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DORI MENE.
Tout de bon.

LYCASTE.
Et vos noces se feront dès ce soir ?

DORI MENE.
Dès ce soir.

LYCASTE. Et vous pouvez , cruelle que vous êtes, oublier de la sorte l'amour que j'ai pour vous, et les obligeantes paroles que vous m'aviez données ?

DORIM E N E. Moi? point du tout. Je vous considere toujours de même; et ce mariage ne doit point vous inquiéter. C'est un homme que je n'épouse point par amour, et sa seule richesse me fait résoudre à l'accepter. Je n'ai point de bien , vous n'en avez point aussi; et vous savez que sans cela on passe mal le temps au monde, et qu'à quelque prix que ce soit il faut tâcher d'en avoir. J'ai embrassé cette occasion-ci de me mettre à mon aise; et je l'ai fait sur l'espérance de me voir bientôt délivrée du barbon que je prends. C'est un homme qui mourra avant qu'il soit peu , et qui n'a tout au plus que six mois dans le ventre. Je vous le garantis défant dans le temps que je dis; et je n'aurai pas longuement à demander pour moi au ciel l'heureux état de veuve.

(à Sganarelle qu'elle apperçoit.) Ah! nous parlions de vous, et nous en disions tout le bien qu'on en sauroit dire.

LYCASTE. Est-ce là monsieur ?

DORIME NE.

Oui, c'est monsieur qui me prend pour femme.

LYCASTE. Agréez, monsieur, que je vous félicite de votre mariage, et vous présente en même temps mes très hum. bles services : je vous assure que vous épouisez là ane très honnête personne. Et vous, mademoiselle, je me réjouis avec vous aussi de l'heureux choix que vous avez fait: vous ne pouviez pas mieux trouver; et monsieur a toute la mine d'être un fort bon mari. Oui, monsieur, je veux faire amitié avec vous, et lier ensemble un petit commerce de visites et de divertissements.

DORIME NE.

C'est trop d'honneur que vous nous faites à tous deux. Mais allons, le temps me presse, et nous aurons tout le loisir de nous entretenir ensemble.

SCENE XIII.

SGANARELL E, seul. Me voilà tout-à-fait dégoûté de mon mariage; et je crois que je ne ferai pas mal de n'aller dégager de ma parole. Il m'en a coûté quelque argent; mais il vaut mieux encore perdre cela que de ni’exposer à quelque chose de pis. Tâchons adroitement de nous débarrasser de cette affaire. Hola! (Il frappe à la porte de la maison d'Alcantor.)

SCENE XIV
ALCANTOR, SGANARELLE.

ALCAN TOR.
Ah! mon gendre, soyez le bien venu.

SGAN ARELLE.
Monsieur, votre serviteur.

ALCANTOR.
Vous venez pour conclure le mariage ?

SGANAR E LLE.
Excusez-moi.

AL CANTOR. Je vous promets que j'en ai autant d'impatience que vous.

SGANAR EL L E.
Je viens ici pour un autre sujet.

A'L CANTOR. J'ai donné ordre à toutes les choses nécessaires pour cette fête.

' SGAN ARELIE. Il n'est pas question de cela.

ALCANTOR. Les violons sont retenus , le festin est commandé, et ma fille est parée pour vous recevoir.

FANARELIE.. Ce n'est pas ce qui m'amene.

ALCANTOR. Enfin vous allez être satisfait; et rien ne peut retarder votre contentement.

SGANARELLE. Mon dieu ! c'est autre chose.

ALCANTOR. Allons, entrez donc, mon gendre.

SGANAR E IL E. J'ai an petit mot à vous dire.

ALCANTOR. Ah! mon dieu ! ne faisons point de cérémonie. Entrez vite, s'il vous plaît.

ANAR ELLE.
Non, vous dis-je. Je veux vous parler auparavart.

ALCANTOR.
Vous voulez me dire quelque chose?

SGAN ARELLE.
Qui. .

ALCANTOR. Et quoi ?

SGANARELL E. Seigneur Alcantor , j'ai demandé votre fille en mariage, il est vrai, et vous me l'avez accordée ; Joais je me trouve un peu avancé en âge pour elle, et je considere que je ne suis point du tout son fait.

ALCANTOR. Pardonnez-moi, ma fille vous trouve bien comme vous êtes ; et je suis sûr qu'elle vivra fort contente avec vous.

SGANARELL E. Point. J'ai par fois des bizarreries épouvantables, et elle auroit trop à souffrir de ma mauvaise humeur.

ALCANTOR, Ma fille a de la complaisance, et vous verrez qu'elle s'accommodera entièrement à vous.

SGANARE L L E. J'ai quelques infirmités sur mon corps qui pourroient la dégoûter.

ALCANTOR. Cela n'est rien. Une honnête femme ne se dégoûte jamais de son mari.

SGANARE L L E. Enfin voulez-vous que je vous dise ? Je ne vous conseille point de me la donner.

A L CANTOR. Vous moquez-vous ? J'aimerois mieux mourir que d'avoir manqué à ma parole.

S GANAR ELLE.
Mon dieu! je vous en dispense; et je...

ALCANTOR. Point du tout. Je vous l'ai promise; et vous l'aurez en dépit de tous ceux qui y prétendent.

SGANARELLE, à part.
Que diable !

LCANTOR.
Voyez-vous ? j'ai une estime et une amitié pour

sous toute particuliere ; et je refuserois ma fille à un prince pour vous la donner.

SGANARELLE. Seigneur Alcantor, je vous suis obligé de l'honneur que vous me faites ; mais je vous déclare que je no veux point me marier.

ALCANTOR. Qui? vous?

SGANARELLE. Oui, moi.

ALCANTOR. Et la raison?

'S GARAR ELLE. La raison ? c'est que je ne me sens point propre pour le mariage, et que je venx imiter mon pere et tous ceux de ma race, qui ne se sont jamais voulu marier.

. ALCÁNTOR. Ecoutez. Les volontés sont libres; et je suis homme à ne contraindre jamais personne. Vous vous êtes engagé avec moi pour épouser ma fille, et tout est préparé pour cela : mais, puisque vous vonlez retirer votre parole , je vais voir ce qu'il y a à faire ; et vous aurez bientôt de mes nouvelles.

SCENE XV.

SGA VÅRELLE, seul.

Encore est-il plus raisonnable que je ne pensois, et je croyois avoir bien plus de peine à m'en dégager. Ma foi, quand j'y songe, j'ai fait fort sagement de me tirer de cette affaire; et j'allois faire un pas dont je me serois peut-être long-temps repenti. Mais voici le fils qui me vient rendre réponse.

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