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tif et au subjonctif, qui rendent le style diffus et languissant. Ainsi, au lieu de : il vaut mieux qu'on sort malheureux que criminel : mon frère est certain qu'Il RÉUSSIRA, il est mieux de dire : il vaut mieux être malheureuse

que criminel ; mon frère est certain de RÉUSSIR. 506 IV. L'infinitif peut être le régime d'un autre verbe, ou

sans le secours d'une préposition, ou à l'aide de certaines prépositions, dont les plus usitées, en pareil cas,

sont à et de. 507 L'infinitif n'est précédé d'aucune préposition après

aimer mieux, compter, croire, daigner, devoir, entendre, faire, s'imaginer, oser, pouvoir, prétendre, vouloir, savoir :

J'ai cru d'avoir au ciel que des grâces à rendre.
Ah! demeurez, seigneur, et daignez m'écouter. RACINE.

Je voudrais inspirer l'amour de la retraite. LA FONTAINE. 508 L'infinitif est précédé de la préposition à après aimer,

aider, s'attendre, autoriser, balancer, consentir, décider,
désapprendre, encourager, exhorter, habituer, hésiter, s'oba
stiner, penser, persister, renoncer, répugner, etc.

Elle aimait A prévenir les injures par sa bonté. BOSSUET.
Je consens A me perdre afin de le sauver. CORNEILLE.

J'ai voulu m'obstiner A vous être fidèle. RACINE. 509 L'infinitif est précédé de la préposition de après appré-,

hender, craindre, dédaigner, défier, se dépêcher, désespérer,
désirer, détester, différer, discontinuer, espérer, gager, re-
gretter, souhaiter, soupçonner, etc.

Je demande sa tête, et crains DE l'obienir. CORNEILLE.
Ils ont désespéré d'avoir mon secret. LA BRUYÈRE.

Je défiais ses yeux De me troubler jamais. RACINE. 510 Remarque. On peut supprimer la préposition de après

les verbes désirer, détester, espérer, souhaiter, et dire : je désire de sortir, ou je désire sortir, etc. C'est le goût et

l'oreille qui en décident. 511 L'infinitif est précédé de la préposition à ou de après

commencer, continuer, contraindre, déterminer, s'empresser,
engager, essayer, faillir, forcer, obliger, résoudre, solliciter,
souffrir, tarder. C'est également le goût et l'oreille qu'il
faut consulter :
Je commence a rougir de mon oisiveté.

Ma vie à peine a commencé d'éclore. RACINE.

Il contraignit cinq légions roniaines A poser les armes sans combat (Bossuet).

Et lui-même au torrent nous contraint DE céder. RACINE.

V. Il est dans le génie de notre langue d'admettre deux infinitifs de suite, et, dans ce cas, le second est régime du premier: je veux le lui FAIRE SAVOIR. Je n'ose leur PERMETTRE 'ÉCRIRE. Mais trois ou quatre infinitifs employés de cette manière rendent le style diffus, désagréable pour l'oreille, et sont contraires à l'usage de nos bons écrivains. Ne dites donc pas : je crois POUVOIR ALLER Voir vos parents. N'allez pas CROIRE SAVOIR FAIRE JOUER tous les ressorts de l'éloquence. Il faut alors diminuer le nombre des infinitifs, en se servant d'un autre mode : je crois que je pourrai aller voir vos parents.

-N'allez pas croire que vous sachiez faire jouer tous les ressorts de l'éloquence.

CHAPITRE VIII.

DU PARTICIPE PRÉSENT.

513 I. Le participe présent est toujours invariable:

Le temps est un vrai brouillon mettant, remettant, rangeant, dérangeant, imprimant, effaçant, rapprochant, éloignant et rendant toutes choses bonnes ou mauvaises (Madame

de Sévigné). 514 II. Il ne faut pas confondre le participe présent avec

l'adjectif verbal (voy. pag. 8): celui-ci, terminé également par ant, s'accorde en genre et en nombre avec le mot qu'il qualifie :

Des esprits bas et rampants ne s'élèvent jamais au sublime (Girard).

La passion dominante de César était l'ambition. 516 III. Le participe présent exprime une action, et peut

se remplacer par un autre temps du verbe précédé de qui, ou d'une des conjonctions lorsque, parce que, puisque, etc.: c'est un homme d'un bon caractère, .OBLIGEANT ses amis, quand l'occasion s'en présente.-Ces hommes, PRÉVOYANT le danger, se mirent sur leur garde.-Les personnes AIMANT tout le monde, n'aiment ordinairement personne. On peut dire, qui oblige ses amis, qui prévoyaient le danger, qui aiment tout le monde.

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516 IV. L'adjectif verbal marque l'état, la manière d'être

du mot auquel il se rapporte, et peut se construire avec un des temps du verbe étre : ce sont des hommes OBLI, GEANTS.—Ces hommes PRÉVOYANTS ont aperçu le danger. -Les personnes AIMANTES ont plus de jouissances que les autres. On peut dire : des hommes qui sont obligeants ; des hommes qui sont prévoyants ; les personnes qui sont

aimantes. 517 V. Le qualificatif en ant est participe présent, quand il

a un régime direct, parce qu'alors il y a action, puisque
ce régime est toujours l'objet d'une action :

Cette réflexion embarrassant notre homme,
On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit.

LA FONTAINE.
Vois ces groupes d'enfants se jouant sous l'ombrage.

