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Ces paroles font connoître quelle est l'excellence et la dignité de la philosophie chrétienne, et combien nous sommes redevables à la bonté divine, qui nous a élevés par les vérités de la foi, comme par autant de degrés, à la connoissance de l'objet le plus parfait et le plus désirable. Il y a en effet une grande différence entre la philosophie du siècle et la sagesse chrétienne. L'une guidée seulement par la lumière naturelle, s'élève peu-à-peu, à l'aide des effets et des choses sensibles, et ne parvient enfin, qu'après de longs travaux, à contempler les choses invisibles de Dieu, à reconnoître et à comprendre la cause et l'auteur de tout ce qui existe. L'autre au contraire perfectionne tellement la pénétration naturelle de l'esprit humain, qu'il peut s'élever aisément jusqu'au ciel, où environné d'une splendeur céleste, il contemple d'abord la source éternelle de toute lumière, et ensuite toutes les choses créées. C'est alors que nous connoissons par expérience et avec une joie infinie de notre âme que nous avons été appelés des ténèbres à une lumière admirable, comme dit le prince des apôtres, et que notre foi

notre foi nous cause un ravissement ineffable.

In Deum. Hinc jam christianæ sapientiæ dignitatem et præstantiam, ex eaque, quantum divinae bonitati debeamus, cognoscere licet, quibus datum est, statim ad rei præstantissima maximeque expetenda cognitionem quasi fidei gradibus ascendere. In hoc enim multum inter se differunt christiana philosophia et hujus seculi sapientia , quod hæc quidem naturalis tantum luminis ductu, ab effectibus , et ab iis quze sensibius percipiuntur, paulatim progressa , nonnisi post longos labores, vix tandem invisibilia Dei contem-, platur, primamque omnium rerum causam et auctorem agnoscit, atque intelligit: contra vero illa humanæ mentis aciem ita exacuit, ut in cælum nullo labore penetrare possit, atque divino splendore collustrata, primum quidem æternum ipsum luminis fontem , deinde quæ infra ipsum posita sunt, intueri , nt nos vocatos esse de tenebris in admirabile lumen', quod est apud Apostolorum principem, cum summa animi jucunditate experiamur, et credentes exultemus lætitia inenarrabili'.

"Pet. 2 9.

1. Pet. 1. 8.

C est donc avec raison que les fidèles professent d'abord qu'ils croient en Dieu, dont la majesté, suivant Jérémie, est incompréhensible ; qui habite, dit l'Apôtre, une lumière inaccessible, qu'aucun des hommes n'a vue ni ne peut voir ; que nul homme ne pourra voir sans mourir, comme il le dit sui-même à Moïse. En esset pour aller jusqu'à Dieu, qui est au dessus de toutes choses, notre esprit auroit besoin d'être entièrement dégagé des objets sensibles. Mais cela ne lui est pas possible dans cette vie.

Cependant Dieu ne s'est pas laissé lui-même sans moignage, dit l'Apôtre; car c'est lui qui fait le bien aux hommes; il dispense les pluies et les saisons favorables; il nous donne la nourriture avec abondance et il remplit nos coeurs de joie. Aussi les philosophes n'ont-ils pu concevoir en lai rien d'imparfait; ils ont rejeté comme indigne de lui tout ce qui est corporel, toute composition et tout mélange. Ils l'ont regardé comme possédant en lui-même la plénitude de tous les biens, et ils ont enseigné que tout ce qu'il y a de bon et de parfait dans toutes les créatures, vient de lui comme d'une source inépuisable et perpétuelle de bonté et de charité. Ils l'ont appelé sage, auteur et amateur de la vérité, juste et bienfaisant, et ils lui ont donné plusieurs autres noms, qui expriment la perfection

Recte igitur fideles primo se in Deum credere profitentur, cujus majestatem ex Jeremiæ sententia incomprehensibilem esse dicimus'. Lucem enim ut ait Apostolus, inhabitat inaccessibilem, quam nullus hominum vidit, sed nec videre potest”; cum enin ad Moisem loqueretur: Non videbit me, inquit, homo, et vivet. Nam ul mens nostra ad Deum, quo nihil est sublimius, perveniat, necesse est eam omnino å sensibus abstractam esse; cujus rei facultatem in hac vita naturaliter non habemus.

