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d'amusemens que son travail et la prière. Voilà d'étranges amusemens pour un enfant de dix ans ! Pour moi, j'ai grand'peur que toutes ces petites saintes qu'on force de passer leur enfance à prier DIEU, ne passent leur jeunesse à toute autre chose, et ne réparent de leur mieux, étant mariées, le temps qu'elles pensent avoir perdu filles. J'estime qu'il faut avoir égard à ce qui convient à l'âge aussibien qu'au sexe, qu'une jeune fille ne doit pas vivre comme sa grand'mère, qu'elle doit être vive, enjouée, folâtre, chanter, danser autant qu'il lui plaît, et goûter tous les innonocens plaisirs de son âge le temps ne viendra que trop tôt d'être posée et de prendre un maintien plus sérieux.

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Mais la nécessité de ce changement même est-elle bien réelle ? n'est-elle point peut-être encore un fruit de nos préjugés ? En n'asservissant les honnêtes femmes qu'à de tristes devoirs, on a banni du mariage tout ce qui pouvait le rendre agréable aux hommes. Fautil s'étonner si la taciturnité qu'ils voicut régner chez eux les en chasse, ou s'ils sont peu tentés d'embrasser un état si déplaisant? A force d'outrer tous les devoirs, le christianisme les rend impraticables et vains; à force

d'interdire aux femmes le chant, la danse et tous les amusemens du monde, il les rend maussades, grondeuses, insupportables dans leurs maisons. Il n'y a point de religion où le mariage soit soumis à des devoirs si sévères, et point où un engagement si saint soit si méprisé. On a tant fait pour empêcher les femmes d'être aimables, qu'on a rendu les maris indifférens. Cela ne devrait pas être ; j'entends fort bien : mais moi je dis que cela devait être, puisqu'enfin les chrétiens sont hommes. Pour moi, je voudrais qu'une jeune anglaise cultivât avec autant de soin les talens agréables pour plaire au mari qu'elle aura, 'qu'une jeune albanoise les cultive pour le Harem d'Ispahan. Les maris, dira-t-on, ne se soucient point trop de tous ces talens : vraiment je le crois, quand ces talens, loin d'être employés à leur plaire, ne servent que d'amorce pour attirer chez eux de jeunes impudens qui les déshonorent. Mais pensezvous qu'une femme aimable et sage, ornée de pareils talens, et qui les consacrerait à l'amusement de son mari, n'ajouterait pas au bonheur de sa vie, et ne l'empêcherait pas, sortant de son cabinet la tête épuisée, d'aller shercher des récréations hors de chez lui ?

Personne

Personne n'a-t-il vu d'heureuses familles ainsi réunies, où chacun sait fournir du sien aux amusemens communs ? Qu'il dise si la confiance et la familiarité qui s'y joignent, si l'in nocence et la douceur des plaisirs qu'on y goûte, ne rachètent pas bien ce que les plais sirs publics ont de plus bruyant.

On a trop réduit en art les talens agréablesz On les a trop généralisés; on a tout fait maxime et précepte, et l'on a rendu fort ennuyeux aux jeunes personnes ce qui ne doit être pour elles qu'amusement et folâtres jeux. Je n'imagine rien de plus ridicule que de voir un vieux maître à danser ou à chanter abor der, d'un air refrogué, de jeunes personnes qui ne cherchent qu'à rire, et prendre pour leur enseigner sa frivole science un ton plus pédantesque et plus magistral que s'il s'agis sait de leur catéchisme. Est-ce, par exemple, que l'art de chanter tient à la musique écrite? Ne saurait-on rendre sa voix flexible et juste, apprendre à chanter avec goût, même à s'aca compagner, sans connaître une seule note? Le même genre de chant va-t-il à toutes les Voix? la même méthode va-t-elle à tous les esprits ? On ne me fera jamais croire que les mêmes attitudes les mêmes pas, les

Emile. Tome III

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mêmes mouvemens, les mêmes gestes, les mêmes danses conviennent à une petite brune vive et piquante et à une grande belle blonde aux yeux languissans. Quand done je vois un maître donner exactement à toutes deux les mêmes leçons, je dis cet homme suit sa routine, mais il n'entend rien à son

art.

On demande s'il faut aux filles des maîtres ou des maîtresses? Je ne sais; je voudrais bien qu'elles n'eussent besoin ni des uns ni des autres, qu'elles apprissent librement ce qu'elles ont tant de penchant à vouloir apprendre, et qu'on ne vit pas sans cesse errer dans nos villes tant de baladins chamarrés. J'ai quelque peine à croire que le commerce de ces gens-là ne soit pas plus nuisible à de jeunes filles que leurs leçons ne leur sont utiles; et que leur jargon, leur ton, leurs airs ne donnent pas à leurs écolières le premier goût des frivolités, pour eux si importantes,.dont elles ne tarderont guère, à leur exemple, de faire leur unique occupation.

Dans les arts qui n'ont que l'agrément pour objet, tout peut servir de maître aux jeunes personnes : leur père, leur mère, leur frère, leur soeur, leurs amies, leurs gouvernantes,

leur miroir, et sur-tout leur propre goût. On ne doit point offrir de leur donner leçon, il faut que ce soient elles qui la demandent: on ne doit point faire une tâche d'une récompense, et c'est sur-tout dans ces sortes d'études que le premier succès est de vouloir réussir. Au reste, s'il faut absolument des leçons en règle, je ne déciderai point du sexe de ceux qui les doivent donner. Je ne sais s'il faut qu'un maître à danser prenne une jeune écolière par sa main délicate et blanche, qu'il lui fasse accourcir la jupe, lever les yeux déployer les bras, avancer un sein palpitant; mais je sais bien que pour rien au monde je ne voudrais être ce maître-là.

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Par l'industrie et les talens le goût se forme; par le goût l'esprit s'ouvre insensiblement aux idées du beau dans tous les genres, et enfin aux notions morales qui s'y rapportent. C'est peut-être une des raisons pourquoi le sentiment de la décence et de l'honnêteté s'insinue plutôt chez les filles que chez les garcons; car pour croire que ce sentiment précoce soit l'ouvrage des gouvernantes, il faudrait être fort mal instruit de la tournure de leurs leçons et de la marche de l'esprit humain. Le talent de parler tient le premier rang dans O a

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