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XCV. LETTRE.

De Madame de Maison au
Comte de Buífy.

A Autun, ce 19. Septembre 1Í50.

VOus avez fort bien jugé de mort mal, Monsieur , j'en ai été quitte pour une íkignée, & pour avoir gardé le lit quelques jours. Je vous crois fur ce que vous me mandez , qu'une inflamation de cœur ne seroit pas si aisée à guerir qu'une inflamation de gorge; on s'en peut raporter à vous, aprés le manuscrit que vous'm'avez fait lire. Te n'ai jamais oui parler de pareille chose , mon Cousin , vous méritez de passer fur l'arc des loïaux Amans, & d'avoir rang parmi les Héros qui pleuroient, qui tomboient malades , & qui mouroient pour leurs Maîrrelses. J'avoiscrû jusqu'à présent, qu'il ne s'en trouvoit que dans les Romans , mais vous avez fait voir qu'on en peut faire une Histoire.

La premiere lettre que vous écrivîtes à l'infidelle, quand elle voulut vous quitter, est incomparable ; je ne crois pa$ qu'en ce genre-là, il s'en puisse trouver de plus belle. Avec tout votre esprit, mon Cousinje vous désierois d'en faire autant à l'heure qu'il est. Vous ne vous en souvenez peut-être plus de cette lettre , mais je l'ai bien dans la tête ; Je trouve vos folies belles , mais enfin je les trouve folies.

J'aime fort l'approbation que vous donnez à la Harangue de mon frere , & quelque modestie que vous aïez fur le respect que vous rendez au jugement du Roy . je me défierois des applaudiísemens qu'a eû mon frere , s'il n'en avoit pas eû de votre part. Sur ce pied-là je dois bien être contente de moi, quand vous en dites du bien ; la liberté que je vous ai donnée d'en dire du mal, me rend vos louanges bien plus honorables. Si on avoit des inflamations de vanité, comme de gorge , j'aurois de la peine de m'empêcher d'en être malade fur votre parole. En verité, mon Cousin, vous me mettez en péril au moins de me faire tourner la tête. C'est à vous d'y songer, & de nie faire rentrer en moi-même au premier faux pas que je ferai. Voici une grande lettre, elle n'en vaudra pas mieux ; mais toujours y verrez-vous le plaisir que j'ai de vous entretenir , Sc .

cela lui donnera du mérite.

XCVI. LETTRE.

Du Comte de Bussy à Madame de Maison.

A Chaseu, ce 11. Septembre 169o.

DEpuis que nous avons commerce ensemble , ma chere Cousine , vous ne m'avez pas écrit une si jolie lettre que celle que j'ai reçue de vous. Elle est toute naturelle, avec des pensées agréables & fines. Voilà comme je vous voulois. Il me souvient en gros, que la premiere lettre que j'écrivis à mon Infidelle , quand elle voulut rompre avec moi, est une des plus belles qu'on puisse écrire fur ce sujet, & je demeure d'accord avec vous, que je n'en écrirois pas une de cette force à présent que je crois avoir plus d'esprit que je n'en avois alors. C'est qu'U faut sentir de l'amour pour en bien parler. Je ne suis point scandalisé de vous voir juger si habilement des sentimens tendres que vous n'avez point eusj mais il faut aussi que . je croie, que l'esprit en cette rencontre vous tient lieu de cœur. Je ne vous mets point en péril sur la vanité, ma Cousine, vous avez la tête bonne, si j'étois capable de vous la faire tourner, ce ne seroit pas sur cela.

XCVII. LETTRE.

De Moníieur Charpentier au Comte de Bussy.

A Paiis, ce 10. Septembre 1S9 9.

VOus n'avez que trop bitn deviné, Monsieur, quand vous avez crâ que je ne me portois pas bien^& je vous suis fort oblige de l'impatience que vous avez euë sur ce sujet.La plus grande incommodité que je reçoive de mon mal, c'est qu'il m'ôte le sommeil. Je ne íçaurois m'accoûtumer à perdre la moitié de ma vie, & il me déplaît de ne paroître pas sur le théatre avec les hommes, quoique je ne sois pas un des grands Acteurs. Mais, Monsieur, vous avez trouvez moïen de me consoler de mes maux en me donnant des marques de votre souvenir, 5c de l'honneur de votre amitié.

L'Armée de France, & celle des Impériaux sont si proches, que l'on croioit ces derniers jours qu'il y auroit un combat. Monseigneur a fait faire un mouvement à son Armée pour la mettre en état que les Ennemis ne la puissent attaquer qu'avec un grand desavantage. Monsieur de Baviere vouloir a toute force donner Bataille; mais Monsieur de Caprara, qui a la confiance de {'Empereur , lui a déclaré qu'il avoit ordre de ne pas hazarder les Troupes de son Maître,ce qui a donnéà lieu quelque mécontentement entr'eux. On tient que Monsi:ur de Caprara lui a fait entendre, qu'il y avoit dans l'Armée de Monseigneur quinze à seize mille hommes de Troupes invincibles, avec leíquelles il y a tout à perdre & rien à gagner. Le Comte deGrammont est parti ces derniers jours en poste, pour se trouver auprés de Monseigneur dans une Bataille, s'il y en a. On vient d'apprendre que Monsieur de Baviére s'est éloigné de notre Armée; ce qui fait croire qu'il ne se passera rien cette Campagne de considerable en Allemagne. On parle de quelques avantages remportez en Savoye par l'Armée du Roy j le Comman

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