DELILLE. 518 VI. Le qualificatif en ant est ordinairement adjectif

verbal, quand il n'a aucune espèce de régime, parce
qu'alors il exprime presque toujours l'état :
Un geste pittoresque, et des regards parlants.

FR. DE NEUFCHATEAU. On apercevait sur la mer des mâts et des cordages flottants. 519 VII. Le qualificatif en ant qui n'a qu'un régime indi

rect est ou participe présent ou adjectif verbal : participe
présent, quand sens indique l'action, et adjectif verbal,
lorsque le sens indique la situation, l'état:

On voit la tendre rosée dégouttant des feuilles.
On voit la sueur ruisselant sur leur visage.

Dans ces phrases le sens est : la rosée QUI DÉGOUTTE des feuilles ; la sueur QUI RUISSELLE sur leur visage ; c'est de l'action qu'il s'agit : dégouttant, ruisselant sont donc des participes présents, et doivent rester invariables.

Voyez-vous ces feuilles dégouttantes de rosée ?
Voyez sa figure ruisselante de sueur,

Dans ce deux dernières au contraire, c'est l'état, la manière d'être qu'on exprime, car le sens est qui sont déGOUTTANTES de rosée, qui est RUISSELANTE de sueur ; dégouttantes, ruisselante, sont conséquemment des adjectifs verbaux, et doivent s'accorder avec les substantifs feuilles et figure, qu'ils qualifient.

CHAPITRE IX.

DU PARTICIPE PASSÉ.

520 I. Le participe passé employé sans auxiliaire, s'ac

corde, comme l'adjectif, en genre et en nombre, avec le
mot auquel il se rapporte :

Que de remparts détruits, que de villes forcées,
Que de moissons de gloire en courant amassées !

BOILEAU. Les inimitiés sourdes et cachées sont plus à craindre que les baines ouvertes et déclarées. 521 II. Le participe passé accompagné de l'auxiliaire étre

s'accorde avec le sujet du verbe :

Le fer est émoussé, les bûchers sont éteints.
La vertu obscure est souvent méprisée. (Mass.)

Les Grecs étaient persuadés que l'âme est immortelle. (Barthélemy). 522 Quelquefois le sujet est placé après le participe, mais

cela ne change rien à l'accord : quand il vit l'urne om étaient RENFERMÉEs les CENDRES d' Hippias, il versa un

torrent de larmes (Fénélon). 523 III. Le participe passé accompagné de l'auxiliaire

avoir s'accorde avec son régime direct, lorsqu'il en est
précédé, et reste invariable, quand le régime direct est
placé après le participe, ou qu'il n'y en a pas.
Ainsi l'on écrira avec accord :
Voici la lettre que j'ai reçue ;
Voici les lettres que j'ai reçues ;
Où est ton livre?--Je l'ai perdu ;
Où est ta plume ? Je l'ai perdue ;
Où sont tes livres ?-Je les ai perdus ;
Ils m'ont félicité ;
Il nous a félicités ;
Mon fils, nous t'avons récompensé ;
Mes fils, je vous ai récompensés ;
Quelle peine j'ai éprouvée !
Que de désagréments ils m'ont causés !

Combien de livres avez-vous lus ?
parce que les participes reçue, reçues, perdu, perdue, per-
dus, félicité, félicités, récompensé, récompensés, etc., sont
précédés de leurs régimes directs que, le, la, les, me, nous,
te, etc.

524 On voit, par les exemples ci-dessus, que le régime di

rect du participe, quand il précède celui-ci, est exprimé par un des pronoms que, le, la, les, me, nous, te, vous, se, ou par un substantif précédé de quel, que de, combien de.

(Voir, page 17, ce que nous avons dit sur les régimes.) 525 Mais on écrira sans accord :

Nous avons reçu votre lettre ;
Ils ont perdu leurs livres ;

J'ai récompensé mes fils ;
parce que les régimes directs votre lettre, leurs livres,
mes fils, sont placés après les participes reçu, perdu, ré-
compensé.

De même on écrira sans faire varier le participe : ils ont RÉPONDU à notre attente ; nous avons CHANTÉ ; cette armée a PÉRI, parce que les verbes répondre, chanter, rir, n'ont pas ici de régime direct : ce régime n'existant pas, il est évident que le participe n'en saurait être précédé.

Il faut conclure de la règle qui précède, et des exemples qui l'appuient, 526° 1° Que le sujet n'exerce aucune influence sur le parti

cipe conjugué avec avoir ; 527 2° Que les verbes neutres qui prennent cet auxiliaįre

ont toujours le participe invariable, ces sortes de verbes n'ayant point de régime direct. Ainsi, dans ces phrases : les cinq heures que j'ai DORMI, les dix ans qu'il a vécu, le participe des verbes neutres dormir et vivre ne varie pas, et le que relatif qui précède, quoique se présentant sous la forme d'un régime direct, n'est réellement qu'un régime indirect équivalant à pendant lequel : les cinq heures PENDANT LESQUELLES j'ai dormi, les dix ans PENDANT

LESQUELS il a vécu. 528 IV. Le verbe étre étant employé pour avoir dans les

verbes pronominaux, le participe de ces verbes suit abso-
lument" la même règle que le participe conjugué avec
avoir ; c'est-à-dire, que le participe d'un verbe pronomi-
nal s'accorde avec le régime direct, quand il en est précé-
dé, et qu'il reste invariable, lorsque le régime direct est
après, ou qu'il n'y en a pas.
Ainsi l'on écrira avec accord :

La lettre qu'ils se sont adressée,
Ils se la sont montrée ;
Ils se sont blamés ;

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