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Il faut s'entraider.
Il m'a comblé d'éloges.
Il n'a qu'à se montrer.
Il y eut une tempête.
Peut-être ils réussiront.

Il est possible qu'il vienne. De même on ne dira pas : QUE vous étes BIEN bon ! COMBIEN ce souvenir doit vous étre bien doux ! je PRÉFÈRE PLUTÔT rester. Il me fit ses adieux, et PUIS ENSUITE il partit. Il s'en suit DE LA que vous avez tort. Il faut dire: que vous êtes bon! combien ce souvenir doit vous étre doux ! je préfère rester. Il me fit ses adieux, et puis il partit, ou et ensuite il partit. Il s'en suit que vous avez tort, ou il suit de que vous avez tort.

DE LA SYLLEPSE. 594 La syllepse est une figure qui règle l'accord d'un mot,

non avec celui auquel il se rapporte grammaticalement, mais avec le mot auquel il correspond par les sens. C'est par syllepse qu'on dit : une multitude de personnes sont venues, phrase dans laquelle le verbe sont et le participe venues correspondent avec personnes, qui frappe le plus l'attention, et non avec multitude, auquel ils se rapportent grammaticalement par la forme de la phrase. Nous avons un grand nombre de constructions qu'on peut justifier à l'aide de la syllepse.

Nos grands auteurs ne négligent pas cette figure. Nous n'en citerons qu'un exemple parmi ceux qu'ils offrent: il est de Racine :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge;
Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin,
Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin.

La construction grammaticale exige comme lui, puisque le pronom se rapporte au substantif pauvre. Mais le poète, frappé de l'idée d'une multitude de pauvres, est entraîné par sa pensée ; et l'expression est en rapport non avec ce qu'il a dit, mais avec ce qui occupe entièrement son attention.

DE L'INVERSION. 595 L'inversion a lieu toutes les fois que les mots ne sont

pas arrangés selon l'ordre grammatical, qui veut qu'on énonce d'abord le sujet, ensuite le verbe, puis le régime direct, etc. Quand Fléchier dit :

:

Déjà prenait l'essor, pour se sauver vers les montagnes, cet aigle dont le vol hardi avait d'abord effrayé nos provinces ; il fait une inversion : le sujet cet aigle, qui aurait dû grammaticalement précéder le verbe prenait, se trouve placé après, et cette inversion, qui donne de la rapidité, de la force au style, offre un tableau parfait, en présentant d'abord à l'esprit l'objet principal de la pensée, l'essor rapide de l'aigle.

Les inversions sont plus fréquentes en poésie qu'en prose, parce que la poésie, étant le langage des passions,

exige plus de vivacité, de hardiesse. 596 Au surplus, soit en vers, soit en prose, toute inversion

qui entortille la phrase, au lieu de la rendre plus douce et plus coulante ; qui embrouille les idées, au lieu de leur donner plus de netteté, est un vice qu'on doit éviter avec soin. Le vice de cette phrase (que nous avons citée, pag. 115): Croyez-vous pouvoir ramener ces esprits égarés PAR LA DOUCEUR, consiste dans une inversion fautive, qui donne aux mots par la douceur un rapport autre que celui qui est dans la pensée.

CHAPITRE XV.

OBSERVATIONS PARTICULIÈRES.

A, DE.

597

C'est à vous a exprime une idée de tour: je viens de jouer, c'est à vous a jouer. C'est à vous de éveille une

idée de droit, de devoir : c'est à vous de jouer le premier. 598

A, OU. On emploie a entre deux nombres, lorsque le substantif qui suit ces nombres représente une chose susceptible d'être divisée: trois a quatre heures ; sept a huit aunes, neuf a dix lieues ; on peut dire une demi-heure, une demiaune, une demi-lieue.

Au lieu de a, on emploie ou, quand le substantif représente une chose qui n'admet pas de division : quatre ou cinq vaisseaux ; cinq ou six maisons ; sept ou huit personnes. En effet, on ne saurait diviser un vaisseau ou une personne, comme on divise une aune ou une heure,

AIDER.

AIR,

a

599

Aider quelqu'un, c'est simplement l'assister : aider quelqu'un de sa bourse, l'aider de ses conseils, de son crédit. (Acad.)

Aider à quelqu'un, c'est l'assister en partageant ses efforts, sa fatigue, son embarras : aidez à cet homme; porter ce fardeau ; aidez-lui à se relever ; aidez à cet enfunt à

faire son thême. (Acad.) 600

On doit dire ; cette femme a l'air bon, l'air spirituel, et non pas a l'air bonne, l'air spirituelle ; car c'est l'exterieur, c'est l'air qu'on représente comme bon, spirituel, et non pas la femme ; et la preuve, c'est qu'on dit; cette femme a l'air bon, et elle est méchante; elle a l'air spirituel, et elle est sotte.

Mais doit-on dire d'après cela : cette pomme a l'air cuit, cette terre a l'air ENSEMENCÉ, cette robe a l'air bien fait ? Non, car on ne dit pas qu'un air est cuit, qu'il est ensemencé, qu'il est bien fait; l'adjectif ne saurait se dire ici du substantif. Il faut alors prendre un autre tour, et dire, par exemple: cette pomme a l'air d'être cuite ; ou pa.

rait ensemencée, etc. 601

ANOBLIR, ENNOBLIR Anoblir, donner des lettres de noblesse : il n'y a que le roi qui puisse anoblir. (Acad.)-Ennoblir, rendre plus éclatant, plus illustre : les beaux arts ennoblissent une

langue. (Acad.) 602

ARMISTICE, AMNISTIE. Armistice, suspension d'armes: l'armistice ne tarda pas à cesser.

