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1875, May 28. Minot Shrind.

PRÉFACE

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PRÉFACE.

En publiant cette nouvelle grammaire destinée à l'enseignement pratique du français dans les classes élémentaires de nos lycées1, je n'ai point à justifier le sous-titre qui l'accompagne : il est inutile aujourd'hui d'insister sur le rôle nécessaire de l'histoire dans l'enseignement usuel des langues.

L'usage présent, dans toute langue, dépend de l'usage ancien et ne s'explique que par lui: dès lors quoi de plus naturel que de faire servir l'histoire de la langue à l'explication des règles grammaticales, en remontant depuis l'usage actuel jusqu'au moment où elles ont pris naissance? Outre l'avantage d'être rationnelle, la méthode historique en possède un autre : la mémoire retient toujours plus nettement ce dont notre esprit s'est rendu compte, et l'élève se rappellera d'autant mieux les règles de la grammaire qu'elles auront déjà un point d'appui dans son intelligence. C'est cette méthode que les Allemands, toujours attentifs à éveiller le ju

1. Je publie simultanément à l'usage des enfants qui n'étudient pas les langues anciennes et des élèves des écoles primaires une seconde grammaire plus courte et tout à fait à la portée des commençants.

gement de l'enfant, emploient depuis longtemps dans leurs écoles pour l'enseignement de leur langue nationale. C'est la méthode inverse qui avait été suivie en France jusqu'à ce jour. Au lieu d'intéresser l'enfant en lui donnant la raison de chaque règle, et l'explication de tous ces faits grammaticaux, si souvent en apparence bizarres ou incohérents, on lui avait présenté la grammaire française comme les articles indiscutables d'un code pénal, qu'il devait appliquer sans les raisonner ni les comprendre. En réduisant ainsi la grammaire au rôle d'un insipide procès-verbal de l'usage, en ne faisant appel dans cet enseignement, tout mécanique et passif, qu'à la mémoire de l'élève, au détriment de son intelligence, on avait fait d'une étude attrayante et curieuse un objet de dégoût et d'ennui.

Vainement, depuis vingt ans, bien des maîtres éminents, M. Egger à la Sorbonne, M. Baudry dans la Revue de l'Instruction publique, dénonçaient chaque année la stérilité d'un tel enseignement. Vainement, dans une enquête ouverte en 1861 par l'administration sur les résultats de l'enseignement grammatical, 243 instituteurs sur 1207 avouaient courageusement que cette étude était à peu près stérile, et demandaient une réforme complète sans pouvoir la formuler. Il ne fallut rien moins que la guerre de 1870 et

1. Voy. sur les résultats de cette enquête, le Manuel général de l'instruction primaire (t. III, no 42, octobre 1866). Voici quelques passages extraits des mémoires des instituteurs : « A un enseignement mécanique il faut substituer un enseignement rationnel (Eure). On apprend trop par cœur (Calvados). Les élèves récitent, mais n'exercent point leur intelligence (Ardèche). Le paysan sent que l'instruction est mal dirigée, qu'elle n'est pas assez pratique (Bas-Rhin). L'enseignement est trop abstrait (Doubs). Les méthodes étant défectueuses, les parents considèrent l'enseignement comme inutile (Pas-de-Calais). — Que l'enseignement devienne plus pratique (Somme). - L'enseignement est trop abstrait (Dordogne). — L'enseignement est trop obscur (Nord). L'enseignement actuel est trop théorique (Corrèze).

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