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le comporte la fragilité humaine, pour les péchés qu'ils ont commis, et mériter la vie éternelle, dont ils entreront en possession s'ils meurent dans la grâce de Dieu. Ainsi l'a promis Jésus-Christ dans ces paroles connues : celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif; mais l'eau, que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine qui jaillira pour la vie éternelle.

Mais il y a deux choses nécessaires dans la satisfaction. La première, c'est que celui qui satisfait, soit juste et ami de Dieu. Les Quyres qui ne sont pas faites dans la foi et dans la charité, ne sauroient être agréables à Dieu. L'autre chose nécessaire, c'est que les ouvres de satisfaction soient propres par elles-mêmes à causer à l'âme de la douleur et de la peine. Puisqu'elles sont comme des compensations des péchés qu'on a commis, ou comme dit saint Cyprien, puisqu'elles rachètent les fautes passées, il est nécessaire qu'elles soient difficiles et pénibles. Néanmoins il n'arrive pas toujours à ceux qui se livrent à ces cuvres de mortification, d'éprouver le sentiment de la douleur. Souvent l'habitude de souffrir ou une charité ardente empêchent de sentir les choses les plus dures à supporter par elles-mêmes. Cependant cela n'empêche point que ces sortes d'actions n'aient la vertu de satisfaire. Le propre des enfants de Dieu est d'être tellement enflammés des sentiments de l'a, mour et de la piété, qu'au milicu des plus grands tourments ils ne ressentent presque aucune douleur, ou du moins qu'ils les endurent avec un caur plein de joie.

mana mortalique conditione satisfacere, et vitain æternam, quam scilicet , si Dei gratia ornati e vita decesserint, consequentur, mereri possint. Nota est enim illa Salvatoris vox : Qui autem biberit ex hac aqua quam ego dabo ei non sitiet in æternum; sed aqua quam ego dabo ei , fiet in eo fons aquæ sa lientis in vitam æternam'.

Sed duo præcipue in satisfactione requiruntur : primum est ut is qui satisfacit, justus sit ac Dei amicus. Opera enim quæ sine fide et charitate fiunt, nullo modo Deo grata esse possunta; alterum, ut ejusmodi opera suscipiantur, quæ natura sua dolorem et molestiam afferant ; cum enim præteritorum scelerum compensationes sint , atque, ut sanctus martyr Cyprianus ait', redemptrices peccatorum; omnino necesse est ut aliquid acerbitatis habeant, quanquam non semper illud consequitur, nt qui se in illis molestis actionibus exercent, doloris sensum hahcant. Sæpe enim vel patiendi consuetudo , vel accensa in Deum charitas esticit ut, quæ perpessu gravissima sunt, ne sentiantur quidem. Neque tamen idcirco fit quominus ea ipsa opera satisfaciendi vim habeant. Siquidem hoc proprium est filio

* Joan. 4. 14. — * Heb. 11. 6. — 3 Lib. I, epist. post med.

§ IV.

Diverses espèces d'œuvres satisfactoires.

Tous les genres de satisfactions peuveni se rapporter à trois sortes d'ouvres : la prière, le jeûne et l'aumône, qui ont rapport aux trois espèces de biens que nous avons reçus de Dieu : ceux de l'âme, ceux du corps, et ceux qu'on appelle extérieurs. Rien n'est plus propre ni plus efficace que ces trois choses, pour détruire toutes les racines et tous les effets du péché. Tout ce qui est dans le monde, dit saint Jean, est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie. Or à ces trois maladies il y a trois remèdes excellents à opposer, le jeûne à la première, l'aumône à la seconde, et la prière à la troisième. D'autre part, si nous regardons ceux que nos péchés offensent, nous y voyons encore une raison de rapporter toute la satisfaction aux trois choses que nous venons d'indiquer. Le péché offense Dieu, le prochain et nous-mêmes; or nous apaisons Dieu par la prière; nous satisfaisons au prochain par l'aumône; et nous nous mortifions nous-mêmes par le jeûne.

rum Dei ita ejus amore et pietate inflammari ut acerbissimis laboribus cruciati, aut nihil fere incommodi sentiant, automnia lætissimo animo perferant.

