UNide PRÉFACE. Ni de nos auteurs de théâtre, dont les fuccès font tombés dans l'oubli, de même qu'on pourra oublier ceux de quelques-uns de nos contemporains qui comptent avec affurance leurs titres d'immortalité par le nombre de représentations qu'ils ont eu,' Triftan l'Hermite fit fuccèder Panthée à Mariamne, Triftan l'Hermite, c'eft ce verfificateur ignoré aujourd'hui, qui ayant toute la baffeffe attachée à la médiocrité du talent & au trifte métier de faiseur de vers fe compofa lui-même cette épitaphe aviliffante. Ebloui de l'éclat de la fplendeur mondaine Je me flattai toujours d'une espérance vaine, Faisant le chien couchant auprès d'un grand Seigneur ; Je vécus dans la peine, attendant le bonheur, Et mourus fur un coffre, en attendant mon maître. Digne fin d'un Valet Poéte ; fa Mariamne eut des applaudiffe ments; elle coûta la vie à un malheureux comédien nommé Mondory; au milieu des extravagances & des abfurdités dont cedrame fourmille, on lui trouve le mérite de l'action; Panthée a Reffemblan ce entre Comé phémie. en difant qu'il donnoit une fœur à cette derniere tra gédie. Me feroit-il permis d'employer ces vieilles expreffions métaphoriques, lorsque je fais paraître EUPHÉMIE après COMMINGE? Je ne déciderai point comme Triftan que l'aînée a plus de beauté que la cadette; c'est aux connaiffeurs à me juger, & à prononcer fi ma nouvelle production doit être mise à côté ou au-deffus d'un Effai, que l'indulgence du public & la fingularité du genre femblent avoir tiré de la foule des ouvrages dramatiques. Que l'on regarde EUPHEMIE Comme une fuite du fombre tableau que j'ai expofé dans COMMINGE, & alors on fera moins bleffé de l'air de reffemblance qui fe trouve entre ces deux piéces. Mon deffein a été de présenter un cœur déchiré par les mêmes combats, agité des mêmes orages; je dirai plus, bien loin de chercher à me défendre fur l'efprit d'imitation qu'on ne man n'eut pas la réuffite de Mariamne. On croiroit que M. de Voltaire a eu ce Tristan en vue dans ces vers que tous les jeunes gers devroient apprendre par cœur pour fe guérir de la métromanie, cette maladie fi contagieufe, Cy gît aux bords de l'hyppocrène Un mortel longtems abufé; Pour vivre pauvre & méprisć Il fe donna bien de la peine. quera point de me reprocher, j'avertis mes cenfeurs L'auteur annonce de Drames dana que je ne me bornerai pas à ces deux Drames pour nouveaux prouver par le choix des fujets, fi le mérite de ce genre. l'exécution m'eft refusé, jusqu'à quel point la reli→ gion aux prifes avec l'amour eft fufceptible de produire un fpectacle vraiment pathétique. C'eft Les combats du jeu de ces deux refforts fi puiffants fur nature humaine, que peuvent jaillir & éclatter deltreligion la &de l'amour. un des plus ces grands ref forts drama grandes paffions dont la fougue eft néceffaire à tiques. que la religion nous ordonne avec tant de févérité d'étouffer, quand elle ne l'a point revêtue de la fainteté de fes engagements? On aime à voir fur la scène un perfonnage entraîné à commettre des fautes malgré lui: c'eft une obfervation qu'Ariftote a puifée dans la vérité du fentiment; affurément l'amour est le premier des tyrans qui déchirent le cœur humain ; que le triomphe est éclattant, lorfqu'après bien des efforts, des affauts répétés, on vient à bout de le foumettre! Si Polyeuce eut un eût på être peu plus confervé le caractère annoncé dans ces plus agité. vers: Acte I. S. I. Poly. à Néarq. Le caractère de Polyeuce Mais vous ne fçavez pas ce que c'est qu'une femme; Quand après un long-tems qu'elle a fçu nous charmer, Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer. Elle oppofe fes pleurs au deffein que je fais, Qu'il faille être infenfible aux foupirs d'une amante ? |