Images de page
PDF
ePub

Ft je ne doute pas que sa civilité
A connoître sa main n'ait trop su vous instruire.
Mais ceci vaut assez la peine de le lire :

Vous êtes un étrange homme, Clitandre, de condamner mon enjouement, et de me reprocher que je n'ai jamais tant de joie que lorsque je ne suis pas avec vous. Il n'y a rien de plus injuste; et si vous ne venez bien vite me demander pardon de cette offense, je ne vous la par, donnerai de ma vie. Notre grand landrin de vicomte... Il devroit être ici. Notre grand flandrin de vicomte , par qui vous commen. cez vos plaiates, est un homme qui ne sauroit me revenir; et, depuis que je l'ai vu, trois quarts-d'heure durant, cracher dans un puits pour faire des ronds, je n'ai pu jamais prendre bonne opinion de lui. Pour le petit mar. quis.... C'est moi-même, messieurs, sans nulle vanité. Pour le petit marquis, qui me tint hier long-temps la main, je trouve qu'il n'y a rien de si mince que toute sa personne, et ce sont de ces mérites qui n'ont que

la

cape et l'épée. Pour l'homme aux rubans verds...

(à Alceste.) A vous le dé, monsieur. Pour l'homme aux rubans verds, il me divertit quelquefois avec ses brusqueries et son chagrin bourru; mais il est cent moments où je le trouve le plus fâcheux du monde. Et

pour

l'homme au sonnet.... (à Oronte.)

Voici votre paquet.

Et pour l'homme au sonnet, qui s'est jeté dans le bel esprit, et veut être auteur malgré tout le monde, je ne puis me donner la peine d'écouter ce qu'il dit; et sa prose me fatigue autant que ses vers. Mettez-vous donc en tête que je ne me divertis pas toujours si bien que vous pensez; que je vous trouve à dire, plus que je ne voudrois, dans toutes les parties où l'on m'entraine; et que c'est un merveilleux assaisonnement aux plaisirs qu'on goûte , que la présence des gens qu'on aime.

CLITANDRE, Me voici maintenant, moi. Votre Clitardre, dont vous me parlez, et qui fait tant le doucereux, est le dernier des hommes pour qui j'aurois de l'amitié. Il est extravagant de se persuader qu'on l'aime, et vous l'êtes de croire qu'on ne vous aime pas. Changez, pour être raisonnable, vos sentiments contre les siens, et voyez-moi le plus que vous pourrez, pour m'aider à porter le chagrin d'en être obsédée. D'un fort beau caractere on voit là le modele, Madame, et vous savez comment cela s'appelle. Il suffit. Nous allons, l'un et l'autre, en tous lieux Montrer de votre cæur le portrait glorieux.

ACASTE.

J'aurois de quoi vous dire, et belle est la matiere:
Mais je ne vous tiens pas digne de ma colere;
Et je vous ferai voir que les petits marquis
Ont, pour se consoler, des cours de plus baut prix.

SCENE V.

CÉLIMENE, ÉLIANTE, ARSINOÉ, ALCESTE,

ORONTE, PHILINTE.

ORONTE.

Quoi! de cette façon je vois qu'on me déchire,
Après tout ce qu'à moi je vous ai vu m'écrire !
Et votre cour,

paré de beaux semblants d'amour, A tout le geure humain se promet toar-à-tour!

Allez, j'étois trop dupe, et je vais ne plus l'être;
Vous me faites un bien, me faisant vous connoître:
J'y profite d'un coeur qu'ainsi vous me rendez,
Et trouve ma vengeance en ce que vous perdez.

(à dlceste.) Monsieur, je ne fais plus d'obstacle à votre flamme, Et vous pouvez conclure affaire avee madame.

SCENE V I. CÉLIMENE, ÉLIANTE, ARSINOÉ, ALCESTE

PHILINTL.

ARSINO É, à Célimene. Certes, voilà le trait du monde le plus noir : Je ne m'en saurois taire, et me sens émouvoir. Voit-on des procédés qui soient pareils aux vôtres? Je ne prends point de part aux intérêts des autres;

(montrant Alceste.) Mais monsieur, que chez vous fixoit votre bonheur, Un homme comme lui, de mérite et d'honneur, Et qui vous chérissoit avec idolâtrie, Devoit-il...

