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8 GANARELLE. Rien. Voilà le souper. (Il prend un morceau d'un des plats qu'on ap. porte, et le met dans sa bouche.)

DON JUAN. Il me semble que tu as la joue enflée, qu'est-ce que c'est? Parle donc: qu'as-tu là ?

SGAN AR E'L I.E. Rien. !

DON JUAN. Montre un peu. Parbleu ! c'est une ilaxion qui lui est tombée sur la joue. Vite, une lancette pour percer cela. Le pauvre garcon n'en peut plus, et cet abcès le pourroit étouffer. Attends. Voyez comme il étoit inûr. Ah! coquin que vous êtes !....

SGANARELLE.. Ma foi, monsieur, je voulois voir si votre cuisinier n'avoit point mis trop de sel ou trop de poivre.

DON JUAN... Allons, mets-toi là, et mange. J'ai à faire de toi, quand j'aurai soupé. Tu as faim, à ce que je vois.

S GAN ARELLE, se mettant à table. Je le crois bien, monsieur ; je n'ai point mangé depuis ce matin. Tâtez de cela , voilà qui est le meilleur du monde.( à Ragotin, qui, à mesure que Sganarelle met quelque chose sur son assiette, la lui óte, dès que Sganarelle tourne la téte.) Mon assiette ! mon assiette ! Tout doux, s'il vous plaît. Vertubleu! petit compere, que vous êtes habile à donner des assiettes nettes ! Et vous, petit la Violette, que vous savez présenter à boire à propos! : ( Pendant que la Violette donne à boire à Sgas narelle , Ragotin ote encore son assiette.)

DON JUAN. Qui peut frapper de cette sorte ?

S@ANAR ELLE.
Qui diable nous vient troubler dans notre repas?

DON JUAN. Je veux souper en repos au moins , et qu'on no laisse entrer personne.

SGANARELL E.
Laissez-moi faire; je m'y en vais moi-même.
DON JUAN, voyant revenir Sganarelle effrayé.

Qu'est-ce donc? Qu'y a-t-il?
S GANARELLE, baissant la téte comme la

statue.
Le... qui est là.

DON JUAN. Allons voir, et montrons que rien ne me sauroit ébranler.

SGANARELLE.
Ah! pauvre Sganarelle, où te cacheras-ta? !

SCENE XII. . . .

DON JUAN, LA STATUE DU COMMANDLUX,

SGANARELLE, LA VIOLETTE, RAGOTIN.

DON JUAN, à ses gens.
Une chaise et un couvert. Vite donc...

(Don Juan et la statue se mettent à table.) (à Sganarelle.) Allons, mets-toi à table.

SGANAR ELLE.
Monsieur, je n'ai plus faim.

DON JUAN. Mets-toi là, te dis-je. A boire. A la santé du commandeur. Je te la porte , Sganarelle. Qu'on lui donne du vin.

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DON JUAN. Bois, et chante ta chanson pour régaler le commandeur.

SGA NARELLE. Je suis enrhumé, monsieur.

DON JUAN. Il n'importe. Allons. ( à ses gens.) Vous autres, venez; accompagnez sa voix.

LA STATUE. Don Juan, c'est assez. Je vous invite à venir demain soaper avec moi. En aurez-vous le courage ?

DON JUAN.
Oui, j'irai, accompagné du seul Sganarelle.

SGANARELL E.
Je vous rends grace; il est demain jeûne pour moi.

DON JUAN, à Sganarelle. Prends ce flambeau.

LA STATUE. On n'a pas besoin de lumiere quand on est conduit par le ciel.

PIN DU QUATRIEME ACTE.

ACTE CINQUIEME.

' SCEN E I. : 'DON LOUIS, DON JUAN, SGANARELLE.

DON L'OU IS. Q uoi! mon fils, seroit-il possible que la bonté du ciel eût exaucé mes voeux? Ce que vous me dites est-il bien vrai? Ne m'abusez-vous point d'un faux espoir? et puis-je prendre quelque assurance sur la nouveauté surprenante d'une telle conversion ?

DON JUAN. * Oui, vous me voyez revenu de toutes mes errenrs; je ne suis plus le même d'hier au soir, et le ciel tout d'un coup a fait en moi un changement qui va surprendre tout le monde. Il a touché mon ame et dessillé mes yeux; et je regarde avec horreur le long aveuglement où j'ai été , et les désordres criminels de la vie que j'ai menée. J'en repasse dans mon esprit toutes les abominations, et m'étonne comme le ciel les a pu souffrir si long-temps, et n'a pas vingt fois sur ma tête laissé tomber les coups de sa justice redoutable. Je vois les graces que sa bonté m'a faites en ne me punissant point de mes crimes; et je prétends en profiter comme je dois, faire éclater aux yeux du monde un soudain changement de vie, réparer par-là le scandale de mes actions passées, et m'efforcer d'en obtenir du ciel une pleine rémission. C'est à quoi je vais travailler; et je vous prie, monsiear, de vouloir bien contribuer à ce dessein , et do m'aider vous-même à faire choix d'une personne qui me serve de guide, et sous la conduite de qui je puisse marcher sûrement dans le chemin où je m'en vais entrer.

DON LOUIS. Ah! mon fils, que la tendresse d'an pere est aisé. ment rappelée , et que les offenses d'un fils s'évanouissent vite au moindre mot de repentir ! Je ne me souviens plus déja de tous les déplaisirs que vous m'avez donnés, et tout est effacé par les paroles que vous venez de me faire entendre. Je ne me sens pas, je l'avoue; je jette des larmes de joie, tous mes væux sont satisfaits, et je n'ai plus rien désormais à demander au ciel. Embrassez-moi, mon fils ; et persistez, je vous conjure, dans cette louable pensée. Pour moi, j'en vais tout de ce pas porter l'heurease nouvelle à votre mere, partager avec elle les doux transports du ravissement où je suis , et rendre graces au ciel des saintes résolutions qu'il a daigne vous inspirer.

SCENE II.

DON JUAN, 'SGANARELL E.

SGANARELLE. Ah! monsieur, que j'ai de joie de vous voir con. verti! Il y a long-temps que j'attendois cela ; et voilà, grace au ciel, tous mes souhaits accomplis.

DON JUAN. La peste le benêt!

S GAN AR ELLE Comment! le benêt ?

DON JUAN. Quoi! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire ? et tu crois que ma bouche étoit d'accord avec mon cour?

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