Sed quamvis hæc ita sint, non reliquit tamen Deus, ut inquit Apostolus, semetipsum sine testimonio, benefaciens, de cælo dans pluvias et tempora fructifera, implens cibo et lætitia corda hominum 4. Quæ causa fuit philoso phis nihil abjectum de Deo sentiendi ; et quidquid corporeum, quidquid concretum et admistum est , ab eo longissime removendi ; cui etiam bonorum omuium perfectam vim et copiam tribuerunt, ut ab eo, tanquam à perpetuo quodam et inexhausto fonte bonitatis ac benignitatis , omnia ad omnes crealas res atque naturas perfecta bona dimanent; quem sapientem, veritatis auctorem et amantem , justum, beneficeniișsimum et aliis nominibus appel

• Jerem. 32. 19.-? 1. Tim. 6. 16. - 3 Exod. 33. 10. - Act. 14. 16.

souveraine et absolue. Enfin ils ont reconnu en lui un pouvoir immense et infini, qui s'étend à toutes les choses et à tous les lieux.

Mais ces vérités sont bien plus certaines et bien plus clairement exprimées dans l'Ecriture. Ici elle nous dit que Dieu est esprit; que nous devons étre parfaits comme notre Père celeste est parfait; que tout est nu et découvert à ses yeux, là elle s'écrie : 6 profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! Dans d'autres endroits, elle enseigne que Dieu est véritable ; qu'il est la voie, la vérité et la vie; que sa droile est pleine de justice ; qu'il ouvre la main et répand sa bénédiction sur lout ce qui respire. Ailleurs, David s'écrie : irai-je pour me cacher à votre esprit? fuirai-je devant votre face ? Si je monte au ciel, vous y étes ; si je descends aux enfers, vous y étes présent ; si je prends des ailes pour voler aux extrémités de la mer, c'est votre main elle-même qui m'y conduit. Enfin Dieu nous dit lui-même : Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre ?

Telles sont les grandes idées que les philosophes euxmêmes se sont formées de la nature divine, en considérant les effets sensibles de ce monde, et qui sont conformes à l'autorité des liyres saints. Et cependant pour sentir com

larunt, quibus summa et absolnta perfectio continetur ; cujus immensam et infinitam virtutem, omnem complentem locum, et per omnia pertinentem esse dixerunt.

Hoc ex divinis litteris longe melius constat, et illustrias, ut illo loco, Spiritus est Deus'; item, Estote vos perfecti, sicut et Pater vester coelestis perfectus est »; tum, Omnia nuda et aperta sunt oculis ejus 3 ; et illud, O altitudo divitiarım sapientiæ et scientiæ Deil! deinde, Deus verax csts, et Ego sum via, et veritas, et vita 6: præterea , Justitia plena est dextera tua ?; denique, Aperis tu manum tuam, et imples omne animal benedictione 8 : postremo, quo ibo à spiritu tuo, et quo à facie tna fugiam ? Si ascendero in coelum , lu illuc es; si descendero in infernum, ades; si sumpsero pennas meas dilaculo , et habitavero in extremis maris 9, etc. Numquid non cælum, et terram ego impleo , dicit Dominus 10?

Magna et præclara hæc sunt, quæ de Dei natura sacrorum librorum auctoritati consentanea, et consequentia ex reriim effeclarum investigatione, philosophi cognoverunt. Quanquam in eo etiam cælestis doctrinae necessi.

'Joan. 4. 24. - 'Matth. 5. 48. _ 3 Heb. 4.13. - Rom. 11. 13. — 5 Rom. 3. 4. 14, 6.-7 Psal. 17. 12. - 8 Ps. 144. 16.-Ps 138. 7, 8, 9.

6 Joan

10 Jerem. 23. 24.

des

bien nous avions besoin, même à cet égard, de la révélation céleste, il suffit de remarquer que la fui n'a pas seulement pour effet de faire connoître promptement et sans peine aux plus ignorants et aux plus grossiers ce que philosophes si sayants n'ont connu qu'après de longues études. La connoissance qu'elle nous donne des choses est beaucoup plus certaine, plus pure et plus exemple d'erreur, que si elle venoit des raisonnements de la science humaine (a). Et d'ailleurs quelle différence entre la contemplation de la nature, qui ne peut pas faire connoître Dieu à tout le monde, et la lumière de la foi qui le révèle infailliblement à tous ceux qui croient!