ALCESTE.

Laissez-moi, madame, je vous prie, Vaider mes intérêts moi-même là-dessus; Et ne vous chargez point de ces soins superflus. Mon coeur a beau vous voir prendre ici sa querelle, Il n'est point en état de payer ce grand zele; Et ce n'est pas à vous que je pourrai songer, Si par un autre choix je cherche à ne venger.

ARSINO É. Hé! croyez-vous, monsieur, qu'on ait cette pensée,

de vous avoir on soit tant empressée ?
Je vous trouve un esprit bien plein de vanité,
Si de cette créapce il peut s'être flatté.
Le rebut de madame est une marchandise

Et que

Dont on auroit grand tort d'être si fort éprise.
Détrompez-vous, de grace, et portez-le moins haut.
Ce ne sont pas des gens comme moi qu'il vous faut:
Vous ferez bien encor de soupirer pour elle;
Et je brûle de voir une union si belle.

SCENE VII.
CÉLIMENE, ÉLIANTE, ALCESTE, PHILINTE.

ALGESTE, à Célimene.
Hé bien ! je me suis tu, malgré ce que je voi,
Et j'ai laissé parler tout le monde avant moi.
Ai je pris sur moi-même un assez long empire?
Et puis-je maintenant...?

CÉLIME N E.

Oui, vous pouvez tout dire; Vous en êtes en droit, lorsque vous vous plaindrez, Et de me reprocher tout ce que vous voudrez. J'ai tort, je le confesse, et mon ame confuse Ne cherche à vous payer d'aurune vaine excuse. J'ai des autres ici méprisé lo courroux; Mais je tombe d'accord de mon crime envers vousa Votre ressentiment, sans doute, est raisonnable; Je sais combien je dois vous paroitre coupable, Que toute chose dit que j'ai pu vous trahir, Et qu'enfin vous avez sujet de me haïr. Faites-le, j'y consens.

ALCESTE.

Hé! le puis-je, traîtresse ?
Pais-je ainsi triompher de toute ma tendresse ?
Et, quoiqu'avec arrleur je veuille vous haïr,
Trouvé-je un cœur en moi tout prêt à m'obéir?

(å Eliante et à Philinte.)
Vous voyez ce que peut une indigne tendresse,
Et je vous fais tous deux témoins de ma foiblesse.
Mais, à vous dire vrai, ce n'est pas encor tout,
Et vous allez me voir la pousser jusqu'au bout,

Montrer que c'est à tort que sages on nous nomme, Et que

dans tous les cæurs il est toujours de l'homme. (à Célimene.) Oui, je veux bien, perfide, oublier vos forfaits; J'en saurai, dans mon ame, excuser tous les traits, Et me les couvrirai du nom d'une foiblesse Où le vice du temps porte votre jeunesse, Pourvu que votre coeur veuille donner les mains Au dessein que j'ai fait de fuir tous les humains, Et que

dans mon désert, où j'ai fait vou de vivre, Vous soyez,

sans tarder, résolue à me suivre.
C'est par-là seulement que, dans tous les esprits,
Vous pouvez réparer le mål de vos écrits,
Et qu'après cet éclatoqu'un noble caur abhorre
Il
peut m'être permis de vous aimer encore.

CÉLIMEN E.
Moi, renoncer au monde avant que de vieillir!
Et dans votre désert aller m'ensevelir!

ALCESTE.

Et, s'il faut qu'à mes feux votre flamme réponde,
Que vous doit importer tout le reste du moude?
Vos desirs avec moi ne sont-ils pas contents ?

CÉLIMENE.
La solitude effraie une ame de vingt ans.
Je ne sens point la mienne assez grande, assez forte,
Pour me résoudre à prendre un dessein de la sorte.
Si le don de ma main peut contenter vos vaux,
Je pourrai me résoudre à serrer de tels nõuds,
Et l'hymen...

Non, mon coeur à présent vous déteste, Et ce refus lui seul fait plus que tout le reste. Puisque vous n'êtes point, en des liens si dous, Pour trouver tout en moi comme moi tout en vous, Allez, je vous refuse; et ce sensible outrage De vos indignes fers pour jamais me dégage.

ALGESTE.

« PrécédentContinuer »