita le soir cette blessure comme une bagatelle; mais quand il vit, deux jours après, que la gangrène faisait tout apprêter pour lui couper la jambe, il ne voulut pas le souffrir: « Non, non, dit-il; un roi de théâtre comme moi se ferait huer avec une jambe de bois. » Il aima mieux attendre doucement la mort, qui l'emporta le lendemain.» (Lettre à mylord ***, ́ sur. Baron et mademoiselle Lecouvreur; par George Wink (d'Allainval), 1730).

(23) Le nom de famille de ce comédien était Mignot. La Serre dit que Molière le consola et l'embrassa.

(24) Le passage que nous insérons dans notre texte est tiré de l'édition originale de la description des Plaisirs de l'Ile enchantée, publiée en 1665, par Ballard, et plusieurs fois réimprimée du vivant de Molière. « Mais, dans l'édition de ses OEuvres, dit M. Auger, donnée en 1682, par La Grange et Vinot, le passage est altéré d'une manière fort remarquable. Dans cette phrase, « Son extrême délicatesse pour les choses de la religion ne put souffrir cette ressemblance du vice avec la vertu, » on a substitué aux mots ne put souffrir, ceux-ci, eut de la peine à souffrir; et cette autre phrase, « Il la défendit pourtant en public, et se priva soi-même de ce plaisir,» a été changée en celle-ci : « Il défendit cette comédie pour le public, jusqu'à ce qu'elle fut entièrement achevée et examinée par des gens capables d'en juger; pour n'en pas laisser abuser à d'autres moins capables d'en faire un juste discernement. Ces changemens, faits après coup, ont évidemment pour objet de transformer en une suspension momentanée la défense absolue et définitive qu'avait faite Louis XIV. Aurait-on voulu par là garantir du reproche d'inconséquence le monarque qui finit par permettre la représentation de cette même pièce qu'il avait d'abord jugé impossible de donner au

public. » (OEuvres de Molière, avec un commentaire par M. Auger, t. VI. p. 203, note).

(25) L'auteur de la Fameuse comédienne dit (p. 14), que le comte de Guiche comptait pour peu de fortune le bonheur d'être aimé des dames; cependant d'autres contemporains prétendent qu'il fut très-épris de madame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans.

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(26) La Fameuse comédienne dit que Molière est redevable de ce service à l'abbé de Richelieu, qui le premier avait eu mademoiselle Molière pour maîtresse, et qui, ayant saisi une lettre qu'elle avait écrite au comte de Guiche dans le temps de sa passion pour lui, furieux d'avoir été pris pour dupe et d'avoir payé si cher les faveurs d'une femme qui les prodiguait à tant d'autres, instruisit le pauvre mari de tout ce qui se passait. A croire le récit du biographe, Lauzun n'était pas seul chargé de la consoler des froideurs du comte de Guiche. Elle avait encore pris, dans ce but, un lieutenant aux Gardes et beaucoup d'autres jeunes gens.

(27) Il mourut le 4 novembre 1664. Sa part fut continuée à sa femme jusqu'à Pâques 1665. (M. Lemazurier, tome III, page 378 des OEuvres de Molière, avec un commentaire par M. Auger).

(28) Brécourt se prit un jour de querelle avec un cocher, sur la route de Fontainebleau, et le tua d'un coup d'épée. Il fut obligé de fuir en Hollande, et entra dans une troupe française que le prince d'Orange avait organisée. Il n'obtint la permission de revenir dans sa patrie qu'en prenant, pour le ministère français, le rôle d'agent de police.

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En 1678, étant à la chasse du Roi, à Fontainebleau, il fut attaqué par un sanglier qui l'atteignit à la botte et le tint long-temps en échec. Brécourt parvint à lui enfoncer son épée dans le corps jusqu'à la garde. Le Roi, qui avait été témoin de cette lutte, lui demanda s'il n'était point blessé, et lui dit qu'il n'avait jamais vu donner un si vigoureux coup d'épée.

Un contraste assez singulier qu'on n'avait point encore fait ressortir, c'est que cet infatigable duelliste composa un écrit intitulé : Louange au Roi sur l'édit des Duels. Il est également auteur de quel

ques pièces de théâtre bien dignes de l'oubli où elles sont ensevelies depuis long-temps. Nous avons rapporté sa fin tragique, Note II de ce livre. Il mourut, laissant pour vingt mille francs de dettes au-delà de sa succession. ( Histoire du Théâtre-Français, par les frères Parfait, tome VIII, page 406 et suivantes; Le Théâtre-Français, par Chapuzeau, page 188).

