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HISTOIRE DE LA VILLE DÈ METZ.

Les Chroniques de Metz donnent à cette ville une antiquité fabuleuse , elles portent que ceux qui la fonderent, étoient venus de la confusion qui arriva à la Tour de Babel, ainsi que le raconte un philosophe Juif, Ezycivius , ainsi qu'il l'a trouvé en très vieux gestes des Messins , & que ces choses sont demontrées en de très anciens livres bien écrits en hébrieux, & ainsi qu'on voit clairement aujourd'hui en regardant les murailles très ancicnncs.

Ces Chroniques portent donc que l'an

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Ante Romam Treviris stetit annis mrille trecenti,. Après la prise de Troyes par les Grecs, on vit arriver dans ce pays des Princes sortis de cette fameuse ville, savoir Franconius, fils de Hector qui donna son nom à la France , Priamus qui donna le sien à Paris , en mémoire du beau Paris. Son frere étoit Rhemus, fondateur de la ville de Rheims, l'autre se nommoit Chamus, fondateur de Châlons sur Marne , l'autre nommé Troclus , fonda Troye en Champagne, Serpanus & Lupardus, freres, bâtirent la ville de CharPagnc. Une autre Colonie ayant à sa tête Tullus & Verdunus , fonda les villes de Toul & Verdun. Je ne m'arrête pas à réfuter ces fables. - Lcs mêmes Chroniqucs de Metz veulent qu'un général Romain nommé Metius, fit la conquête de Dividunum , dans le tems que Jules-Cesar faisoit la guerre dans les Gaules, la ruina, & en renversa les murs :

Tempore quo Cesar sua Gallis intulit arma :
Tunc Mediomatricum devicit Matius urbem.

Mais que du depuis touché dc la beauté de sa situation, il jugea à propos de la rétablir.

Suffečius momen dederat cui Metius urbem.

Venons à quelque chose de plus séricux & de plus certain.

La ville de Metz fut anciennement nommée Divodurum , ensuite Mediomatricum, ou plutôt Civitas Mediomatricum, ou Mediomatricorum, la cité des Mediomutriciens, & enfin Metis, ou Mettis, aujourd'hui Mctz.

Il est inutile de chercher les étymologies

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· Wales netit. Gallic. Pag. 328.

s Venant. l. .

3. nd villicum Episc. Met. carmune XII.

Idae. chro-
mic. At-
mon. l. 3.
c. 1. Greg.
Turon. his-
tor. Franc.
l. I. c. 3-
hist.Met.à
Paul. Dia-
cono, &c.

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jusqu'à cinq ou six Evéques de Metz , qui ont porté le titre d'Archevêques , plusieurs ont été tirés des Maisons de Lorraine, de Bar, de Flandres, de Luxembourg, de Bade, de Blamont, &c. & ces Prélats par leurs libéralités ont beaucoup augmenté les biens de cet Evêché , déja fort riche par lui-même , on les a vû souvent faire la guerre à leurs voisins, fonder des Monasteres & des Eglises Collégiales, user des droits régaliens, frapper monnoye, faire la guerre & la paix, établir des loix, avoir seances dans les Diettes de l'Empire, fournir leur contingent pour les frais des Armées de l'Empire, &c. Les Evêques de Metz exerçoient anciennement leur jurisdiction spirituelle sur plu

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Tout le monde sait que l'Evêque Bertrand, qui a siégé depuis 1 187. jusqu'en 1 2 1o. est considéré commc le législateur de la ville de Metz, que c'est lui qui y a régle la maniere d'élire les Magistrats, d'administrer la justice, de rédiger par écrit les traités & les contrats. . ·

Il est vrai que depuis que la ville de Metz s'est mise en possession du droit de Commune, & qu'clle a été érigéc cn ville impériale, elle a beaucoup augmenté son autorité, & a exercé les droits de régale , & cela pour l'ordinaire aux dépens de l'autorité épiscopale , comme on le va voir par l'écrit que nous allons donner & qui a été compose à l'occasion des difficultés muës entre la ville & le Parlement de Metz, contre les prétentions de M. de St. Simon, Evêque de cette ville, qui vouloit prendre le nom & la qualite de Prince de Metz, qui lui a été en cffet ajugée par Arrêt du Conseil du Roi.

