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SCENE II.

LA THORILLIERE, MOLIERE, BRÉCOURT, LA GRANGE, DU CROISY ; MESDEMOISELLES DU PARC, BÉJART, DE BRIE, MOLIERE, DU CROISY, HERVÉ.

i LA THORILLIERE. Bon jour, monsieur Moliere.

MOLIER E. Monsieur, votre serviteur. (à part.) La peste soit de l'hoinme!

LA THORILLIERE. Comment vous en va ?

MOLIERE. fort bien pour vous servir. (aux actrices.) Mes demoiselles, ne...

LA TEORILLIERE. Je viens d'un lieu où j'ai bien dit du bien de vous...

MOLIERE.

Je vous suis obligé. (à part.) Que le diable t'em. porte! (aux acteurs.) Ayez un peu soin...

LA TUOR ILLIÉRE.
Vous jouez une piece nouvelle aujourd'hui? i

'MOLIERE. Oui, monsieur. (auc actrices.) N'oubliez pas. ;.

LA THORILLIERE. Alebo C'est le roi qui vous l'a fait faire ?

MOLIERE. Oui, monsieur. (aux acteurs.) De grace, songez...

LA THORILLIER E. Comment l'appelez-vous ?

MOLIERE. Oui, monsieur

LA THORILLIERE.
Je vous demande comment vous la nommez.

MOLIERE. Ah! ma foi, je ne sais. (aux actrices.) Il faut, s'il vous plaît, que vous...

LA THORILLIERE.
Comment serez-vous habillés?

MOLIERE. Comme vous voyez. ( aux acteurs.) Je vous prie...

LA THRILLIER E.
Quand commencerez-vous ?

MOLIER E. Quand le roi sera venu. (à part.) Au diantre le questionneur!

LA THORILLIERE.
Quand croyez-vous qu'il vienne ?

KOL I E R E.
La peste m'étouffe, monsieur, si je le sais!

HA THORILLIER E.
Savez-vous point...?

MOLIERE. Tenez, monsieur, je suis le plus ignorant homme du monde. Je ne sais rien de tout ce que vous pourrez me demander, je vous jure. (part.)'J'enrage! Ce bourreau vient avec un air tranquille vous faire des questions , et ne se soucie pas qu'on ait en tête d'autres affaires.

LA THORILLIERE. Mesdemoiselles, votre serviteur.

MOLIERE. Ah! bon ! le voilà d'un autre côté. LA THORILLIERE, à mademoiselle du Croisy.

Vous voilà belle comme un petit ange. Jovez-vous toutes deux aujourd'hui ? (en regardant made. moiselle Hervé.)

MADEMOISELLE DU CROISY. Oui, monsieur.

LA THORILLIER E. Sans vous la comédie ne vaudroit pas grand chose.

MOLIERE, bas, aux actrices. Vous ne voulez pas faire en aller cet homme-là ? MADEMOISELLE DE BRIE, à la Thorilliere.

Monsieur, nous avons ici quelque chose à répéter ensemble.

LA THORILLIERE,

Ah! parbleu! je ne veux pas vous empêcher; voils n'avez qu'à poursuivre.

MADEMOIS É LLL DE BRIR. Mais...

LA TRORILLIERE. Non, non; je serois fâché d'incommoder personne. Faites librement ce que vous avez à faire.

MADEMOISELLE DE BRIE. Oui; mais...

LA THORILLIERE. Je suis homme sans cérémonie , vous dis-je ; et vous pouvez répéter ce qu'il vous plaira.

MOLIERE. Monsieur, ces demoiselles ont peine à vous dire qu'elles souhaiteroient fort que personne ne fût ici pendant cette répétition.

LA THORILLIER E.
Pourquoi ? il n'y a point de danger pour moi.

MOLIERE. Monsieur, c'est une coutume qu'elles observeut, et vous aurez plus de plaisir quand les choses vous surprendront.

LA THORILLIERE.
Je m'en vais donc dire que vous êtes prêts.

MOLI E R E.
Point du tout, monsieur; ne vous hâtez pas, de grace.

SCENE II I.

MOLIERE, BRÉCOURT, LA GRANGE, DU

CROISY; MESDEMOISELLES DU PARC, BÉJART, DE BRIE, MOLIERE, DU CROISY, HERVÉ.

MOLI E R E. Ah! que le monde est plein d'impertinents ! Or sns, commençons. Figurez-vous donc premièrement que la scene est dans l'antichambre du roi ; car c'est un lieu où il se passe tous les jours des choses assez plaisantes. Il est aisé de faire venir là toutes les personnes qu'on veut, et on peut trouver des raisons même pour y autoriser la venne des femmes que j'introduis. La comédie s'ouvre par deux marquis qui se rencontrent.

(à la Grange.) Souvenez-vous bien, vous, de venir, comme je vous ai dit, là, avec cet air qu'on nomme le bel air, peignant votre perruque, et grondant une petite chanson entre vos dents. La, la, la, la, la, la, la. Rangez-vous donc, vous autres ; car il faut du terrain à deux marquis, et ils ne sont pas gens à tenir leur personne dans un petit espace.

(à la Grange.) Allons, parlez.

LA GRANGE..

« Bonjour, marquis. »

MOLIER E. Mon dieu! ce n'est point là le ton d'un marquis: il fant le prendre un pen plus haut; et la plupart de ces i essieurs affectent uue maniere de parler particuliere pour se distinguer du commun. « Bonjour, « marquis ». Recommencez donc.

LA GRAN Ġ É. « Bonjour, Inarquis. »

MOLIERE. « Ah! marquis , ton serviteur. »

LA GRANGE. « Que fais-tu là ? »

MOLIE E. « Parbleu! tu vois; j'attends que tous ces messieurs a aient débouché la porte, pour présenter là mon « visage. »

LA GRANGE. « Têtebleu ! quelle foule ! Je n'ai garde de m'y « aller frotter, et j'aime bien mieux entrer des dera uiers. »

MOLIERE. « Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n'en« trer point, et qui ne laissent pas de se presser et « d'occuper toutes les avenues de la porte. »

LA GRANGE. « Crions nos deux noms à l'huissier, afin qu'il « nous appelle. »

MOLIERE. « Cela est bon pour toi; mais, pour moi, je ne « veux pas être joué par Moliere. »

LA GRANGE. « Je pense pourtant, marquis , que c'est toi qu'il «joue dans la Critique. »

DI OLIERE. « Moi ? Je suis ton valet; c'est toi-même en propre • personne. »

LA GRANGE. Ah! ma foi, tu es bon de m'appliquer ton per• sonnage. »

MOLIERE. « Parbleu! je te trouve plaisant de me donner ce a qui t'appartient. »

L. GRANGE, riant. « Ah, ah, ah! Cela est drôle. »

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