(29) On lisait dans la Revue encyclopédique de mai 1827, tome XXXIV, page 516 : « Serait-il vrai qu'au 10 août les archives de la Comédie française eussent été dépossédées du peu de manuscrits de Molière qu'elles conservaient, par un poète qui eut ensuite l'art de se parer de ces dépouilles illustres, et qui n'aurait eu le droit de se donner pour le continuateur du Misanthrope que comme les brigands qui mettent les habits de ceux qu'ils ont volés? »

Dans le numéro du mois de juin, page 814 du même volume, M. Eusèbe Salveste a réclamé contre ce qu'il y avait d'offensant et d'injuste dans cette assertion pour Fabre d'Églantine, en faisant observer que son Philinte est de plus de trois ans antérieur au 10• août 1792.

Un de nos amis nous a répété plusieurs fois qu'il tenait de Grandmesnil qu'en 1799 la Comédie française possédait encore quelques papiers de Molière, mais qu'ils devinrent la proie de l'incendie qui consuma sa salle, actuellement celle de l'Odéon, le 18 mars de la même année.

Il ne reste aujourd'hui que des signatures de Molière. M. Guérard a récemment trouvé à la Bibliothèque du Roi une sorte de minute du dernier des placets mis en tête du Tartuffe. Elle a été copiée dans l'Isographie. Mais après avoir bien examiné cette pièce, nous n'hésitons pas à dire qu'elle n'est pas de la main de Molière. (30) Dans l'édition des OEuvres de Boileau, de 1701, au sujet de ce vers de la satire III,

Molière avec Tartuffe y doit jouer son rôle,

on lit la note suivante, qui est de Boileau lui-même : « Le Tartuffe, en ce temps-là, avait été défendu, et tout le monde voulait avoir Molière, pour le lui entendre réciter. »

(31) Dans notre première édition nous avions, d'après quelques argumens assez spécieux de la Notice de M. Étienne sur le Tartuffe, penché vers l'opinion que les Observations du sieur de Rochemont pouvaient bien n'être autres que le livre, dont Molière parle dans son premier placet, composé par un curé de Paris, qui se serait caché sous le voile du pseudonyme. En relisant attentivement les Observations, nous avons acquis la certitude qu'elles étaient postérieures au placet de Molière, car, page 25, elles reprochent à Molière d'y avoir dit que le légat avait approuvé son Tartuffe. Ainsi le livre du curé de Paris, qui a précédé la requête de Molière, et celui du sieur de Rochemont, qui l'a suivie, sont donc deux pamphlets bien distincts. Nous avons à regretter la perte du premier. M. Aimé Martin, tome V, page 209 de son édition de Molière, assure l'avoir eu en sa possession; il a échappé à nos recherches et à celles de beaucoup de bibliophiles.

(32) Outre le traitement annuel de sept mille livres accordé à la troupe de Molière, ce prince gratifiait celui-ci de subventions assez fréquentes. On trouve à la Bibliothèque du Roi, section des manuscrits:

1o Du 19 janvier 1667, quittance par Molière au trésorier de l'argenterie du Roi de la somme de 2200 livres, savoir : 1800 livres pour habits et adjustemens de l'augmentation du ballet, et 400 livres pour les adjustemens précédens du méme ballet ›.

2o Du 26 juillet 1668, autre quittance par Molière au trésorier de l'argenterie du Roi de la somme de 400 livres pour les adjustemens et les augmentations des habits de la feste de Versailles *.

3o Du 7 août 1669, autre quittance par Molière au trésoriergénéral des Menus-Plaisirs, de la somme de 144 livres pour lui et

1. D'après la date de cette quittance, il est vraisemblable que ces 2200 livres étaient données à Molière comme dédommagement de la dépense extraordinaire occasionée par la double représentation du Ballet des Ballets dans lequel sa troupe avait joué Mélicerte et la Pastorale comique, au mois de décembre 1666, et la Pastorale comique et le Sicilien au mois de janvier 1667.

2 Cette fête de Versailies est celle donnée le 18 juillet par le Roi, et dont la première représentation de George Dandin fit le principal attrait.

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