Mémoire sur l'état de la ville de Metz & les droits de ses Evêques, avant l'heureux retour des trois Evêchés sous la domination de nos Rois.

Les Villes qui ne reconnoissent d'autres puislances que l'Empcreûr & l'Empire, qui ont droit de seance & de suffrage dans les Dicttes , & qui possedent souverainement les régales dans leurs territoires, sont villes libres impériales. -

- Cclles qui au contraire reconnoissent la

superiorité des Princes, ou des Etats particulicrs, ne sont que municipalcs.

Du Haillan, & Nicolas Giles, rapportent que le Duc René I. pour engager le Roi Charles VII. à se joindre à lui pour faire le siége de Metz en 1444 lui fit entendre que cette ville étoit de l'ancien domaine de Lorraine, & qu'elle s'en étoit soustraite par quel

ucs sommes d'argent, qu'elle avoit prêtée

au Duc Godefroi de Bouillon, lorsqu'il entreprit le voyage d'outre-mer. Je ne sai si René employa ces raisons , mais elles ne sont nullement certaines. On ne voit pas que la ville de Metz ait jamais fait partie du Domaine des anciens Ducs de Lorraine.

Metz a eu l'avantage d'être du nombre des villes impériales , & elle étoit même, suivant le témoignage des auteurs Allemans, l'une des quatre villes appellées impériales par prééminence. Sunt quoque , disent-ils, imperiicivitates, queprimarie & specialiprivilegio, per excellentiam , Imperii civitates dicuntur, nempe Augusta, Aquisgranum, Metis & Lubeca. Aussi l'Empereur Charles IV. en fit-il choix pour y faire publier dans la

Diette générale qu'il y convoqua à la fin du mois de Décembre 1356. les sept derniers chapitres de la célébre Bulle d'or, qui est regardée comme la premiere des Loix fondamentales de l'Empire Germanique. C'est à ce titre de ville libre Impériale , que Metz avoit voix & séance aux Diettes de l'Empire, & qu'elle jouissoit dans son territoire de tous les droits régaliens, ce qui n'appartient qu'aux Etats immédiats. Son droit de scance & de suffrage est bien démontré par les lettres qu'elle a reçu des directeurs du cercle du Rhin, dont elle faisoit partie, & par les mandemens qui lui ont été adresses par les Empereurs ès années I 446. 63.86. 89. 93. 95. & 96. I 5o3. I 5o8. 9. I I. I 2. I 3. I7. I 8. 2.3.2.5. 2 6. 28.29.31.32.42.43.46. & 5 I. soit pour fournir son contingent , soit pour envoyer ses députés aux diettes & journées tant impériales que circulaires , convoquées à Worms, Spire , Mayence , Nuremberg , Ausbourg, Cologne, Ulm, &c. aux fins d'y tfaiter avec les autres Etats de l'Empire, des affaires qui lc concernoient, & dont les armes de la France, portées en Italie , l'invasion du Turc, & le dessein formé par les Suisses de se soustraire à l'Empire , ne for- . moient pas les moindrcs objets. Ces Lettres & ces Mandemens , les instructions de la ville à ses députés aux Diettes, & les comptcs des frais de députation, se conservent dans ses Archives avec les départs de ces mêmes Diettes , & l'on y voit encore des Lettres de créance dattées d'Ausbourg du 26. Juin 1496. sur les personnes de Philippc , Louis & Jacob Baudran * envoyés par l'Empereur Maximilien à la ville de Metz, touchant des affaires particulieres de l'Empire. . La supériorité territoriale , & les droits régaliens , dont Metz jouissoit souverainement, comme Etat de l'Empire, sont soutenus de preuves egalement authentiques; on les rapportera à mesure que l'on établira l'excrcice de chacun de ces droits. L'on commence par celui de la création des Officiers , le Maître Echevin, chef de la République, étoit annuel & élu par le Princier de la Cathédrale, & par les Abbés de Gorze , de saint Vincent, de saint Arnou, de saint Symphorien & de saint Clément, nommés electcurs perpétuels, d'un commun accord de toute la Cité, dans la vuë de prévenir les brigues & les dissentions si ordinaires dans une élection de cette importance. La forme de cette élection, qui fut confirmée par les Lettres de l'Empereur Frederic Barbe-rousle , données à Constance le quatorziéme des calendes de Mai 1 181. a

