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JACQUELINE. Que v'lez-vous, monsieu ? C'est pour la pénitence de mes fautes; et là où la chevre est liée, il faut bian qu’alle y broute.

SGANARELLE, Comment! un rustre comme cela! un homme qui vous observe toujours, et ne veut pas que personne vous parle!

JACQUELIN L. Hélas ! vous n'avez rian vu encore;et ce n'est qu'un petit échantillon de sa mauvaise himeur.

SGANARELLE.

Est-il possible ! et qu'un homme ait l'ame assez basse pour maltraiter une personne comme vous ! Ah! que j'en sais, belle nourrice, et qui ne sont pas loin d'ici, qui se tiendroient heureux de baiser seulement les petits bouts de vos petons ! Pourquoi fautil qu'une personne si bien faite soit tombée en de telles mains! et qu'un franc animal, un brutal, an stupide , un sot... pardonnez-moi, nourrice, si je erle ainsi de votre mari...

JACQUELINE. Pansieu , je sais bian qu'il mérite tous ces noms-là,

He !

3 GANARELLE.

Oui, sans doute, nourrice, il les merite ; et il mé. riteroit encore que vous lui missiez quelque chose sur la tête, pour le punir des soupçons qu'il a.

JACQUELIN E. Il est bian vrai que si je n'avois devant les yeux que son intérêt, il pourroit m'obliger à queuque étrange chose.

SGANARELLE.

Ma foi, vous ne feriez pas mal de vous venger de lui avec quelqu'un. C'est un homme, je vous le dis.

qui mérite bien cela ; et, si j'étois assez heureux, belle nourrice, pour être choisi pour... (Dans le temps que Sganarelle tend les bras

pour embrasser Jacqueline, Lucas passe sa téte par

dessous, et se met entre eux deux. Sganarelle et Jacqueline regardent Lucas, et sortent chacun de leur côté. )

SCENE I V.

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GÉRONTE, LUCA S.

GÉRONTE. Holà ! Lucas, n'as-tu point vu ici notre médecin ?

LUCAS.

Et oui, de par tous les diautres , je l'ai vu; et ma femme aussi.

GÉ PONTE. Où est-ce donc qu'il peut être ?

LUCAS.

ܪ

Je ne sais ; mais je voudrois qu'il fût à tous les guebles.

GÉRONTE.
Va-t'en voir un peu ce que fait ma fille.

SCENE V. SGANARELLE, LÉANDRE, GÉRONTE.

GÉRONTE.
Ah! monsieur, je demandois où vous étiez..

SGANARELLE.

Je m'étois amuse dans votre cour à expulser lc superflu de la boisson. Comment se porte la malade ?

GÉRONTE.
Un peu plus mal depuis votre remede.

SGANARELLE. Tant mieux; c'est signe qu'il opere.

GÉ A ON TE. Oui; mais en opérant je crains qu'il ne l'étouffe.

SGANARELLE. Ne vous mettez pas en peine ; j'ai des remedes qui se moquent de tout, et je l'attends à l'agonie.

CÉRONTE, montrant Léandre. Qui est cet homme-là que vous amenez? SGAN ARELLE, , faisant des signes avec la main pour montrer

que

c'est un apothicaire. C'est...

GÉRONTE. Quoi ?

$GANARELLE. Celui...

GÉRONTE. Hé!

SGANARELLI. Qui...

GÉRONTE, Je vous entends.

SGANAR ELLE. Votre fille en aura besoin.

SCENE V I.

LUCINDE, GÉRONTE, LÉANDRE,

JACQUELINE, SGA NARELLE,

JACQUELINE. Monsieu , v'là votre fille qui veut un peu marcher.

S GANAR ELLE.

Cela lui fera du bien. Allez-vous-en, monsieur l'apothicaire, tâter un peu son pouls, afin que je raisonne tantôt avec vous de sa maladie.

(Sganarelle tire Géronte dans un coin du théâ

tre, et lui passe un bras sur les épaules pour l'empêcher de tourner la tête du côté oii' sont Léandre et Lucinde.)

Monsieur, c'est une grande et subtile question entre les docteurs, de savoir si les femmes sont plus faciles à guérir que les hommes. Je vous prie d'écouter ceci, s'il vous plaît. Les uns disent que non, les autres disent que oui : et moi je dis qu'oui et non; d'autant que l'incongruité des humeurs opaques qui se rencontrent au tempérament naturel des femmes, étant cause que la partie brutale veut toujours prendre empire sur la sensitive, on voit que l'inégalité de leurs opinions dépend du mouvement oblique du cercle de la lune; et comme le soleil, qui darde ses rayons sur la concavité de la terre, trouve...

LUCINDE, à Léandre. Non, je ne suis point du tout capable de changer de sentiment.

GÉRONTE. Voilà ma fille qui parle ! O grande vertu du re-, mede! O admirable médecin! Que je vous suis obligé, monsieur , de cette guérison merveilleuse ! et que puis-je faire pour vous après un tel service ? S ĢA N A'R E LLĖ, se promenant sur le théâtre

et s'éventant avec son chapeau. Voilà une maladie qui m'a bien donné de la peine!

LUCINDE.

Oui, mon pere, j'ai recouvré la parole; mais je l'ai recouvrée pour vous dire que je n'aurai jamais d'autre époux que Léandre, et que c'est inutilement que vous voulez me donner Horace.

GÉRONTE.
Mais...

LUCINDE.

Rien n'est capable d'ébranler la résolution que j'ai

GÉRONTE.
Quoi!...

LUCINDE.
Vous m'opposerez en vain de belles raisons.

GÉRONTE.
Si...

LUCINDE.
Tous vos discours ne serviront de rien.

GÉRONTE.
Je...

LUCINDE.
C'est une chose où je suis déterminée.

GÉRONT E.
Mais...

LUCINDE. Il n'est puissance paternelle qui me puisse obliget à me marier malgre moi.

GÉRONTE.
J'ai...

LUCINDE.
Vous avez beau faire'tons vos efforts.

GÉRONTE.
Il...

LUCINDE.

Mon coeur ne sauroit se soumettre à cette tyrannie.

GÉRONTE. La...

LUCINDE.

Et je me jetterai plutôl dans un couvent, que d'épouser un homme que je n'aime point.

GÉRONTE. Mais...

LUCINDE, avec vivacité. Non. En aucune facon. Point d'affaires. Vous perdez le temps. Je n'en ferai rien. Cela est résolu.

GÉRONTE Ah! quelle impétuosité de paroles ! Il n'y a pas

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