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roit point de François pour se servir des leçons qu'ils auroient prises dans cette guerre; mais Dieu & le Roy y mec tront bon ordre. Je voudrois bien qae les Turcs ne fissent point la paix : mais je voudrois auíîì qu'ils fissent mieux la guerre , c'est qu'ils n'ont point de tête pour soutenir le méchant état de leurs affaires, & cela me fait craindre 8c croire qu'ils feront enfin un traité.

Il me paroît que le Roy a raison de mettre des Princes du Sang à la tête de ses armées, sur tout quand il en commande une lui-même. Les troupes feront mieux leur devoir sous des Princes du sang que sous des Gentilshommes. Il ne faut pas seulement que ceuxci sçachent bien la guerre pour être dignement respectez , il faut encore qu'ils a'rent de l'esprit, l'air grand & les maniéres nobles ; & où les trouverezvous ainsi en France aujourd'hui?

Je suis comme vous , Monsieur; je croi le Ray la meilleure piéce de nôtre sac. On me vient de mander que Monsieur de Schomberg n'est pas mort,. & ce qui le fait croire , c'est qu'il se va marier ; mais c'est une marque s à foixante & dix ans qu'il a , qu'il veut bien- tôt mourir. Pour les canons & les autres choses prises au S. Siége dans le Comtat d'Avignon , je croi qu'on les a rendues quand on a rendu la Place.

LV. LETTRE.

De Madame de Maisons au Comte de Bussy.

A Autunj ce s 4. Janvier 1690.

C'Etoit assez, mon Cousin, de n'avoir point l'honneur de vous voir aujourd'hui aprés m'y être attendue , sans apprendre que vous êtes malade; Ce sont deux chagrins dont vous pouviez m'épargner la moitié. J'espere que vous ne me laisserez pas long-tems me plaindre de vos maux &c de vôtre absence. Quand on aime bien ses amis, on se porte bien , & on les vient voir souvent. Voilà les seules preuves que je demande de vôtre amitié.

On me mande que le Marquis de Saint-Simon a été mort vingt - quatre heures: & comme on vouloit l'enterjrer , il pria qu'on remît la cérémonie à une autre fois. Envoïez-moi vos nouvelles , Monsieur , vous ne manquez pas de gens qui vous en mandent. Ils sont assez bien païez par vos réponses, 8c par le soin que vous prenez de les faire connoître à la postérité. Ce qui me réjouit, c'est qu'elle n'aura que mes restes & que j'aurai eu avant elle le plaisir de vous lire & de vous admirer. On m'a dit qu'on vous avoit envoie des Vaudevilles. S'ils sont propres à passer par une grille , envoyez - les moi.

LVI. LETTRE.

Du Comte de Bussy à Madame de Maisons.

A Autun, ce ij. Jaayierií^o.

VOus ne sçauriez croire , ma chere Cousine , combien je fuis content de vôtre Lettre; je l'ai lûc en bonne compagnie , on a battu des mains , on l'a trouvée naturelle, avec des traits délicats & vifs , enfin elle est de mon goût. L'endroit où vous dites que la postérité n'aura que vos restes, est plaisamment dit, je le trouverois tel, quand il ne me flatceroit pas. Je voudrois bien , Madame, que ceux qui m'écrivent des nouvelles, les égaiassent comme vous ; vous avez trouve le secret de me faire rite de la létargic de Monsieur de Saint-Simon, quoique ce soit la matiere du monde la plus triste. Je vous envoïe les chansons que vous me demandez. Elles peuvent passer par une grille auíîi honnête que la vôtre. Dieu n'y est point offensé , car on peut en conscience médire en gros du genre humain, il n'y à que le détail de défendu. Sainte Thérese en auroit fait un sujet de méditation. J'iray vous apprendre l'air au

}>remier jour, vous en ferez après cea l'usage qu'il vous plaira, il est assez commode de pouvoir chanter & prier ds la même chose.

LVII. LETTRE.

De L'Abbé de Thefut au Comte de Buffy.

A Parisj ce t6. Janvier 1690.

T E Maréchal de Lorges a manqué d'é/ *"*"tre pris ces jours passez par un party des Ennemis prés d'Huningue, il n'avoit avec lui que quarante Dragons.

On prétend que les Hollandois sont assez disposez à s'accommoder avec nous. La crainte que leur Commerce ne soit tout à fait ruiné par les Vaisseaux du Roy , & d'ailleurs les réflexions qu'ils ont faites sur la conduite un peu hautaine du Prince d'Orange, leur donnent lieu de songer à eux.Si cela étoir,le chapelet commenceroit à défiler. On ne dit rien de positif d'Angleterre ni de Rome. Monsieur le Maréchal d'Humiéres vient à la Cour pour le mariage de sa fille. Le bruit est qu'il y a tre'nte-deux amans sur le tapis. L'Abbé B;rrier quitte ses Bénéfices pour faire du Prieuré de Pcrrecy une maison comme celle de la Trappe.

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