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Il dut la vie à la clémence et à la magnanimité du vainqueur.
Il est doux de servir sa patrie, et de contribuer à sa gloire.

On trouve les mêmes préjugés en Europe, en Asie, en Afrique

et juisqu'en Amérique. 573 Les autres prépositions, surtout celles qui n'ont qu'une

syllabe, se répètent quand les régimes n'offrent aucune ressemblance de signification : dans la paix et dans la guerre; par la force et par l'adresse ; AVEC courage et Avec inhumanité. Au contraire, elles ne se répètent pas, quand les régimes sont des expressions synonymes : DANS la mollesse et l'oisiveté ; par la force et la violence ; AVEC courage et intrépidité; A TRAVERS les dangers et les obstacles.

CHAPITRE XII.

DE LA CONJONCTION.

574 I. Et, ni ajoutent à la pensée ; mais et y ajoute affir

mativement, et ni négativement. D'où il suit qu'on emploie et :

1° Pour unir les propositions incidentes qui dépendent d'une principale affirmative:

Il croit que la terre est une planète, et qu'elle tourne autour du soleil.

2° Pour unir les parties semblables d'une proposition affirmative :

Il cultive les lettres et les sciences.
Cet enfant est instruit et modeste.

Il agit lentement et prudemment. 575 Qu'on emploie ni:

1° Pour unir les propositions incidentes qui dépendent d'une principale négative :

Il ne croit pas que la terre soit une planète, ni qu'elle tourne autour du soleil.

2° Pour unir les parties semblables d'une proposition négative:

Il ne cultive pas les lettres ni les sciences.
Cet enfant n'est pas instruit ni modeste.

Il n'agit pas lentement ni prudemment. 576 Remarque. Il est plus élégant de supprimer pas et

point et de répéter ni :

Il ne cultive ni les lettres ni les sciences, etc. 577 II. Et précède sans ; ni le remplace:

Sans joie et sans murmure elle semble obéir.
Sans crainte ni pudeur, sans force ni vertu.

RACINE. 578 III. Plus, mieux, moins, autant, placés au commence

ment de deux membres de phrase, ne doivent pas être unis par la conjonction et : plus on lit Racine, plus on l'admire: Et plus on l'admire serait une faute : la raison en est qu'il ne s'agit pas de lier ces deux propositions, mais de marquer le rapport de l'une avec l'autre ; c'est comme s'il y avait : on admire d'autant plus Racine, qu'on le lit plus, phrase dont les propositions ne sauraient

êtres unies par et. 579 IV. Parce que (en deux mots) signifie attendu que :

Parce qu'elle meurt, faut-il que vous mouriez ? RACINE. Par ce que (en trois mots) veut dire par la chose que ou par les choses que :

Par ce qu'on voit tous les jours, il est facile de comprendre

combien le mauvais exemple est pernicieux. 580 V. Quoique (en un mot) signifie bien que: QUOIQUE vous soyez instruit, soyez modeste.

Quoi que (en deux mots) veut dire quelque chose que : QUOI Que vous lui disiez, il ne vous écoutera pas. (Acad.) 581 VI. Quand, conjonction, signifie lorsque, à quelle

époque ?-Venez quand vous aurez fini ; QUAND partezvous ?

(Acad.) Quant, préposition, a le sens de à l'égard de, et est tou. jours suivi de la préposition à: QUANT A cette affaire, je m'en inquiète peu. (Acad.)

. 582 VII. A cause que, devant que, durant que, malgré que

ont vieilli, et de s'emploient plus ; à cause que se remplace par parce que, devant que par avant que, durant que

par pendant que, et malgré que par quoique. 583 VIII. La conjonction que a un grand nombre d'usages, dont les principaux sont:

1° D'unir deux verbes l'un à l'autre: je crois QUE l'âme est immortelle.

Remarque. La conjonction que ne régit aucun mode: c'est le sens positif ou douteux du verbe précédent qui demande l'indicatif ou le subjonctif. (Voyez p. 118 et suivantes, la syntaxe de ce dernier mode.)

:

2° D'unir les deux termes d'une comparaison : Démosthènes était plus éloquent QUE brave.

3° De former, à l'aide de la préposition de, certains tours de phrase uniquement propres à notre langue, et qu'on appelle, pour cette raison, gallicismes :

C'est peu que de posséder des richesses. C'est un devoir que d'obliger ses amis. C'est être sage que de se défier des méchants. Quel plaisir que de revoir sa patrie ! Il ne laisse pas que d'être généreux. Remarque. L'usage permet, dans ce cas, de supprimer la eonjonction que, et de dire : c'est peu de posséder des richesses ; c'est un devoir d'obliger ses amis, etc. C'est le goût qui en décide.

4° D'éviter la répétition de certaines conjonctions, comme: quand, lorsque, si, quoique, comme, etc. : QUAND on est riche, et qu'on est généreux, on ne manque pas d'amis ; si vous avez des amis, et que vous désiriez les conserver, prouvez-leur votre estime. Dans le premier exemple, que remplace quand, et dans le second, il est employé pour si.

L'usage fera connaître les autres fonctions de cette conjonction,

CHAPITRE XIII:

DB L'INTERJECTION.