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conseil jugeoient souvcrainemcnt; les appel-
lations de tous les Tribunaux de la Répu-
blique alloient au sien : ce n'est pas qu'il ne
pût y avoir appcl de leur jugement à la
Chambre impériale, au-dessus d'une certai-
ne somme très considérablc , mais ces ap-
pcls étoient si rares, qu'il paroit par un acte
de notoriété du 5. Avril 1 5 5o. donné par
le Maitre Echevin & les Treize , qu'il n'y
avoit alors aucun mémoire qu'il y en cût eu
de relevés à Spire.
Lorsque les Treize assistoient au Conseil
du Maître Echcvin, ensuite d'une convoca-
tion, l'on appclloit cette assemblée le grand
Conseil. Le Maître Echevin sortant de fonc-
tion , devoit être, suivant l'Atour du mois
de Janvier 13 13. prcmicr Treize dc la créa-
tion immédiatement suivante.
Les Treize étoient les Officiers principa-
lement chargés de l'administration de la ju-
stice & police , ils l'exerçoient souveraine-
ment au criminel dans la ville & la haute
justice cn dépendante , & en premiere ins-
tance au civil, & par appel des justices Sei-
gneuriales du pays Meslin , ils étoient élus
suivant l'Atour de 1 346. à la pluralité des
voix, par les Chefs-d'Hôtels des cinq pre-
miers paraiges , & lcs quarante députés du
Commun. Il falloit avoir au moins vingt ans
" pour être élu. Le pere, le fils & les freres ne
pouvoient l'être en même tems , ces Treize
restoient en fonctions pendant cinq ans, ils
présidoient chacun alternativement par
mois , & celui qui présidoit, s'appelloit sim-
plement Maître de Chambre, l'un d'entr'eux
étoit préposé pour rendre la justice som-
maire sur la place devant le Palais, & lors-
que la matiere n'y étoit pas disposée, il ren-
voyoit les parties à la Chambre; ils avoient,
suivant l'Atour de l'an 1 3o4. le tiers des
amandes , & les deux autres tiers apparte-
noient à la Ville.
Il y avoit encore deux Officiers qui par.
ticipoient à la direction du gouvernement
des affaires de la République savoir, les 7.
de la guerre, les7. des murs, les7. de la mal-
tote,les 7. du trésor, les 7. de la monnoye,
les sept du pavé, les Comtes, le Maître des
chemins, les Maires des quartiers de Porte-
Moselle, Porte - Scille & outre-Seille, les

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(a) Atour, de l'an 13 16.'Il y en a d'autres des années 1 25o. 1 3 14. I 3 1 *. I 34 6.1 3 58. 1 4o6. 1429. &c. Ce terme atour, signifie une loi, ou reglement de Police ; il délive apparemmcnt de l'hébreu torah, une loi, ou hattorah , la | loi. On remarque plus d'un nom dérivé de l'hébreu dans le langage de Metz, ou il y a eu des Juifs depuis long-tems.

Les mots atornar e, atournare, attourmatio, attournatus,

attornamentum, se remarquent souvent dans les anciens ti

tres de France & d'Angleterre, & ils se prennent ordinairement pour marquer un Procureur, un homme chargé de poursuivre les affaires d'un autre. Mais on ne voit pas bien d'ou ce terme, pris en ce sens, peut dériver. Voyez lancuvelle Edition du Gloiiaire de Ducange , sous le mot stf9/'/74/'o,

