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ni contredisant; il n'est pas non plus com plaisant et flatteur; il dit son avis sans combattre celui de personne, parce qu'il aime la liberté par-dessus toute chose, et que la franchise en est un des plus beaux droits.

Il parle peu parce qu'il ne se soucie guère qu'on s'occupe de lui; par la même raison, il ne dit que des choses utiles: autrement, qu'est-ce qui l'engagerait à parler? Emile est trop instruit pour être jamais babillard. Le grand caquet vient nécessairement, ou de la prétention à l'esprit, dont je parlerai ci-après, on du prix qu'on donne à des bagatelles, dont on croit sottement que les autres font autant de cas que nous. Celui qui connaît assez de choses pour donner à toutes leur véritable prix, ne parle jamais trop ; car il sait apprécier aussi l'attention qu'on lui donne, et l'intérêt qu'on peut prendre à ses discours. Généralement les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu. Il est simple qu'un ignorant trouve impor tant tout ce qu'il sait, et le dise à tout le monde ; mais un homme instruit n'ouvre pas aisément son répertoire : il aurait trop à dire, etil voit encore plus à dire après lui; il se tait. Loin de choquer les manières des autres

Emile s'y conforme assez volontiers; non pour paraître instruit des usages, ni pour affecter les airs d'un homme poli, mais au contraire, de peur qu'on ne le distingue, pour éviter d'être aperçu; et jamais il n'est plus à son aise que quand on ne prend pas garde à lui.

Quoiqu'entrant dans le monde, il en ignore absolument les manières, il n'est pas pour cela timide et craintif; s'il se dérobe, ce n'est point par embarras, c'est que pour bien voir il faut n'être pas vu: car ce qu'on pense de lui ne l'inquiète guère, et le ridicule ne lui fait pas la moindre peur. Cela fait qu'étant toujours tranquille et de sang-froid, il ne. se trouble point par la mauvaise honte. Soit qu'on le regarde ou non, il fait toujours de son mieux ce qu'il fait; et toujours tout à lui pour bien observer les autres, il saisit leurs manières avec une aisance que ne peuvent avoir les esclaves de l'opinion. On peut dire qu'il prend plutôt l'usage du monde, précisément parce qu'il en fait peu de cas.

Ne vous trompez pas, cependant, sur sa contenance, et n'allez pas la comparer à celle de vos jeunes agréables. Il est ferme et non suffisant; ses manières sont libres et non dé❤

daigneuses: l'air insolent n'appartient qu'aux esclaves, l'indépendance n'a rien d'affecté. Je n'ai jamais vu d'homme ayant de la fierté dans l'ame en montrer dans son maintien : cette affectation est bien plus propre aux ames viles et vaines, qui ne peuvent en imposer que par-là. Je lis dans un livre, qu'un étranger se présentant un jour dans la salle du fameux Marcel, celui-ci lui demanda de quel pays il était. Je suis anglais, répond l'étran ger. Vous anglais ? réplique le danseur; vous seriez de cette ile où les citoyens ont part à l'administration publique, et sont une portion de la puissance souveraine. (13) Non, Monsieur; ce front baissé, ce regard timide, cette démarche incertaine ne m'annoncent que l'esclave titré d'un électeur.

(13) Comme s'il y avait des citoyens qui ne fussent pas membres de la cité, et qui n'eussent pas, comme tels, part à l'autorité souveraine ! Mais les Français ayant jugé à propos d'usurper ce respectable nom de citoyens, dù jadis aux membres des cités gauloises, en ont dénaturé l'idée, au point qu'on n'y conçoit plus rien. Un homme qui vient de m'écrire beaucoup de bêtises contre la nouvelle Héloïse, a orné sa signature du titre de Citoyen de Paimbeuf, et a cru me faire une excellente plaisanterie.

Je ne sais si ce jugement montre une grande connaissance du vrai rapport qui est entre le caractère d'un homme et son extérieur. Pour moi qui n'ai pas l'honneur d'être maître à danser, j'aurais pensé tout le contraire. J'aurais dit: Cet Anglais n'est pas courtisan ; je n'ai jamais oui dire que les courtisans eussent le front baissé et la démarche incertaine: un homme timide chez un danseur, pourrait bien ne l'être pas dans la chambre des communes. Assurément ce M. Marcel doit prendre ses compatriotes pour autant de romains!

les

Quand on aime on veut être aimé; Emile aime les hommes, il veut donc leur plaire. A plus forte raison, il veut plaire aux femmes. Son âge, ses mœurs, son projet, tout concourt à nourrir en lui ce désir. Je dis ses mœurs car elles y font beaucoup; hommes qui en ont, sont les vrais adorateurs 2 des femmes. Ils n'ont pas, comme les autres, je ne sais quel jargon moqueur de galanterie, mais ils ont un empressement plus vrai, plus tendre et qui part du cœur. Je connaîtrais près d'une jeune femme un homme qui a des mœurs et qui commande à la nature, entre cent mille débauchés. Jugez de ce que

doit être Emile avec un tempérament tout neuf, et tant de raison d'y résister! Pour auprès d'elles, je crois qu'il sera quelquefois timide et embarrassé ; mais surement cet embarras ne leur déplaira pas, et les moins friponnes n'auront encore que trop souvent l'art d'en jouir et de l'augmenter. Au reste, son empressement changera sensiblement de forme selon les états. H sera plus modeste et plus respectueux pour les femmes, plus vif et plus tendre auprès des filles à marier. Il ne perd point de vue l'objet de ses recherches, et c'est toujours à ce qui les lui rappelle qu'il marque le plus d'attention:

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Personne ne sera plus exact à tous les égards fondés sur l'ordre de la nature, et même sur· le bon ordre de la société, mais les premiers seront toujours préférés aux autres, et il respectera davantage un particulier plus vieux que lui qu'un magistrat de son âge. Etant donc, pour l'ordinaire un des plus jeunes des. sociétés où il se trouvera, il sera toujours un des plus modestes, non par la vanité de paraître humble, mais par un sentiment naturel et fondé sur la raison. Il n'aura point l'impertinent savoir-vivre d'un jeune fat, qui, pour amuser la compagnie, parle plus

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