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Payenne » je n'aurois reconnu d'autre Divinité que la gloire.

CXÇÍV. LETTRE.

Du Comte de Bussy à la Comteílè de Dalet fa fille.

A Fontainebleau, ce \6. O^obre

MOnsieur de Harlay m'est venu voir aujourd'huy fur les cinq heures du soir, pour me dire que Monsieur de Pontchartrain me faisoit chercher par rout, & que n'ayant poiHt appris où je logeois, il lui avoit envoyé dire qu'il avoit à me parler de la part du Roy. Nous sommes allez aussi-tôt, Monsieur de Harlay & moi chez le Ministre.il m'a dit : J'ay ordre du Roy, Monsieur , de vous faire expédier le Brevet d'une Pension de quatre mille livres. Allez en rémercier Sa Majesté. J'ay été au Louvre, & j'ay dit au Roy: Je fuis transporté de joye , Sire , de la grace que je viens de recevoir de Votre Majesté, & j'en ai la plus vive reconnoisiànce qu'on puisse jâmais avoir pour son Maître. Le Roy m'a dit :Je n'ai pas voulu vous le dire moimême ce matin , parce que j'ay crû que c'étoittrop peu de chose pour vous. Ah! Sire, lui ai-je répondu en me jettant à ses genoux, vos manieres sont encore plus obligeantes que vos bienfaits II m'a dit, en me faisant relever : Je suis bien aise que vous soyez content.

Le Gouvernement de Champagne vient d'être donné à Monsieur de Soubise,& celui de Berry qu'il avoit.à Monsieur Daubigny , frere de Madame de Maintenon. Le Gouvernement d'Ypres qu'avoit la Trousse , & vacant par sa mort, a été donné à Monsieur de Tessé. Il arriva ici il y a quatre ou cinq jours uue chose qui surprit tout le monde. Le Prince de Courtenay & la Vauguyon , tirerent l'épée dans le Vestibule qui est entre la Chapelle de Freminet, & l'appartement du Roy d'Angleterre. Les témoins ont dit que Lavauguyon étoic l'Agresseur. Auíïï-tôt qu'on les a eû séparez, celui-ci a couru à l'appartement du Roy , & s'est jette à ses pieds en lui disant, qu'il lui apportoit sa tête, aprés ce qu'il venoit de faire. Le Roy lui a dit de se retirer chez,lui, & que le GrandPrevost lui rendroit compte de la chose. Sa Majesté a envoyé faire le même com

mandement au Prince de Courtenay. C'est un crime capital que de tirer l'cpce dans le Louvre; cependant comme sur le champ Lavauguyon est allé trouver le Roy, on croit qu'il lui fera grace; car pour Monsieur de Courtenay, on ne se laisse point tuer en aucun lieu du monde faute de mettre l'épée à la main. J'étois hier au dîné du Roy à côté de sa chaise , prés de Termes , lequel me parlant du combat de Sebastien de Rabutin, bâtard de notre Maison , contre un loup-cervier quiétoit dans la Forest de Milly, le Royquinousentendoitunpeu, me demanda ce que c'étoit ; je lui coatai cette avanture, & j'ajoutay qu'Henry II. l*avoit fait peindre dans la salle des Suisses de Fontainebleau sur la porte qui va à 1$ petite Chapelle.

CXCV. LETTRE.

De la Comteíse de Dalet au
Comte de Bussy.

ÀChascu,ce jo. Octobre líjl.

W 'Etois si cnyvrée de joye en lisant voJ tre Lettre, Monsieur , que je dansois en l'achevant. J'ai bû à la lanté du Roy, j'y ai fait boire tout ce qui s'est trouvé ici. Je- riois du bienfait, je pleurois de reconnoissance; enfin j'ay éprouvé que l'excés de la joie avoit assez l'air de la folie , & je comprends bien qu'elle peut faire perdre la raison, & quelquefois la vie. Il y en a des exemples, & je crois que j'enserois un, si vous deveniez jamais Roy de quelque Royaume électif; à moins que de cela, je veux vivre pour ne voas point quitter. C'est tout ce que pourroit faite une Couronne, de vous consoler de moi ; vos bontez pour moi m'en assurent, & je croi aussi que vous êtes bien content de mon cœur. Il ne m'est pas possible de faire une seule réflexion fur toutes les nouvelles que vous me mandez. Jc vous dirai seulement, sur celles qui vous regardent,que vous devez être bien content d'éprouver aujourd'hui que Dieu récompense toujours un cœur confiant & résigné.

CXCVI. LETTRE.

De Monsieur de la Bruyère Auteur des Caractères fur les mœurs du Siécle , au Comte de Bussy.

A Paris, ce 9. Décembre líjï.

SI vous ne vous cachiez pas de vos bienfaits , Monsieur , vous auriez plutôt mon remerciement. Je vous le dis sans compliment , la maniere dont vous venez de m'obliger m'engage pour toute ma vie à la plus vive reconnoiflance dont je puisse être capable. Vous aurez bien de la peine à me fermer la bouche ; je ne puis me taire fur cette circonstance qui me dédommage de n'avoir pas été reçu dans un corps à qui Vous fau tes tant d'honneur. Les Altesses à qui je fuis, seront informées de tout ce que vous avez fait pour moi, Monsieur. Les sept voix qui ont été pour moi, je ne les

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