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de l'acte du congrès de Vienne auxquelles la diète de Zurich a adhéré par une déclaration solennelle.

» L'acte de Vienne reconnaît non pas une Suisse unitaire, mais une Suisse fédérative, composée de vingt-deux cantons.

» Si un ou plusieurs de ces cantons viennent donc un jour nous dire que l'on menace leur existence indépendante , qu'on la veut contraindre ou détruire, qu'on marche à substituer une Suisse unitaire à la Suisse cantonale que reconnaissent les traités; que par là nos traités sont alteints, nous examinerons si, en effet, nos traités sont atteints. La nature même de ces sortes de questions, les considérations de droit et d'opportunité à y porter les rendent tellement dépendantes des circonstances qui s'y rattachent immédiatement, qu'on risque toujours de s'égarer en les traitant prématurément; aussi ne l'avons-nous pas fait ; nous nous sommes arrêtés à cette seule résolution, à ce seul mot : nous examinerons. - Je suis complétement en mesure d'ajouter

. que nous le ferons dans un parfait accord d'esprit et d'intentions avec les puissances signataires du même traité, et plus particulièrement avec l'Autriche, placée envers la Suisse dans une position analogue à la nôtre par la contiguïté de ses frontières. »

M. Ochsenbein, après m'avoir écouté, me dit : Je ne répondrai que demain à votre discours, puisque vous me le permettez.

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Autre dépêche du comte de Boistecomte à M. Guizot.

(Compte-rendu d'un entretien avec le secrétaire d'État de Zurich, avant que de retourner en France.) (1847.)

J'emporterai de Suisse une seule pensée, et ne demanderai à M. Guizot d'autre autorisation que celle de donner à ce pays un seul conseil : Que chaque canton reste chez soi.

» C'est par là qu'ont fini vos guerres de religion : elles menacent de recommencer, parce que vous revenez à vouloir politiquement ou religieusement conquérir les uns sur les autres.

» Ce qui m'a conduit à m'arrêter à ce conseil, c'est d'abord que

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nous avons le droit de vous le donner. Lisez l'acte de Vienne. Nous y stipulons que nous traitons en Suisse avec vingt-deux États indépendants; nous sommes donc autorisés par vous à vous demander si, en effet, ces vingt-deux cantons indépendants existent, et quand il en est parmi eux qui nous disent qu'on veut étouffer leur indépendance, à nous en enquérir. Ce n'est pas là

à porter atteinte à l'indépendance de la Suisse en Europe, c'est protéger l'indépendance des États les plus faibles en Suisse. Vous me direz qu'il est très-difficile de spécifier quand cette indépendance est attaquée : c'est précisément pour cela que vous devez éviter avec un grand soin ces questions.

» On nous a prêté mille prétentions et mille préventions. Les uns ont publié que nous nous entendions avec l'Autriche pour opprimer la liberté en Suisse; les autres, tout au contraire, que nous sommes ici engagés avec elle dans une lutte d'influence, qui assurera toujours le secours de l'une au parti que l'autre menacera : ce qui laisse à chacun des deux la permission de se moquer de la France et de l'Autriche.

» Quand j'ai remis la protestation sur Cracovie à M. Zehnder, je lui ai dit : Cette pièce vous prouve que quand l'Autriche attaque l'indépendance d'un État secondaire nous ne nous bornons pas seulement à nous séparer d'elle. Il est vrai ensuite que des personnes m'ont conseillé de faire telle ou telle chose, me disant que j'acquerrais par là plus d'influence que la légation d'Autriche. Mais que voulez-vous que je fasse ici de cette influence ? Le jour où l'on dira : L'ambassade de France a l'influence en Suisse, on lui demandera comple de la conduite de MM. Ochsenbein, Fazi, Druey, et tant d'autres : c'est un compte que je ne me soucie pas d'avoir à rendre. L'Autriche a besoin, comme nous, de l'apaisement de ce pays; si mon collègue y contribue plus efficacement que moi, je vous en féliciterai et l'en remercierai ; et quant à la part d'influence qu'il pourrait devenir utile que je me fisse un jour, j'ai trop le sentiment de ce qu'est la France pour m'en inquiéter à l'avance.

» On m'a dit ensuite que nous recherchions en Suisse le triomphe de certains hommes, de certain parti, de certaines formes de gouvernement.

:

Nous ne combattons ni les institutions ni les hommes ; nous déplorons le désordre là où il se glisse; voilà tout.

Vous êtes des républicains; vous aviez des gouvernements aristocratiques, vous les avez renversés pour en prendre de démocratiques. On peut faire de l'ordre avec une constitution démocratique comme avec une constitution aristocratique : seulement c'est plus difficile, 'peut-être aussi est-ce plus sûr.

Nous n'avons blâmié personne comme démocrate, mais plusieurs comme radicaux, c'est-à-dire comme destructeurs, altaquant à la fois et systématiquement les principes sur lesquels repose l'ordre social.

