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même je supposai expressément qu'il n'y avoit en elle aucune de ces formes ou qualités dont on dispute dans les écoles, ni généralement aucune chose dont la connoissance ne fût si naturelle à nos âmes qu'on ne pût pas même feindre de l'ignorer. De plus, je fis voir quelles étoient les lois de la nature; et, sans appuyer mes raisons sur aucun autre principe que sur les perfections infinies de Dieu, je tâchai à démontrer toutes celles dont on eût pu avoir quelque doute, et à faire voir qu'elles sont telles qu'encore que Dieu auroit créé plusieurs mondes, il n'y en sauroit avoir aucun où elles manquassent d'être observées. (87)

a DESCARTES: Mais encore que tout ce que nos sens ont jamais expé

rimenté dans le vrai monde semblât manifestement être contraire à ce qui est contenu dans ces deux règles, la raison qui me les a enseignées me semble si forte, que je ne laisserois pas de croire être obligé de les supposer dans le nouveau que je vous décris: car quel fondement plus ferme et plus solide pourrait-on trouver pour établir une vérité, encore qu'on le voulût choisir à souhait, que de prendre la fermeté même et l'immutabilité qui est en Dieu ?

Or est-il que ces deux règles suivent manifestement de cela seul que Dieu est immuable, et qu'agissant toujours en même sorte, il produit toujours le même effet : car, supposant qu'il a mis certaine quantité de mouvement dans toute la matière en général dès le premier instant qu'il l'a créée, il faut avouer qu'il y en conserve toujours autant ou ne pas croire qu'il agisse toujours en même sorte; et supposant avec cela que dès ce premier instant les diverses parties de la matière en qui ces mouvements se sont trouvés inégalement dispersés, ont commencé à les retenir, ou à les transférer de l'une à l'autre selon qu'elles en ont pu avoir la force, il faut nécessairement penser qu'il leur fait toujours continuer la

même chose ; et c'est ce que contiennent ces deux règles. (iv, 259) b Voir le Disc. de la Méth., renv. 66, 85, 103. C BHAGAVATA: Non il n'y a pas ici - bas, pour l'homme entrant en ce

monde, d'autre route de bonheur que celle qui le conduit à la pra

tique de la dévotion à Bhagavat. (215, 33). d Non il n'y a pas pour les Yôgins de chemin qui puisse aussi heureu

sement les conduire à la possession de Brahma que la dévotion

qui s'applique à Bhagavat, l'âme de toutes choses. (519, 26) e ORPHÉE : Aie toujours les yeux fixés sur les préceptes divins et ne

les en détache pas: scrute toujours d'un regard sévère les profondeurs intellectuelles de ton âme, marche d'un pas ferme dans la

voie droite et ne contemple que le roi immortel de l'univers. (65) f PINDARE: Puisqu’un Dieu bienfaisant nous montre la route à suivre

dans chacune de nos actions, suivons-la et nous atteindrons le

plus noble but. (236) § Voir renv. 38 g. h BOUILLIER : Telle est la confiance de Leibniz à ces principes à priori

puisés dans l'idée de la perfection de Dieu qu'il applique à l'interprétation de la nature et tel est aussi le sens dans lequel il a dit :

(87)

« La vraie physique doit être puisée à la source des perfections « divines. » (Discours de la conformité de la loi et de la raison.

Voir : Leibniz, édit., Dutens, II, 131.) (11, 448) i FLOURENS : Buffon avait dit, avec une rare éloquence, qu'il existe une

conformité constante, un dessein suivi, une ressemblance cachée plus merveilleuse que les différences apparentes. « Il semble, » disait-il dans son beau langage, « il semble que l'Etre suprême n'a « voulu employer qu'une idée et la varier en même temps de toutes « les manières possibles, afin que l'homme pùt admirer également ( et la magnificence de l'exécution et la simplicité du dessein. »

L'unité de dessein, de plan, d'idée, avait donc été vue par Buffon; elle le fût, après Buffon, par Camper, par Vicq-d'Azyr. M. Geoffroy la vit à son tour, mais d'une vue originale, neuve, profonde ; et c'est parce qu'il la vit ainsi, qu'il en fit sortir une science inconnue de tous avant lui, l'anatomie philosophique. (1, 252)

