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CLXVIIÍ. LETTRE.

Du Comte de Buflfy à Mademoiselle du Pré.

A Chascu , ce ?. Avril 16fi.

VOus avez raison, Mademoiselle, de ne pas croire aux apparences. C'est le partage du vulgaire de juger par elles de toutes choses. Il faut un bon esprit pour approfondis les raisons de ce qui nous paroît presque toujours autrement qu'il n'est en effet, par exemple, un aûtre à votre place auroit crié toile contre moi , & auroit fait une injustice. Je nV vous ay point oubliée, Mademoiselle , & je ne vous ay jamais aimée plus que je fais; mais un enchaînement d'occup.uions, de devoirs & d'affaires m'ont ôté le temps de vous écrire, & ne m ont point empêché de songer à vous, & d'en parler souvent avec ma fille. Vous allez voir , Mademoilelle, que je ne fuis pas encore prêt à me rendre. Vous me demandez un Rondeau , & je vous envoye un Sonnet. Il n'y a que la mort de la Climene ou la mienne qui puisse

me faire taire ;j'ay du fond pour la persécuter jusqu'au tombeau, il n'a tenu qu'àelle que je l'eustè aimée jusques-là. Je vous remercie, Mademoiselle, de vos nouvelles, elles font plaisir en touc temps, & fur tout en celui-ci. Dans Ti m patience où le Roy doit être de prendre Mons , cela est bon & humain à lui d'aimer mieux le prendre trois jours plus tard & épargner deux cens hommes. Les soldats qui le sçaurontne s'épargneront pas. Les mouvemens que se donne le Prince d'Orange ne sauveront pas Mons ; il falloit s'y rendre pìûtôt. Je croy qu'il ne pense qu'à mettre le reste de la Flandre en fureté.

Les difficultex que font les Brandebourgs & les Munsteriens de marcher , sont de choses qui arrivent toujours dans les ligues : les uns se pressent, les autres non, & cela fait qu'un seul Prince moins fort en hommes que des confédére? , non seulement leur résiste, mais encore les bat souvent.

Monsieur de Catinat me paroît un homme d'un grand mérite; quand on le verra arriver aux grands honneurs de la guerre, personne nc devra être surpris.

Je suis ravi que Fontenelle soit devenu mon confrere. Il y a quelque temps qu'il est mon ami, & je lui ai donné ma voix pour l'Académie auffi-tôt que je I'ai connu.

Tant que vous ferez d'aussi jolis vers, Mademoiselle , vous feriez grand tort à vos amis de les supprimer, rernettonsnous en goôc, il sera beau à nous de ne rien laisser à dire à la posterité, sur les deux sujets que nous nous sommes présents.

S ONNET

CONTRE UNE INFIDULE.

Uand Iris me quitta jc me pris aux cheveirxj

J'en cus , je le confesse > une douleur mcrtellej

Et ne pouvant pas vivre , & la voir in- fidelle,

Aussi-tót à la mort allerent tous mes vœux.

Audi ne crois-je pas que jamais nos neveux

Fuissent voir une Iris ,si folle & si cruelle,

Car j'avois au monde tout abandonné pour elle ,

Et rien n'étoit égal à l'ardeur de mes feux.

Cependant, qui l'eut. crû? l'ingrate , la perfldíï Avec un œil fort sec me vit un oeil Rumidc, Cc qui sans grand sujet m'arrive peu souvent.

Combien de sa constance avois-jc de paroies?

Mais de pareils sermens qui font souvent . frivoles Autant en emporte le vent,

CLXIX. LETTRE.

Du Marquis de * * au Comte de BufTy.

An Camp de Maubeuge >ce4. Avril i6ft.

NOus arrivons ici de Philippeville, Monsieur, & comme nous ne sommes qu'à trois lieues du Siége de Mons, & qu'une heure apréslesévenemens,nous en sçavons le dérail, je vais vous mander ce qui s'y est passé jusqu'à présent. La nuit du premier au second du mois le Roy fit attaquer l'Ouvrage à Corne qui étoit fort ruiné du canon. Monsieur de Bousiers étoit de jour, 6c une partie du Régiment des Gardes Françoises avoit monté la Tranchée. Les Ennemis ayant abandonné cet Ouvrage sans beaucoup de résistance, nous nous en rendîmes les maîtres; mais comme ils se retiroient brusquement, un de leurs Soldats jetta sa méche en fuyant dans une barique de poudre , qui en sautant en l'air fit croire aux nôtres que c'étoit une mine, de sorte qu'ils se mirent à fuir sans que les Officiers les pussent retenir. Les Ennemis s'en étant apperçûs, se rejetterent dans l'Ouvrage à Corne malgré la résistance de nos Officiers. Monsieur de Bousiers fut légerement blessé d'une balle au cou. Le Chevalier de Saillan est prisonnier à ce qu'on croit. Contade, Vauroiiy & plusieurs autres ont été blessez. Le Roy ne voulut pas donner aux Ennemis le temps de se reconnoître,. Sc pour cela il fit attaquer cet Ouvrage à la pointe du jour en fa presence par un détachement de quarante Mousquetaires de chaque Compagnie, soutenus par un autre de ses Grenadiers à cheval, Sc des Grenadiers dé plusieurs Régimens del'Armée. Ces détachemens chasserent entiérement les Ennemis de l'Ouvrage à Corne , & y firent un bon logement. Nous y avons perdu le fils du Prince de Courtenay, Mousquetaire, & deux autres. Depnis cela on a chasse les Ennemis d'une espece

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