qui avoit rapi ort aux fonctions qui leur étoicnt conficcs, & qui étoient sufiisammcnt determinées par la dénomination de leurs chargcs ; la connoissance des crimes des soldats & des prisonnicrs de guerre, fut attribuce aux fcpt de la guerre par l'Atour du premier Juin 1429. Ces Magistrats, de même que ccux des murs , étoient élus par le | sort , suivant l'Atour du 1 5. Janvier 14o2. les autres sept l'etoient à l'ordinaire; l'on en tiroit un de chacun des cinq premiers Paraiges, & deux du commun; une mémc personnc ne pouvoit cn même tems remplir deux de ces charges. · • . Les Comtes étoicnt proprement des Commislaires de Quartier, élus tous les ans dans les Paroisses , conformément à l'Atour du mois de Février 1 3 26. - Le Maitrc des chemins avoit l'inspcclion & la direction de la Voucric au dehors, ses droits se trouvent fixés par l'Atour de l'an 14o6. il étoit aussi électif. . Les Maires des trois quartiers de la ville, & qui sont nommés Majours dans les anciens titres, recevoient les bans de tréfons, qui étoient une cspcce de décret alors cn usage par rapport aux rentes assignécs sur lcs immcublcs , l'on voit encore les roles qu'ils cn ont tenus depuis l'an 12co. jusqu'à l'an 1 5oo. Ils exerçoient une sorte de jurisdiction qui approchoit beaucoup de la fonciere , ce qui se vcndoit de leur authorité , ne devoit point de maltote ; la forme dans laquclle ils devoient être élus, est déterminee par l'Atour de 12 5o. Les Amans (a) étoient des Notaires, ou Tabellions, dont l'etablissement fut confirmé par Philippe, Roi des Romains en 1 197. Il y en avoit dcux par Paroisse, & nul ne le devoit être, s'il n'y vouloit demeurcr ; ccs Officiers ont été pendant un tems élcctifs ar les paroisliens , suivant la forme fixée par l'Atour du mois d'Avril 1 3o4 & ensuite rendus vénaux par celui du deux Février 1422. Commc les parties ne signoicnt point alors les Actes , ces Offices n'etoient remplis que par des personnes notables & d'une probité reconnuë. A l'Egard des Maîtres des changes, ils étoient créés par les Paraiges, & la forme qu'ils y devoient observer, est constatée par l'Atour de 1 3 58. Tous les Atours dont on vient de parler , concernant les élections de ces diflérens Officiers, assurent que la Ville de Metz jouissoit plainement du droit de les créer & de les élire. Le pouvoir législatif lui appartenoit éga

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lement , les Treize , les Comtcs & les Paraigcs concouroicnt par leurs suffrages avcc le Maître Echcvin, a la formation des loix, ordonnances & réglemens généraux , ces loix connuës sous le seul nom d'Atours , s'instituoient ainsi : Nous le Maitre Echevin, les Treize, les Comtes jurés, les Paraiges & toute la Communauté de la Cité de Mctz » faisons so* oir , c>c. Au lieu de signature l'on y apposoit pour l'autenticité , le sceau des cinq premiers Paraiges & celui de la Cité, & on les dépofeit ensuite dans les Archives de la Ville. · Les Ordonnânces & Statuts particuliers étoicnt donnés par le Maître Echcvin & les Treize , & toutes les publications & proclamations ne se faisoient que par eux. On voit dans les Archives de la ville une grande quantité de ces loix générales rendues tant sur le fait de la police & justice civile & ci iminelle., que du gouvernemcnt militaire & politique, depuis l'an 12 1 5.jusqu'en 1 53o. successivcment. Du nombre de ccs Ordonnanccs est cclle du mois de Juillet 1 3o5. qui donne la qualite de Chevalier à tous ceux qui devoient être à l'avcnir Maîtres Echevins. Ellc les oblige de la prcndre avant la Pentecôte, à peine d'une amande considérable pour ce tems là , elle prononce aussi contre le Princier & les cinq Abbés qui contreviendroient aux dispositions qui les concernoient pour procurer son entiere exécution, une pareille amande & privation de suffrage pour cette fois , & elle les menace d'être mis pour leurs corps & leurs biens, hors de la garde & protection de la Ville. Elle jouisloit même du droit de lever , de sa seule autorité, sur ses habitans & sujets , & sur les marchandises qui y étoient apportées par les étrangers, les impôts dont clic avoit besoin pour subvenir à ses charges, tel étoit, par cxemple , celui qui # voit en vertu de l'Atour du lundi de devant la Pentecôte 1 328. Surtoutes les successions, à proportion des biens en dépendans , celui d'un denier par semaine par chacune personne dont ctoient composées les familles pour fournir aux frais de la guerre, & tous les anciens impôts qui subsistent encore aujourd'hui sous le nom de Maltôte, & qui forment une partie du patrimoine de la Ville. Les Ecclesiastiqucs y étoient assujettis comme les laïcs. L'Atour du mois d'Octobre 13 14. & celui du 17. Décembre 14o6. y sont précis. Le dispositif de ces sortes d'Atours étoit conçu en ces termes. Nous avons ordonné , établi c3 accordé, d'un commun ar

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