Verum omne satisfactionis genus pastores docebunt ad hæc tria præcipue conferendum esse, orationem, jejunium, elecmosynam : quæ quidem tribus bonis, animæ, corporis et iis quæ externa commoda dicuntur, quæ omnia a Deo accepimus, respondent. Nihil vero aptius et convenientius ad extirpandas omnium peccatorum radices esse polest. Nam cum omne quod est in mundo concupiscentia carnis sit', aut concupiscentia ocnlorum, aut superbia vitæ , nemo non videt hisce tribus morbi causis totidem medicinas, priori scilicet jejuninm , alteri eleemosynam, lertiæ orationem rectissime opponi. Præterea, si eos etiam qui peccatis nostris offendnutur, spectemus , facile erit intelligere cur ad hæc tria potissimum omnis satisfactio referatur, hi vero sunt Deus, proximus, nos ipsi. Quare Deum oratione placamus, proximo eleemosyna satisfacimus, nos ipsos vero jejunio castigamus.

"). Joan. 2. 16.

C'est encore pour nous une matière abondante de satisfactions et de mérites que les misères et les calamités qui nous accablent pendant la vie, si toutefois nous supportons avec patience tout ce qu'elles ont de pénible et d'affligeant. Ceux qui ne les endurent qu'avec répugnance et malgré eux, doivent bien se souvenir qu'ils ne méritent dans leurs souffrances aucun des effets des quyres satisfactoires, et qu'ils n'ont fait que subir le juste châtiment de Dieu, qui s'est vengé de leurs péchés.

Mais ce qui doit nous engager à bénir et à remercier vivement la bonté et la miséricorde infinies de Dieu, c'est d'avoir permis qu'un homme pût satisfaire pour un autre, quelque misérable que soit notre nature. C'est là en effet une des choses propres à cette partie du sacrement de pénitence. Pour la contrition et la confession, personne ne peut se repentir ni se confesser pour un autre; mais ceux qui sont dans la grâce de Dieu, peuvent satisfaire et payer, au nom d'un autre ce qu'il doit à Dieu. Ainsi nous portons en quelque sorte le fardeau les uns des autres. Et personne ne sauroit douter de cette vérité, parmi les fidèles, puisqu'ils confessent dans le symbole des apôtres la communion des saints. Purifiés par le même baptême, et régénérés en Jésus-Christ, nous participons tous aux mêmes sa

Sed quoniarn multæ variæque ærumnæ et calamitates, dum in hac vita sumus, ros premunt, illud maxime fidelcs docendi sunt, eos qui patienti animo, quidquid laboriosi et incommodi Deus immiserit, ferant, amplom satisfaciendi et merendi materiam nactos esse : qui autem inviti et repugnantes pænam hujusmodi sustineant , omni satisfactionis fructu privari ; sed Dei tantum peccata justo judicio ulciscentis animadversionem et supplicium perferre.

In eo vero summa Dei bonitasiet elementia maximis laudibus et gratiarum actionibus prædicanda est, qui humanæ imbecillitati hoc condonavit, ut unus posset pro altero satisfacere; quod quidem hujus partis Pænitentiæ maxime proprium est. Ut enim quod ad contritionem ct confessionem attinet, nemo pro altero dolere aut confiteri potest : ita qui divina gratia præditi sunt, alterius nomine possunt, quod Deo debetur, persolvere: quare fit ut quodam pacto alter alterias onera portare videatur. Nec vero de hoc cuiquam fidelium dubitandi locus relictus est, qui, in apostolorum symbolo, sanctorum communionem confitemur. Nam cum omnes codem Baptismo abluti Christo renascamur, eorumdem sacraineritorum participes simus,

• Gal. 6. 2.

crements; nous sommes nourris de la même nourriture, qui est le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ; et par conséquent nous sommes tous les membres d'un même

corps. De même donc que le pied, par exemple, remplit ses fonctions aussi-bien pour les yeux que pour lui-même, et les yeux, pour l'avantage du corps entier aussi bien que pour eux : ainsi les quyres de satisfaction sont communes aussi entre tous les fidèles.

Cependant ceci ne doit pas s'entendre sans exception, s'il s'agit en général de tous les effets que ces æuvres produisent. Elles sont comme des remèdes prescrits aux pénitents pour la guérison des affections déréglées de leur âme; or il est clair que cet effet particulier ne peut s'appliquer à ceux qui ne satisfont point par eux-mêmes.