Après cela je montrai comment la plus grande part de la matière de ce chaos devoit, en suite de ces lois, se disposer et s'arranger d'une certaine façon qui la rendoit semblable à nos cieux; comment cependant quelques-unes de ses parties devoient composer une terre, et quelques-unes des planètes et des comètes, et quelques autres un soleil et des étoiles fixes. Et ici, m'étendant sur le sujet de la lumière, j’expliquai bien au long quelle étoit celle qui se devoit trouver dans le soleil et les étoiles, et comment de là elle traversoit en un instant les immenses espaces des cieux, et comment elle se réfléchissoit des planètes et des comètes vers la terre. J'y ajoutai aussi plusieurs choses touchant la substance, la situation, les mouvements et toutes les diverses qualités de ces cieux et de ces astres; en sorte que je pensois en dire assez pour faire connoître qu'il ne se remarque rien en ceux de ce monde qui ne dût ou du moins qui ne pût paroître tout semblable en ceux du monde que je décrivois. De là je vins à parler particulièrement de la terre : comment, encore que j'eusse expressément supposé que Dieu n'avoit mis aucune pesanteur en la matière dont elle étoit composée, toutes ses parties ne laissoient pas de tendre exactement vers son centre; comment y ayant de l'eau et de l'air sur sa superficie, la disposition des cieux et des astres, principalement de la lune, y devoit causer un flux et reflux qui fût semblable en toutes ses circonstances à celui qui se remarque dans nos mers, et outre cela un certain cours tant de l'eau que de l'air, du levant vers le couchant, tel qu'on le remarque aussi entre les tropiques; comment les montagnes, les mers, les fontaines et les rivières pouvoient naturellement s'y former, et les métaux y venir dans les mines, et les plantes y croître dans les campagnes, et généralement tous les corps qu'on nomme mêlés ou composés s'y engendrer: et, entre autres choses, à cause qu'après les astres je ne connois rien au monde que le feu qui produise de la lumière, je m'étudiai à faire entendre bien clairement tout ce qui appartient à sa nature, comment il se fait, comment il se nourrit, comment il n'a quelquefois que de la chaleur sans lumière, et quelquefois que de la lumière sans chaleur; comment il peut introduire diverses couleurs en divers corps, et diverses autres qualités; comment il en fond quelques-uns et en durcit d'autres; comment il les peut consumer presque tous ou convertir en cendres et en fumée; et enfin comment de ces cendres, par la seule violence de son action, il forme du verre : car cette transmutation de cendres en verre me semblant être aussi admirable qu'aucune autre qui se fasse en la nature, je pris particulièrement plaisir à la décrire.

Toutefois je ne voulois pas inférer de toutes ces choses que ce monde ait été créé en la façon que je proposois, car il est bien plus vraisemblable que, dès le commencement, Dieu l'a rendu tel qu'il devoit être. Mais il est certain, et c'est une opinion communément reçue entre les théologiens, que l'action par laquelle maintenant il le conserve est toute la même que celle par laquelle il l'a créé ; de façon qu'encore qu'il ne lui auroit point donné au commencement d'autre forme que celle du chaos, pourvu qu'ayant établi les lois de la nature, il lui prêtât son concours pour agir ainsi qu'elle a de coutume, on peut croire, sans faire tort au miracle de la création, que par cela seul toutes les choses qui sont purement matérielles auraient pu avec le temps s'y rendre telles que nous les voyons à présent; et leur nature est bien plus aisée à concevoir lorsqu'on les voit naître peu à peu en cette sorte que lorsqu'on ne les considère que toutes faites. (88)

(88) a DESCARTES : Car bien que ces lois de la nature soient telles que,

quand bien même nous supposerions le chaos des poëtes, c'està-dire une entière confusion de toutes les parties de l'univers, on pourrait toujours démontrer que par leur moyen cette confusion doit peu à peu revenir à l'ordre qui est à présent en ce monde,

(111, 214) b Ajoutons à cela que cette matière peut être divisée en toutes les

parties et selon toutes les figures que nous pouvons imaginer, et que chacune de ses parties est capable de recevoir en soi tous les mouvements que nous pouvons aussi concevoir; et supposons de plus que Dieu la divise véritablement en plusieurs telles parties, les unes plus grosses, les autres plus petites ; les unes d'une figure, les autres d'une autre, telles qu'il nous plaira de les feindre; non pas qu'il les sépare pour cela l'une de l'autre, en sorte qu'il y ait quelque vide entre deux, mais pensons que toute la distinction qu'il y met consiste dans la diversité des mouvements qu'il leur donne, faisant que, dès le premier instant qu'elles sont créées, les unes commencent à se mouvoir d'un côté, les autres d'un autre ; les unes plus vite, les autres plus lentement (ou même, si vous voulez, point du tout), et qu'elles continuent par après leur mouvement suivant les lois ordinaires de la nature : car Dieu a si merveilleusement établi ces lois, qu'encore que nous supposions qu'il ne crée rien de plus que ce que j'ai dit, et même qu'il ne mette en

(88)

ceci aucun ordre ni proportion, mais qu'il en compose un chaos le plus confus et le plus embrouillé que les poëtes puissent décrire, elles sont suffisantes pour faire que les parties de ce chaos se démêlent d'elles - mêmes, et se disposent en si bon ordre, qu'elles auront la forme d'un monde très parfait, et dans lequel on pourra voir non seulement de la lumière, mais aussi toutes les autres choses, tant générales que particulières, qui paraissent dans ce vrai monde. (iv, 250)