Or tout ce que nous connoissons de Dieu par la foi, est renfermé dans le symbole. Nous y trouvons l'unité de l'essence divine et la distinction des trois personnes. Il nous apprend que Dieu est la fin dernière de l'homme, et que nous devons espérer de lui un bonheur céleste et éternel, suivant ce qu'enseigne saint Paul, que Dieu récompense ceux qui le cherchent; et comme l'avoit dit longtemps avant lui le prophète Isaïe, depuis l'origine des siècles, les hommes n'ont point conçu, l'oreille n'a point entendu , aucun oil n'a vu, excepté vous, Seigneur, ce que vous avez préparé pour ceux qui vous aiment : paroles qui nous montrent non-seulement la grandeur des biens qui nous attendent, mais

tatem cognoscimus , si animadvertamus fidem non solum hoc præstare, quemadmodum supra dictum est, ut quæ viri tantum sapientes longo studio consecuti sunt, ea rudibus quoque et imperitis hominibus statim pateant, atque in promptu sint ; verum ut rerum notitia, quæ fidei disciplina comparatur, multo certior atque ab omni errore purior in mentibus nostris insideat,

· quam si eas ipsas res, humanæ scientis rationibus comprehensas, animus intelligeret. Sed quanto præstantior divini numinis cognitio censenda est, ad quam non communiter omnibus nature contemplatio, sed proprie credentibus fidei lumen aditum patefecit.

Hæc autem symboli articulis continetur, qui nobis divinæ essentiæ unitalem, et trium personarum distinctionem, tum vero ipsum Deum esse ultimum hominis finem aperiunt, à quo cælestis æternæque beatudinis possessio exspectanda sit ; siquidem à divo Paulo didicimus, Deum inquirentibus se remuneratorem esse'. Hæc quanta sint , et an ejus generis sint bona, ad quæ hnmana cognitio aspirare potuerit”, multo ante eumdem apostoluin Isaias propheta his verbis ostendit: A seculo non audicrunt , neque auribu,

'Heb. 11.6.-? 1. Cor. 1.9,14

qui font voir encore que l'homme étoit incapable de les connoître par la seule lumière naturelle.

De ce que nous venons de dire, il suit qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et non plusieurs. Car nous avons vu que Dieu possède une bonté et une perfection souveraine : or il est impossible que la perfection souveraine et absolue convienne à plusieurs; car celui qui manque de la moindre chose, est par-là même imparfait; il ne sauroit être Dieu. Cette vérité se trouve dans une multitude d'endroits de l'Ecriture. Il est écrit : Écoute, Israėl; le Seigneur notre Dieu est le seul Dieu. De plus c'est un précepte du Seigneur, que l'on n'aura point d'autres dieux devant lui; et souvent il nous fait entendre

par le Prophète qu'il est le premier et le dernier, et qu'il n'y a point d'autre Dieu que lui. Enfin l'Apôtre atteste la même chose dans ces paroles : il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un bapteme.

Que si l'Ecriture donne quelquefois le nom de dieux à des êtres créés, cela ne doit pas nous surprendre. Car lorsqu'elle appelle dicux les juges et les prophètes, ce n'est pas dans le sens impie et absurde des païens qui se sont forgé plusieurs divinités ; c'est pour exprimer, selon une manière ordinaire de parler, ou quelque perfection particulière, ou

perceperunt : oculus non vidit, Deus absque te, quæ præparasti expectantibus te',

Sed ex iis quæ diximus, unum etiam Deum esse, non plures Deos, confitendum est : nam cum Dco summam bonitatem et perfectionem tribuamus, fieri non potest ut id, quod summum atque absolutissimum est, inveniatur in pluribus. Cand si cui aliquid ad summum deest, eo ipso imperfectus est : quare nec Dei natura illi convenit. Hoc autem multis sacrarum litterarum locis comprobatur, scriptum est enim: Audi Israel: Dominus Deus noster, Deus unus est ; præterea est Domini jussum. Non habebis Deos alienos coram me 3 ; deinde per prophetam sæpe admonet : Ego primus et ego novissimus, et absque me non est Deus 4. Apostolus etiam palam testatur : Unng Dominus, una fides , unum baptisma 5.

Neque vero nos moveat, quod interdum sacræ litteræ Dei nomen creatis etiam naturis imponunt: nam quod prophetas et judices Deos appellarunt 6, non gentium more factum est, quse sibi plures Deos slulte et impic finxerunt; sed quadam loquendi consuetudine significare voluerunt excellentem aliquam virtutem , vel functionem quæ Dei munere illis concessa sit. Neum

Ísai. 64. 4. a Dent. 6. 4. — 3 Exod. 20. 3.-ok Isai. 41.4 ; ibid. 44. 6; ibid. 48.12. 5 Eph. 6.4.- Ps. 81. 8. Exod. 22. 28; 1. Cor 8. 5.

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