Voilà donc ce que les pasteurs expliqueront avec clarté et avec étendue, sur la contrition, la confession et la satis-faction. Mais il est une chose que les confesseurs doivent observer avec grand soin , après qu'ils ont entendu la confession du pénitent et ayant que de lui donner l'absolution; c'est de l'obliger à la réparation des toris qu'il a pu faire au prochain, dans ses biens ou dans sa réputation, si parlà il a encouru la damnation éternelle. Personne ne doit être absous, s'il ne promet auparavant de rendre à chacun

in primis vero ejusdem corporis et sanguinis Christi Domini cibo et potu recrecmur, hoc apertissime demonstrat nos omnes ejusdem esse corporis membra. Quemadmodum igitur neque pes suæ tantum, sed etiam oculorum utilitatis causa munere sno fungitur : ncque rursus quod oculi videant, ad illorum propriam , sed ad communem omnium membrorum utilitatem referendum est : ita communia inter nos satisfactionis officia existimari debent.

Neque tamen id sine ulla exceptione verum est, si commoda omnia quæ ex ea capiuntur spectemus; nam satisfactionis opera medicinæ etiam et curationes quædam sunt quæ pænitcnti ad sanandos pravos animi affectus præscribuntur: quo quidem utilitatis fructu cos qui per se non satisfaciunt, prorsus carcre perspicuum est.

Hæc igitur de tribus Pænitentiæ partibus, contritione, confessione et satisfactione , copiose et dilucide explicanda crunt. Sed illud in primis a sacerdotibus observari oportet, ut, audita peccatorum confessione, antequam pænitentem a peccatis absolvant, diligenter curent ut, si quid ille forte de re aut de existimatione proximi detraxerit, cujns peccati damnandus merito esse videatur, cumulata satisfactione compensct : nemo enim absolvendns est, nisi prius, quæ cujusque fuerint, restituere polliceatur. At quoniam

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ce qui lui appartient. Et comme il s'en trouve plusieurs qui promettent par beaucoup de paroles de remplir à cet égard leurs obligations, pendant qu'ils sont intérieurement bien résolus à ne point exécuter leurs promesses, il faut les forcer absolument à restituer, et leur rappeler souvent ces mots de l'Apôtre : que celui qui déroboit, ne dérobe plus maintenant; mais qu'il fasse, en travaillant de ses mains, ce qui est bien , afin qu'il ait de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin.

Quant aux pénitences à imposer aux pécheurs, les confesseurs ne doivent point les prescrire d'une manière arbitraire. C'est à la justice, à la prudence et à la piété à diriger en cela toute leur conduite. Et pour montrer aux pénitents qu'ils jugent de leurs fautes d'après ces règles ; pour que les pénitents eux-mêmes connoissent mieux la grièveté de leurs crimes, il sera quelquefois à propos de leur rappeler quelles étoient les peines que les anciens canons pénitentiaux infligeoient pour certains péchés. Enfin la qualité de la faute doit être la mesure et la règle de la satisfaction. Mais de toutes les satisfactions

quc

l'on peut imposer aux pénitents, la plus convenable, c'est qu'ils s'appliquent à la prière à certains jours et un certain temps, ct qu'ils prient pour tout le monde et surtout pour ceux qui sont morts dans le Seigneur (a).

multi sunt quibus , etsi prolixe pollicentur se officio satis esse facturos, tamen certum est ac deliberatum nunquam promissa exsolvere, omnino ii cogendi sunt ut restituant; sæpeque illud Apostoli eis inculcandum est ut, qui furabatur', jam non furetur; magis autem laboret, operando manibus suis quod bonum est, ut habeat unde tribuat necessitatem patienti.

In irroganda autem satisfactionis pæna, sacerdotes nihil sibi suo arbitratu statúendum esse, sed omnia justitia, prudentia et pietate dirigenda existimabunt. Atquc ut hac regula peccata metiri videantur ct pænitentes scelerum suorum gravitatem magis agnoscant, operæ pretium crit interdum eis significare quæ pænæ quibusdam dclictis ex veterum canonum præscripto, qni pænitentiales vocantur, constitutæ sint. Igitur universæ satisfactionis modum culpæ ratio temperabit.

Sed ex omni satisfactionum genere maxime convenit pænitentibus præcipere, ut certis aliquot et definitis diebus orationi vacent, ac pro omnibus, et præsertim pro iis qui ex hac vita in Domino decesserunt, preces

Deo faciant. Ephes. 4. 23.

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