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d'injustices avec le dieu juste que vous m'annoncez. Laissez-moi, de grâce, aller voir ce pays lointain, où s'opérèrent tant de merveilles inouïes dans celui-ci; que j'aille savoir pourquoi les habitans de Jérusalem ont traité DIEU comme un brigand. Ils ne l'ont pas, dites-vous, reconnu pour DIEU? Que ferai-je donc, moi qui n'en ai jamais entendu parler que par vous? Vous ajoutez qu'ils ont été punis, dispersés, opprimés, asservis, qu'aucun d'eux n'approche plus de la même ville, Assurément ils ont bien mérité tout cela : mais les habitans d'aujourd'hui, que disentils du déicide de leurs prédécesseurs? ils le nient, ils ne reconnaissent pas non plus DIEU pour DIEU: autant valait donc laisser les enfans des autres.

Quoi! dans cette même ville où DIEU est mort, les anciens ni les nouveaux habitaus ne l'ont point reconnu, et vous voulez que je le reconnaisse, moi qui suis né deux mille ans après, à deux mille lieues de là! Ne voyez-vous pas qu'avant que j'ajoute foi à ce livre que vous appelez sacré, et auquel je ne comprends rien, je dois savoir par d'autres que vous quand et par qui il a été fait, comment il s'est conservé, comment il vous

est parvenu, ce disent dans le pays, pour

que

leurs raisons, ceux qui le rejettent, quoiqu'ils sachent aussi bien que vous tout ce que vous m'apprenez ? Vous sentez bien qu'il faut nécessairement que j'aille en Europe, en Asie, en Palestine, examiner tout par moi-même ; il faudrait que je fusse fou pour vous écouter avant ce temps-là.

Non-seulement ce discours me paraît raisonnable, mais je soutiens que tout homme sensé doit, en pareil cas, parler ainsi, et renvoyer bien loin le missionnaire , qui, avant la vérification des preuves, veut se dépêcher de l'instruire et de le baptiser. Or, je soutiens qu'il n'y a pas de révélation contre laquelle les mêmes objections ou d'autres équivalentes n'aient autant et plus de force que contre le christianisme. D'où il suit que s'il n'y a qu'une religion véritable, et que tout homme soit obligé de la suivre sous peine de damnation, il faut passer sa vie à les étudier toutes, à les approfondir, à les comparer, à parcourir les pays où elles sont établies. Nul n'est exempt du premier devoir de l'homme, nul n'a droit de se fier au jugement d'autrui. L'artisan qui ne vit que de son travail, le laboureur qui ne sait pas

,

lire, la jeune fille délicate et timide, l'infirme qui peut à peine sortir de son lit, tous, sans exception, doivent étudier, méditer, disputer, voyayer, parcourir le monde : it n'y aura plus de peuple fixe et stable; la terre entière ne sera couverte que de pélerins allans à grands frais et avec de longues fatigues, vérifier, comparer, examiner par eux-mêmes les cultes divers qu'on y suit. Alors adieu les métiers, les arts, les sciences humaines et toutes les occupations civiles; il ne peut plus y avoir d'autre étude que celle de religion; à grand peine celui qui aura joui de la santé la plus robuste mieux employé sou temps, le mieux usé de sa raison, vécu le plus d'années, saura-t-il dans sa vieillesse à quoi s'en tenir, et ce sera beaucoup s'il apprend avant sa mort dans quel culte il aurait dû vivre.

le

Voudrez-vous mitiger cette méthode, et donner la moindre prise à l'autorité des hommes ? A l'instant vous lui rendez tout; et si le fils d'un chrétien fait bien de suivre, sans un examen profond et impartial, la religion de son père, pourquoi le fils d'un turc ferait-il mal de suivre de même la religion du sieu? Je défie tous les intolérans du

monde de répondre à cela rien qui contente un homme sensé.

Pressés par ces raisons, les uns aiment mieux faire DIEU injuste, et punir les innocens du péché de leur père, que de renoncer à leur barbare dogme. Les autres se tirent d'affaire en renvoyant obligeamment un ange instruire quiconque, dans une ignorance invincible, aurait vécu moralement bien. La belle invention que cet ange! Non contens de nous asservir à leurs machines, ils mettent DIEU lui-même dans la nécessité d'en employer.

Voyez, mon fils, à quelle absurdité mènent l'orgueil et l'intolérance, quand chacun veut abonder dans son sens ; et croire avoir raison exclusivement au reste du genre-humain. Je prends à témoin ce DIEU de paix que j'adore et que je vous annonce, que toutes mes recherches ont été sincères ; mais voyant qu'elles étaient, qu'elles seraient toujours sans succès, et que je m'abymais dans un océan sans rives, je suis revenu sur mes pas, et j'ai resserré ma foi dans mes notions primitives. Je n'ai jamais pu croire que DIEU m'ordonnât, sous peine de l'enfer, d'être si savant. J'ai donc renfermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous

les yeux, c'est celui de la nature. C'est dans ce grand et sublime livre que j'apprends à servir et adorer son divin auteur, Nul n'est excusable de n'y pas lire, parce qu'il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serais né dans une île déserte, quand je n'aurais point vu d'autre homine que moi, quand je n'aurais jamais appris ce qui s'est fait anciennement dans un coin du monde, si j'exerce ma raison, si je la cultive, si j'use bien des facultés immédiates que DIEU me donne, j'apprendrais de moimême à le connaître, à l'aimer, à aimer ses œuvres, à vouloir le bien qu'il veut et à remplir, pour lui plaire, tous mes devoirs sur la terre. Qu'est-ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus ?

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A l'égard de la révélation, si j'étais meilleur raisonneur ou mieux instruit, peut-être sentirais-je sa vérité, son utilité pour ceux qui ont le bonheur de la reconnaître ; mais si je vois en sa faveur des preuves que je ne puis combattre, je vois aussi contre elle des objections que je ne puis résoudre. Il y a tant de raisous solides pour et contre, que ne sachant à quoi me déterminer, je ne l'admets ni ne la rejette; je rejette sculement

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