Est-ce à dire pour cela que nous devions entreprendre de renverser les radicaux, aujourd'hui maîtres des trois quarts des gouvernements de la Suisse, ou que nous les croyons incapables de devenir des hommes d'ordre et de faire de l'ordre? C'est précisément dans l'esprit contraire que le conseil que je vous donne est conçu : « Que chacun reste chez soi. »

Prenez M. Ochsenbein ou M. Furrer. Tant qu'il s'agira pour l'un de renverser le gouvernement de Fribourg, pour l'autre de renverser celui de Lucerne, ce seront des hommes d'anarchie, de vrais radicaux. Pourquoi cela ? Non-seulement à cause de l'æuvre qu'ils auront en vue, mais parce que, pour l'accomplir, il leur faut vivre avec des pensées de désordre, avec des hommes de désordre, et se faire eux-mêmes les hommes de ces hommes.

Que MM. Ochsenbein ou Furrer n'aient plus à s'occuper que de se maintenir au pouvoir chez eux, leur existence, leurs pensées, leur être même changent presque immédiatement : on pourra continuer, par habitude, à les appeler radicaux, ils seront devenus conservateurs; car, pour se conserver eux-mêmes, ils devront nouer leurs relations et leurs alliances avec les homines et les principes qui appartiennent à l'ordre, au bon gouvernement, à la moralité publique. Voilà pourquoi j'en reviens à mon idée :

Que chaque canton reste chez soi, et laisse les autres cantons se gouverner comme ils l'entendent.

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Je m'arrête ici, monsieur; après six jours passés dans les trois villes fédérales à étudier cette société si profondément atteinte,

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j'ai été conduit à regarder le moyen que j'indique comme le plus propre à attaquer le mal qui la travaille. Le dernier mot du radicalisme en Suisse est d'arriver à la république unitaire : « Nous » ne pourrions l'obtenir encore, disait, il y a quinze ans, l'habile » M. Menziger; posons-en seulement le principe. Depuis ce temps le parti a réussi à maintenir au recès la révision du pacte : quand il aura obtenu cette douzième voix qu'il poursuit par lant de révolutions, qu'il vient de manquer à Fribourg, que Bâle peut lui apporter dans quelques jours ou Saint-Gall dans quatre mois, et qu'il aura d'abord fait prévaloir, dans la question des jésuites, ce principe que la majorité oblige malgré le pacte, il marchera plus droit à son but, et, s'il ne l'ose encore, à la souveraineté de la majorité qui lui livrera infailliblement la Suisse. Il ne peut décidément trouver sa vie dans ces existences cantonales; c'est pour cela qu'il veut en sortir, c'est pour cela que je l'y voudrais voir définitivement fractionné : il y serait absorbé ou transformé par les éléments conservateurs que possède encore chacune des vingt-deux sociétés politiques de la Suisse.

Le radicalisme a trop ce sentiment pour se laisser persuader par nos notes et par nos conseils, il ne se désistera de son plan que forcé ; il ne reculera que devant l'impossibilité, et il ne verra l'impossibilité que dans la volonté des puissances étrangères. Il a douté, et il veut encore, quoique ébranlé, douter de celle de la France. Il fera tout pour en empêcher la manifestation ; s'il ne peut y réussir, il est possible que la position puisse encore être dominée et changée par la déclaration que feraient les puissances qu'elles ne permettront pas que l'on détruise dans aucun des vingt-deux États suisses l'indépendance qui leur a été reconnue par les actes de Vienne.

A défaut d'une déclaration formelle, si le gouvernement du roi ne croyait pas devoir aller jusque-là, le langage des légations pourrait être combiné de manière à faire craindre ce que l'on ne jugerait pas à propos d'annoncer ouvertement. Mais tout ce que

à je vois ici concourt à me persuader que plus notre langage sera positif, plus il aura de chances de prévenir la guerre civile avec tous ses malheurs, et, à sa suite, l'intervention armée avec tous ses inconvénients.

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LETTRES OFFICIELLES ADRESSÉES A DES SOUVERAINS. 483

Cette action exercée, soit séparément mais d'accord , soit en commun avec les autres puissances, loin d'avoir rien de contraire à notre système général en présenterait l'application sur ce théâtre spécial : elle ne serait pas le désaveu de notre politique dans l'affaire de Cracovie, elle en serait la confirmation; nous ferions parmi les vingt-deux États de la Suisse ce que nous faisons parmi les États de l'Europe : nous y protégerions les États les plus faibles contre l'oppression des plus puissants; nous n'attaquerions pas l'indépendance de la Confédération, nous y protégerions l'indépendance des petits cantons qui, fidèles à l'esprit qui a fait la Suisse , repoussent aujourd'hui la violence que les radicaux de Berne veulent leur faire subir chez eux, comme leurs ancêtres repoussaient la tyrannie des baillis de l'Autriche.

Lettres officielles adressées à des souverains.

Il peut se présenter, des cas assez graves pour qu'un secrétaire d'État s'adresse directement à un souverain étranger, lorsque le cabinet dont il est l'organe n'a pas d'agent qui le représente auprès de lui.

Il peut arriver aussi, dans quelques circonstances exceptionnelles, qu'un agent diplomatique se croie dans la nécessité d'écrire directement au souverain auprès duquel il est accrédité ou au chef d'une puissance étrangère. Des communications de ce genre sont une dérogation à l'étiquette des cours et aux usages établis, qui veulent qu'un Envoyé en fonctions ne puisse s'adresser officiellement à un souverain que par l'intermédiaire obligé de son ministre des affaires étrangères.

Ces lettres sont ordinairement très-courtes. Le si

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