584 I. Il y a cette différence entre ah et ha, que le premier

exprime la joie, la douleur, et le second, la surprise: Au Dieux ! quel bonheur de vous voir !--Au combien je suis

malheureux !-HA, vous coild !-HA, HA, je n'en savais rien. 585 11. Oh exprime la surprise ou l'affirmation : Oh, oh! je croyais le contraire.--, pour le coup je vous tiens !

Ho sert à appeler : Ho, denez ici. Il marque aussi la surprise : Ho, que faites-vous ?

O sert à l'apostrophe oratoire : 6 mon fils ! adorez Dieu, et ne cherchez pas à le comprendre suprême plaisir de

pratiquer la vertu! 586 –III. Eh! peint la douleur, la plainte : Eh! qui n'a

pas pleuré quelque perte cruelle ? (Delille.)-! s'emploie pour appeler, pour avertir : hé! venez donc; AÉ! que dites-vous ?

CHAPITRE XIV.

DES FIGURES DE SYNTAXE.

587 Il y a dans les langues une construction de mots com

mune à toutes, et dans laquelle les ts sont placés dans l'ordre le plus simple, celui qu'indique la marche de l'esprit humain. Dans cette construction tous les mots nécessaires à l'énonciation de la pensée sont exprimés, sans qu'aucune surabondance se fasse remarquer ; et la concordance la plus parfaite y existe entre toutes les expressions qui se correspondent.

Cette construction se nomme grammaticale, parce qu'elle est conforme aux règles de la grammaire générale. 588 Mais la vivacité de l'imagination ; l'impatience de l'es

prit; le désir d'être plus concis, plus harmonieux, font souvent déroger à cet ordre, et alors la construction est appelée figurée, nom qu'elle tire des quatre figures de syntaxe qui constituent cette construction, et qui sont: l'ellipse, le pléonasme, la syllepse et l'inversion.

DE L'ELLIPSE. 589 L'ellipse supprime certains mots nécessaires à la con

struction de la phrase pour la rendre pleine et entière, mais inutiles au sens, parce que ceux qui sont énoncés, les font aisément suppléer. Dans cette phrase : notre mérite nous attire l'estime des honnêtes gens, et notre étoile, celle du public, il y a ellipse ; c'est comme s'il y avait : et

notre étoile nous ATTIRE celle du public. 590 Pour que l'ellipse soit permise, il faut que l'esprit

puisse suppléer sans effort les mots sous-entendus. Toute ellipse qui rend le sens louche ou équivoque, est vicieuse ; telle est celle-ci:

J'eusse été près du Gauge esclave des faux Dieux,

Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux. dont le sens semble être : j'eusse été chrétienne dans Paris, j'EUSSE ÉTÉ musulmane en ces lieux ; tandis que le sens véritable est : j'eusse été chrétienne dans Paris, JE SUIS musulmane en ces lieux.

DU PLÉONASME. 591 Le pleonasme est le contraire de l’ellipse ; c'est une sur

abondance de mots qui pourraient être retranchés sans

tairont pas.

qu'à la rigueur le sens en souffrît; comme dans ces phrases : je l'ai vu de MES YEUX; je l'ai entendu de MES OREILLES ; je lui ai parlé À LUI-MEME. Que me fait, À Moi, cette Troie je cours ? (Racine.) On pourrait dire simplement: je l'ai entendu ; je lui ai parlé. Que me fait

cette Troie je cours ? 592 Le pleonasme est autorisé toutes les fois qu'il ajoute à

la phrase plus de grâce, de netteté ou d'énergie ; au contraire, il doit être évité avec soin comme un vice, ou du moins comme une négligence, lorsqu'il n'est qu'une redondance stérile de mots qui affaiblissent la pensée en la représentant sous les mêmes couleurs, ou sous des cou. leurs encore plus faibles. Tel est le pléonasme que préseptent ces vers de Corneille :

Trois sceptres à son trône, attachés par mon bras,
Parleront au lieu d'elle, et ne se tairont pas.
Puisque ces sceptres parleront, il est clair qu'ils ne se

Ces sortes de pleonasmes sont les plus vicieux, en ce qu'ils tombent dans ce qu'on appelle le

style niais. 593 Quelques autres exemples de pleonasmes vicieux achè

veront de faire sentir les défauts qu'on doit éviter dans
l'emploi de cette figure :

Il faut s'entr'aider mutuellement.
Il m'a comblé de mille éloges.
Il n'a seulement qu'à se montrer.
Il y eut une tempête orageuse.
Peut-être ils pourront réussir.

Il est possible qu'il puisse venir.
Ces pléonasmes doivent être proscrits :

1° Parce que le mot entre renferme la même idée que mutuellement.

2° Parce que mille est superflu après combler, qui pré. sente à l'esprit une quantité innombrable. 3° Parce que ne

que, signifiant seulement, read ee dernier complètemeat inutile.

4° Parce qu'une tempête ne pouvant exister sans orage, l'adjectif orageuse n'ajoute absolument rien au substantif.

50 Parce que peut-être et possible exprimant une idée de possibilité, sont inutiles avec le verbe pouvoir, qui éveille la même idée.

Il faut dire pour être correct :

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