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dant d'un gros Détachement a été pris.

Je vous envoie une lettre de Monsieur Boisselot Gouverneur de Limerick, par laquelle vous verrez l'état de nos affaires en Irlande. On a nouvelle que les Flottes Angloises & Hollandoises, fortes de quatre-vingt Vaisseaux, se sont remises en mer, & qu'on les a vû passer devant Calais. Les affaires se brouillent de nouveau à Rome. On mande que dans le Couvent des Cordeliers de Mantoiie, les Religieux étant au Refectoire, un grand nombre prirent querelle fur le sujet des intéi cts du Roy & du Prince d'Orange, les uns criansVive Francejes autres Vive Orange; leur chaleur alla si loin , qu'ils se firent des armes de tout ce qui se rencontra sur le lieu, & donnerent un petit combat, oû cinq de ces bons Peres demeurerent fur la place, & plusieurs furent dangereusement blessez.

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LETTRE

De Boisselot au Roy d'An-
gleterre.

Du S. Septembre i< jo.

Hier sur les deHx heures les Ennemis attaquerent le Chemin couvert; leur grand nombre & leur gros feu de grenades obligerent nos gens de se retirer derriére leur traverse du Chemin couvert, où ils tinrent ferme. Les Ennemis étant maîtres du Chemin couvert monterent à la bréche en grande foule, & même plusieurs Officiers & Grenadiers entrerent dans la Palissade de la retirade. Je leur avois caché une Batterie de canons chargez de cartouches, que je fis tirer à propos; & aprés les avoir intimidez de ce feu de mousquet &c de canon , je fis monter des Officiers de mon Régiment, & des Soldats choisis , pour les chasser l'épée à la main , & à coups de grenades & de bombes que l'on rouloit. Ils en furent chassez brusquement voulant faire leurs logemens, nos gens qui s'étoient retirez derriere la palisside,en même-tems chasserent les En

nemis de la Contrescarpe : il ne nous a pas paru qu'ils aient fait grand ouvrage cette nuit. Ils ont perdu bien du monde; car le Chemin couvert & la Contrescarpe sont pleins de corps morts. Les Officiers des Ennemis vouloient rallier leurs Soldats à coups de plat d'épée,. mais Us n'en ont pû venir à bout. Tous mes ordres se sont bien exécutez , & je suis trés-conrent des Irlandois. Cette action a duré quatre heures avec un trés-grand feu. Nous avoro eû deux cens hommes tuez ou blessez. J'ai perdu mon Lieutenant-Colonel , Beaupré tué fur la bréche , & mon Major Arpentigny blessé à mort. U y avoit hier au soir une grande constei nation parmi les Ennemis. Les Troupes qui nous ont attaquez font des Détachemens de Grenadiers de leur Armée, des Bataillons du Prince d'Orange , des Bataillons de Brandebourg , François & Danois. Nos Gens sont résolus à se bien défendre. On dit que les Ennemis ont perdu plus de dix mille hommes. Nous" avons pris dirux Officiers, un François , & un Ecossois.. Nos Gens ont gagné deux cens outils , quantité d'armes & de justes-au-corps,LesEnnemis ont fait.un; Détachement entre la tête de notre Tranchée & de notre Chemin couvert. Je les ai fait chaíïèr à coups d'épées & de piques. C'est un logement où il y avoit soixante hommes. Pendant l'attaque, le Prince d'Orange étoit au Fort de Crom

VC' XCVIII. LETTRE.

Pu Comte de Busly, à Monsieur Charpentier. y

A Chaseu ,ce 14. Septembre 1699.

JE vous plains fort, Monsieur, de ne pas bien dormir.L'insomnie virne de trop de chaleur , & la chaleur vient de l'insomnie. Ainsi ces maux deviennent la cause & l'efFet chacun à sor» tour. Rafraîchistez - vous. Si la saison n'étoit pas si avancée, je vous conseillerois de venir aux eaux de íainte Reine, & je vous offrirois ma maison de Busty pour les prendre , il n'y à qu'une demie lieue de l'un à l'autre. Mais il n'est pas que vous n'aïez quelque habile homme de vos amis qui pourroit modérer ces chaleurs. Mertee-y-ordre,Monfteur,& ne mêlez point > les affaires avec les remedes, il les faut prendre avec tranquillité.

11 n y aura point de bataille en Allemagne, & cela sera aussi glorieux à Monseigneur de rendre vains les grands efforts de l'Empire & des confederez fur le Rhin, qu'à Monsieur de Luxemboug d'avoir battu l'armée de Flandre. Je trouve que Caprara a raison d'aller bride en main avec Monseigneur , & de juger que si les armées du Roy en Flandre & en iavoye Jonc íuperieures à celles des Ennemis, celle du Rhin où est Monseigneur & la maison du Roy est bien plus terrible. La résistance de Boisselùt dans Límerictc fait bien de l'honneur aux Irlandois & à lui. C'est une hydre que la flotte des Ennemis; ils sont plus forts qu'avant que d'avoir été battus. La querelle des Cordeliers de Mantoue fait bien voir l'esprit du siecle qui ne permet à personne de demeurer neutre.

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