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coater. (Pendant que Sganarelle dit:) L'affaire que j'ai à vous dire, c'est que j'ai envie de me marier avec une fille qui est jeune et belle. Je l'aime fort, et je l'ai demandée à son pere; mais comme j'appréhende.... PANCRACE dit en même temps, sans écouter

Sganarelle: ' La parole a été donnée à l'homme pour expliquer ses pensées ; et tout ainsi que les pensées sont les portraits des choses, de même bus paroles sont-elles les portraits de nos pensées. (Sganarelle impatienté ferme la bouche du doc

teur avec sa main à plusieurs reprises; et le docteur continue de parler d'abord que Sga

narelle óte sa main.) Mais ces portraits different des autres portraits en ce que les autres portraits sont distingués par-tout de leurs originaux, et que la parole enferme en soi son original, puisqu'elle n'est autre chose que la pensée expliquée par un signe extérieur; d'où vient que ceux qui pensent bien sont aussi ceux qui parlent le mieux. Expliquez-moi donc votre pensée par la parole, qui est le plus intelligible de tous les signes. SGANAR ÜLLE pousse le docteur dans sa maison,

et tire la porte pour l'empêcher de sortir. Peste de l'homme!

PANCRACE, au-dedans de sa maison. Oui, la parole est animi index et speculum. C'est le truchement du cậur, c'est l'image de l'ame.

(Il monte à la fenétre, et continue.) C'est un miroir qui nous présente naïvement les secrets les plus arcanes de nos individus ; et, puisque vous avez la faculté de ratiociner et de parler tout ensenible, à quoi tient-il que vous ne vous serviez de la parole pour me faire entendre votre pensée ?

S GAN ARE LLE. C'est ce que je veux faire; mais vous ne voulez pas m'écouter.

PANCRACE,
Je vous écoute , parlez..

SGANARELL E.
Je dis donc, monsieur le docteur, que...

PANCRACE.
Mais sur-tout soyez bref.

SGAN AR E I. Á E.
Je le serai.

PANCRACE,
Evitez la prolixité.

SGANARELLE,
Hé! monsi...

PANCRACE. Tranchez-moi votre discours d'un apophthegme à la laconienne.

SGA NARELLE.

Je vous...

PANCRACE. Point d'ambages, de circonlocution. (Sganarelle, de dépit de ne pouvoir parler, ramasse des pierres pour en casser la tete du docteur.)

PANCRACE. Hé quoi! vous vous emportez, au lieu de vous expliquer. Allez, vous êtes plus impertincnt que celui qui m'a voulu soutenir qu'il faut dire la forme d'un chapeau; et e vous prouverai en toute rencontre, par raisons démonstratives et convaincantes, et par arguments in barbara, que vous n'êtes et ne serez jamais qu'une pécore, et que je suis et serai toujours in utroque jure le docteur Pancrace...

Quel diable de babillard !

SGANARELLE.

PANCRACE, en rentrant sur le théútre. Homme de lettres, homme d'érudition...

SGANARELL E. Encore !

PANCRACE. Homme de suffisance, homme de capacité; ( s'en allant) homme consommé dans toutes les sciences, naturelles, morales et politiques; (revenant) homme savant, savantissime, per omnes modos et casus; . (s'en allant) homine qui possede, superlativè, fable, mythologie et histoire, (revenant) grammaire, poésie, rhétorique, dialectique et sophistique, ( s'en allant) mathématiques, arithmétique, optique, onirocritique, physique et métaphysique, ( revenant) cosmométrie , géométrie , architecture, spéculoire et spéculatoire, ( s'en allant) médecine, astronomie, astrologie, physionomie, métoposcopie, chiromancie, géomancie , otc.

SCENE VII.
SGANARELLE, seul.

Au diable les savants qui ne veulent point écouter les gens ! On me l'avoit bien dit que son maître Aristote n'étoit rien qu'un bavard. Il faut que j'aille trouver l'autre; peut-être qu'il sera plus posé et plus raisonnable. Holà!

SCENE VIII.
MARPHYRIUS, SGANAR ELLE.

MARPHURIU S.
Que voulez-vous de moi, seigneur Sganarelle?

s G A NA Ꭱ Ꭼ Ꮮ Ꮮ Ꭼ. . Seigneur docteur, j'aurois besoin de votre conseil

sur une petite affaire dont il s'agit, et je suis venu ici pour cela. (à part.) Ah! voilà qui va bien. Il écoute le monde, celui-ci.

MARPRURIU S. Seigneur Sganarelle, changez, s'il vous plait, cette façon de parler. Notre philosophie ordonne de ne point énoncer de proposition décisive, de parler de tout avec incertitude, de suspendre toujours son jugement; et, par cette raison, vous ne devez pas dire, Je suis venu, mais, Il me semble que je suis venu.

S GANARELLE. Il me semble !

MARPHURIUS, Oui.

SGANAR ELLE. Parbleu! il faut bien qu'il mc le semble, puisque eela est.

MARPAU RIU S. Ce n'est pas une conséquence; et il peut vous le scmbler, sans que la chose soit véritable.

SGAN ARELLE.
Comment! il n'est pas vrai que je suis venn?

MARPBURIU S.
Cela est incertain, et nous devons douter de tout.

SGANAR ELLE. Quoi!je ne suis pas ici, et vous ne me parlez pas ?

MARP HURIU S. Il m'apparoît que vous êtes là , et il me semble que je vous parle: mais il n'est pas assuré que cela soit.

SGANAR ELLE. Hé! que diable! vous vous moquez. Me voilà, et vous voilà bien nettement, et il n'y a point de me semble à tout cela. Laissons ces subtilités, je vous prie, et parlons de mon affaire. Je viens vous dire que j'ai envie de me marier.

MARP HURIU S. Je n'en sais rien.

SGANAR ELLE. Je vous le dis.

MARPHURIU S. Il se peut faire.

SGANAR ELLE. La fille que je veux prendre est fort jeune et fort belle.

MARPIURIU S. Il n'est pas impossible.

SGAN ARELLE, Ferai-je bien ou mal de l'épouser ?

MARPH U RIU S. L'un ou l'autre.

SGANAR ELLE, à part. Ah! ah ! voici une autre musique. (Å Marphu. rius.) Je vous demande si je ferai bien d'épouser la fille dont je vous parle.

MARP HURIU S. Selon la rencontre.

SGANAR ELLE. Ferai-je mal ?

MARPUURIU S.
Par aventure.

SGANAR ELLE.
De grace, répondez-moi comme il faut.

MARPHURIU S.
C'est mon dessein.

SGANARELL E.
J'ai une grande inclination pour la fille.

MARPHURIU S.
Cela peut être.

SGANARELLE.
Le pere me l'a accordée.

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