De la description des corps inanimés et des plantes je passai à celle des animaux, et particulièrement à celle des hommes. Mais pour ce que je n'en avois pas encore assez de connoissance pour en parler du même style que du reste, c'est-à-dire en démontrant les effets par les causes, et faisant voir de quelles semences et en quelle façon la nature les doit produire, je me contentai de supposer que Dieu formât le corps d'un homme entièrement semblable à l'un des nôtres, tant en la figure extérieure de ses membres qu'en la conformation intérieure de ses organes, sans le composer d'autre matière que de celle que j'avois décrite, et sans mettre en lui au commencement aucune âme raisonnable, ni aucune autre chose pour y servir d'âme végétante ou sensitive, sinon qu'il excitât en son cœur un de ces feux sans lumière que j'avois déjà expliqués, et que je ne concevois point d'autre nature que celui qui échauffe le foin lorsqu'on l'a renfermé avant qu'il fût sec, ou qui fait bouillir les vins nouveaux lorsqu'on les laisse cuver sur la râpe : car, examinant les fonctions qui pouvoient en suite de cela être en ce corps, j'y trouvois exactement toutes celles qui peuvent être en nous sans que nous y pensions, ni par conséquent que notre àme, c'est-à-dire cette partie distincte du corps dont il a été dit ci-dessus que la nature n'est que de penser, y contribue, et qui sont toutes les mêmes en quoi on peut dire que les animaux sans raison nous ressemblent, sans que j'y en pusse pour cela trouver aucune de celles qui, étant dépendantes de la pensée, sont les seules qui nous appartiennent en tant qu'hommes : au lieu que je les y trouvois toutes par après, ayant supposé que Dieu créât une âme raisonnable, et qu'il la joignit à ce corps en certaine façon que je décrivois. (89)

(89)

a Voir le Disc. de la Méth., renv. 88, 93. b Les lecteurs curieux d'étudier la théorie de la réminiscence pourront

lire la citation a du renvoi 96, en y ajoutant :

Ce que Descartes a écrit sur les sens et les sensations, à la fin de ses Principes de Philosophie, Tome it, fo 499.

Le commencement du traité de L'Homme : « Je suppose que le corps... », Tome iv, f° 35.

Le passage des Lois de Platon commençant par ces mots : « Formons-nous maintenant... » Liv. I, Tome viii, 1° 38.

Mais afin qu'on puisse voir en quelle sorte j'y traitois cette matière, je veux mettre ici l'explication du mouvement du caur et des artères, qui étant le premier et le plus général qu'on observe dans les animaux, on jugera facilement de lui ce qu'on doit penser de tous les autres ; (90)

(90)

a Voir la seconde partie du traité « De la formation du fætus ", Des

CARTES, IV 437.

Et, afin qu'on ait moins de difficulté à entendre ce que j'en dirai, je voudrois que ceux qui ne sont point versés en l'anatomie prissent la peine, avant que de lire ceci, de faire couper devant eux le cour de quelque grand animal qui ait des poumons, car il est en tout assez semblable à celui de l'homme et qu'ils se fissent montrer les deux chambres ou concavités qui y sont: premièrement celle qui est dans son côté droit, à laquelle répondent deux tuyaux fort larges, à savoir : la veine cave, qui est le principal réceptacle du sang, et comme le tronc de l'arbre dont toutes les autres veines du corps sont les branches; et la veine artérieuse, qui a été ainsi mal nommée, pour ce que c'est en effet une artère, laquelle, prenant son origine du cour, se divise, après en être sortie, en plusieurs branches, qui vont se répandre partout dans les poumons; puis celle qui est dans son côté gauche, à laquelle répondent en même façon deux tuyaux qui sont autant ou plus larges que les précédents, à savoir : l'artère veineuse, qui a été aussi mal nommée, à cause qu'elle n'est autre chose qu'une veine, laquelle vient des poumons, où elle est divisée en plusieurs branches entrelacées avec celles de la veine artérieuse; et celles de ce conduit qu'on nomme le sifflet, par où entre l'air de la respiration ; et la grande artère qui, sortant du cour, envoie ses branches par tout le corps. Je voudrois aussi qu'on leur montråt soigneusement les onze petites peaux qui, comme autant de petites portes, ouvrent et ferment les quatre ouvertures qui sont en ces deux concavités, à savoir: trois à l'entrée de la veine cave, où elles sont tellement disposées qu'elles ne peuvent aucunementempêcher que le sang qu'elle contient ne coule dans la concavité droite du cour, et toutefois empêchent exactement qu'il n'en puisse sortir; trois à l'entrée de la veine artérieuse, qui, étant disposées tout au contraire, permettent bien au sang qui est dans cette concavité de passer dans les poumons, mais non pas à celui qui est dans les poumons d'y retourner; et aussi deux autres à l'entrée de l'artère veineuse, qui laissent couler le sang des poumons vers la concavité gauche du cour, mais s'opposent à son retour; et trois à l'entrée de la grande artère, qui lui permettent de sortir du cour, mais l'empêchent d'y retourner: et il n'est pas besoin de chercher d'autre raison du

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