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TROISIEME.

Lyciscas.
TOUS TROIS ENSEMBLE.

Lyciscas.

LYCISCAS. Diable soient les brailleurs ! Je voudrois que vous eussiez la gueule pleine de bouillie bien chaude.

TOUS TROIS ENSEMBLE.

Deboat, debout.
Vite debout, dépêchons, debont.

LYCISCAS.
Ah! quelle fatigue de ne pas dormir son soal !

PREMIER.

Hola! ho!
DEUXIEME.

Hola! ho!
TROISIEME.

Hola! ho!
TOUS TROIS ENSEMBLE.

Ho! ho! ho!

LYCISCAS. Ho! ho! La peste soit des gens avec leurs chiens de harlements ! je me donne au diable si je ne vous assomme. Mais voyez un peu quel diable d'enthousiasme il leur prend de pe venir chanter aux oreilles comme cela. Je... TOUS TROIS ENSEMBLE.

Debout.

LYCISCAS.
Encore !
TOUS TROIS ENSEMBLE.

Debout.

LYCISCAS.
Le diable vous emporte!
TOUS TROIS ENSEMBLE.

Debout.

LYCISCAS, en se levant. Quoi! toujours! A-t-on jamais vu une pareille furie de chanter? Par la sang-bleu! j'enrage. Puisque me voilà éveillé, il faut que j'éveille les autres, et que je les tourmente comme on m'a fait. Alons, ho, messieurs, debout, debout, vite; c'est trop dormir. Je vais faire un bruit du diable par-tout. (Il crie de toute sa force.) Debout, debout, debout, Allons vite , ho, ho, ho, debout, ciebout. Pour la chasse ordonnée il faut préparer tout. Debout, debout, Lyciscas, debout. Ho, ho, ho, ho, ho.

(Plusieurs cors et trom, res de chasse se font entendre; les valets de chiens, que Lyciscas a réveillés dansent une entrée. )

FIN DU PROLOGUI.

D'ÉLIDE.

ACTE PREMIER.

SCENE I.

EURYALE, ARBATE.

ARBATE. Ce silence rêveur dont la sombre habitude Vous fait à tous moments chercher la solitude, Ces longs soupirs que laisse échapper votre cour, Et ces fixes regards si chargés de langueur, Disent beaucoup sans doute à des gens de mon âge; Et je pense, seigneur, entendre ce langage: Mais, sans votre congé, de peur de trop risquer, Je n'ose m'enhardir jusques à l'expliquer.

EUR YALE. Explique, explique, Arbate, avec toute licence Ces soupirs, ces regards, et ce morne silence. Je te permets ici de dire que l'amour M'a rangé sous ses lois, et me brave à son tour; Et je consens encor que tu me fasses honte Des foiblesses d'un cour qui souffre qu'on le domte.

A R BA TE. Moi, vous blâmer, seigneur, des tendres mouvements Ou je vois qu'aujourd'hui penchent vos sentiments! Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon ame Contre les doux transports de l'amoureuse flamme; Et, bien que mon sort touche à ses derniers soleils,

Je dirai que l'amour sied bien à vos pareils,
Que ce tribut qu'on rend aux traits d'un beau visage
De la beauté d'une ame est un clair témoignage,
Et qu'il est mal-aisé que, sans être amoureux,
Un jeune prince soit et grand et généreux.
C'est une qualité que j'aime en un monarque:
La tendresse du coeur est une grande marque
Que d'un prince à votre âge on peut tout présumer,
Dès qu'on voit que son ame est capable d'aimer.
Oui, cette passion, de toutes la plus belle,
Traîne dans un esprit cent vertus après elle;
Aux nobles actions elle pousse les cours,
Et tous les grands héros ont senti ses ardeurs.
Devant mes yeux, seigneur, a passé votre enfance,
Et j'ai de vos vertus vu fleurir l'espérance;
Mes regards observoient en vous des qualités
Où je reconnoissois le sang dont vous sortez;
J'y découvrois un fonds d'esprit et de lumiere;
Je vous trouvois bien fait, l'air grand, et l'ame fiere;
Votre coeur, votre adresse, éclatoient chaque jour:
Mais je m'inquiétois de pe point voir d'amour.
Et, puisque les langueurs d'une plaie invincible
Nous montrent que votre ame à ses traits est sensible,
Je triomphe; et mon coeur, d'alégresse rempli,
Vous regarde à présent comme un prince accompli.

EVRY ALE.
Si de l'amour un temps j'ai bravé la puissance,
Hélas! mon cher Arbate, il en prend bien vengeance;
Et, sachant dans quels maux mon caur s'est abymé,
Toi-même tu voudrois qu'il n'eût jamais aimé.
Car enfin, vois le sort où mon astre me guide,
J'aiine, j'aime ardemment la princesse d'Elide,
Et tu sais quel orgueil, sous des traits si charmants,
Arine contre l'amour ses jeunes sentiments,
Et comment elle fuit en cette illustre fête
Cette foule d'amants qui briguent sa conquête.

Ah! qu'il est bien peu vrai que ce qu'on doit aimer, Aussitôt qu'on le voit, prend droit de nous charmer, Et qu'un premier coup-d'oeil allume en nous les

flammes Où le ciel en naissant a destiné nos ames!

A mon retour d'Argos je passai dans ces lieux, • Et ce passage offrit la princesse à mes yeux;

Je vis tous les appas dont elle est revêtue,
Mais de l'ail dont on voit une belle statue :
Leur brillante jeunesse observée à loisir
Ne porta dans mon ame aucun secret desir;
Et d'Ithaque en repos je revis le rivage,
Sans m'en être en deux ans rappelé nulle image.
Un bruit vient cependant à répandre à ma cour
Le célebre mépris qu'elle fait de l'amour;
On publie en tous lieux que son ame hautaine
Garde pour l'hyménée une invincible haine,
Et qu'un arc à la main, sur l'épaule un carquois,
Comme une autre Diane elle hante les bois,
N'aime rien que la chasse, et de toute la Grece
Fait soupirer en vain l'héroïque jeunesse.
Admire nos esprits, et la fatalité !
Ce que n'avoient point fait sa vue et sa beauté,
Le bruit de ses fiertés en mon ame fit naître
Un transport inconnu dont je ne fus point maître:
Ce dédain si fameux eut des charmes secrets
A me faire avec soin rappeler tous ses traits;
Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle,
M'en refit une image et si noble et si belle,
Me peignit tant de gloire et de telles douceurs
A pouvoir triompher de toutes ses froideurs,
Que mon coeur, aux brillants d'une telle victoire,
Vit de sa liberté s'évanouir la gloire :
Contre une telle amorce il eut beau s'indigner,
Sa douceur sur mes sens prit tel droit de réguer,
Qu'entraîné par l'effort d’une occulte puissance

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