(Acad.)— Amnistie, pardon qu'un souverain accorde à des sujets révoltés : le roi accorda une amnistie

générale. (Acad.) 603

Assurer quelqu'un, c'est témoigner à quelqu'un : assurez vos PARENTS de mon eștime.-- Assurer à quelqu'un, c'est affirmer, c'est donner pour sûr à quelqu'un : Mentor as

sura à TÉLÉMAQUE qu'il reverrait Ulysse. 604

Atteindre à quelque chose suppose des obstacles à vaincre; atteindre au but, atteindre au faite de la gloire,

ASSURER.

ATTEINDRE

(Acad.)-Atteindre quelque chose ne suppose pas de difficulté, et se dit des choses qu'on fait pour ainsi dire malgré soi : atteindre le terme de l'armistice, atteindre un certuin áge. (Acad.)

Atteindre, se disant des personnes, signifie égaler, et veut toujours un régime direct : Il est difficile d'atteindre

La Fontaine dans l'apologue. 605

AUSSI, NON PLUS. Aussi et non plus s'emploient pour pareillement : aussi, quand le sens est positif, et non plus, quand il est négatif :

je sortirai aussi, je ne sortirai pas NON PLUS. 606

BAIGNER, COUCHER, PROMENER. Ne dites pas : je vais baigner, il va coucher, nous irons promener: Dans ce sens, ces verbes étant pronominaux, il faut dire : je vais me baigner, il va se coucher, nous

irons nous promener. 607

À LA CAMPAGNE, EN CAMPAGNE. Etre à la campagne, c'est être dans une maison de campagne pour y passer quelque temps: Il est agréable de passer la belle saison à LA CAMPAGNE.-Etre en campugne, c'est être en mouvement, hors de chez soi pour ses affaires : les troupes sont EN CAMPAGNE ; il s'est mis en CAMPAGNE pour découvrir ce qu'il cherche ; il a mis ses

gens EN CAMPAGNE. (Acad.) 608

CAPABLE, SUSCEPTIBLE. Capable, qui a les qualités requises pour : il est cAPABLE des plus grandes choses. (Acad.)--Il ne se dit que des personnes, excepté quand il s'agit d'une idée de contenance : cette salle est CAPABLE de contenir tant per

s

sonnes.

Susceptible, qui peut recevoir certaines qualités, certaines modifications: l'esprit de l'homme est suscePTIBLE de bonnes, de mauvaises impressions. (Acad.)—Il ne se dit que des choses ; excepté dans cette phrase ; cet homme

est suscePTIBLE, pour dire qu'il est facile à blesser. 609

CONSOMMER, CONSUMER. Consommer marque l'anéantissement d'une chose par l'usage qu'on en fait: consommer beaucoup de vin, consommer des denrées.Consumer exprime la destruction

sume.

pas :

successive d'une chose ; il se dit proprement du feu, et par analogie du temps, du mal : le feu consuma tout l'édifice ; le temps consume tout ; cette maladie le con

(Acad.) 610

DÉJEÛNEŘ, diner, etc. Déjeúner, diner, et leurs analogues, veulent avec devant un nom de personne: déjeúner avec un ami, diner AVEC sa famille ; et de avant un nom de chose ; déjeuner de

café, diner, d'un páté. (Acad.) 611

DIGNE, INDIGNE. Digne, sans négation, se dit du bien et du mal : il est digne de louanges, il est digne de bláme.-Digne, avec négation, et indigne ne se disent que du bien : il n'est pas digne de récompenses, il est indigne de récompenses. Ainsi l'on ne dira : il n'est pas digne de punition, il est indigne de punition. Il faut prendre un autre tour, et dire,

par exemple: il ne mérite pas une punition. 612

DURANT, PENDANT. Durant exprime une durée sans interruption, pendant un moment, une époque ; les troupes se sont cantonnées DURANT l'hiver, c'est-à-dire, qu'elles sont restées cantonnées tant que l'hiver a duré; elles se sont cantonnées penDANT l'hiver, c'est-à-dire, qu'elles ont fait choix de cette saison pour se cantonner.

ÉCLAIRER. Eclairer quelqu'un, c'est l'instruire de ce qu'il ignore: les hommes qui ont de l'expérience éclairent les autres.Eclairer à quelqu'un, c'est lui faire voir clair sur son passage, à l'aide d'une lumière : éclairez à monsieur. (Acad.) Dans ce cas, le régime direct est sous-entendu; c'est

comme s'il y avait : éclairez L'ESCALIER à monsieur. 614

ÉMINENT, IMMINENT. Danger ÉMINENT, péril ÉMINENT, danger, péril trèsgrands, mais bon sans ressource; danger imminent, péril imminent, danger, péril inévitables. Un homme qui fait une entreprise téméraire est dans un péril éminent; un vaisseau qui se brise contre les rochers est dans un péril imminent.

613

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