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mais que, né pour connaître ce qui est réellement, il y tend avec une ardeur et des efforts que rien ne peut retenir ni surmonter... (vli, 301)

j ÉPICTÈTE : Il n'y a peut-être pas grand inconvénient à ignorer com

ment on juge des couleurs, des odeurs et des saveurs ; mais ignorer le moyen de juger le bien et le mal, ce qui est conforme ou non à la nature de l'homme, n'est-ce pas le plus grand des maux ? - Sans doute.... - Puisque tu es pénétré de cette vérité tu ne t'occuperas et n'appliqueras désormais ton esprit qu'à acquérir la faculté de juger ce qui est conforme à la nature pour t'en servir

dans le discernement de chaque chose en particulièr. (49) k Celui qui ignore ce qu'il est, pourquoi il a été créé, pourquoi il est

dans un monde tel que celui-ci et au milieu de quelle sociélé il vit, qui ignore ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est honnèle, ce qui est honteux... qui ne sent ni le vrai ni le faux,... ne parviendra jamais à régler ses désirs sur la nature des choses... Il errera comme s'il était sourd et aveugle. Ce sera un homme nul

tout en ayant l'air d'être quelque chose. (259) 1 Comme disait Socrate, il ne faut pas passer sa vie sans examiner les

motifs de ses actions; de même il ne faut pas admettre de pensée sans l'avoir examinée... (313)

Il est vrai que pendant que je ne faisois que considérer les mours des autres hommes, je n'y trouvois guère de quoi m'assurer et que j'y remarquois quasi autant de diversité que j'avois fait auparavant entre les opinions des philosophes. En sorte que le plus grand profit que j'en retirois étoit que, voyant plusieurs choses qui, bien qu'elles nous semblent fort extravagantes et ridicules, ne laissent pas d'être communément reçues et approuvées par d'autres grands peuples, j'apprenois à ne rien croire trop fermement de ce qui ne m'avoit été persuadé que par l'exemple et par la coutume ; et ainsi je me délivrois peu à peu de beaucoup d'erreurs qui peuvent offusquer notre lumière naturelle et nous rendre moins capables d'entendre raison. (23)

(23)

a Voir le Discours de la méthode aux renvois 27, 49, 52, 70. b CONFUCIUS : La première chose à laquelle il faut travailler est de rec

tifier son entendement en le délivrant de l'erreur et des préjugés. (1) C PLATON : L'auteur des choses... lui attribua (au monde) un mouve

ment approprié à la forme de son corps, celui des sept qui se rapporte le plus étroitement à l'intelligence et à la pensée. (Timée, vi, 186). Et pour préciser ce mouvement, on peut prendre la contrepartie de celui que Platon attribue au végétal : ... Comme toute son agitation est concentrée en lui-même, qu'il résiste à tout mouvement étranger et n'use que de celui qui lui est propre, il ne lui a pas été donné de raisonner sur ce qui lui est utile ou nuisible ni

de se connaître soi-même. (Ibid. 272) d ÉPICTÈTE : Les philosophes nous avertissent qu'il ne faut pas se con

tenter seulement de l'instruction, mais encore y ajouter la médi

(23)

tation, puis l'exercice ; car il nous a fallu bien du temps pour prendre les habitudes (mauvaises) et nous nous sommes familiarisés avec des opinions tout à fait opposées au droit sens et à la raison. (163)

Mais, après que j'eus employé quelques années à étudier ainsi dans le livre du monde et à tâcher d'acquérir quelque expérience, je pris un jour résolution d'étudier aussi en moi-même, (241)

(24)

a PLATON : ... Thalès de Milet, Pittacus de Mitylène, Bias de Priène,

notre Solon, Cléobule de Lynde, Myson de Chène, et Chilon de Lacédémone, le septième sage. Tous ces sages-là ont été les sectateurs de l'éducation lacédémonienne, comme cela paraît encore par les courtes sentences que l'on a conservées d'eux. S'étant trouvés un jour tous ensemble, ils consacrèrent à Apollon, comme prémices de leur sagesse, ces deux sentences qui sont dans la bouche de tout le monde, et qu'ils firent écrire sur la porte du temple

de Delphes : Connais-toi toi-même et Rien de trop. (11, 71) b Ne pas se connaitre soi-même, est-ce être sage ou fou? - C'est être

fou. - Et par conséquent, continuai-je, se connaître soi-même, c'est être sage ? — Je le pense, me dit-il. – Ainsi donc, à ce qu'il paraît, l'inscription du temple de Delphes nous exhorte à prati

quer la sagesse et la justice? – Il y a apparence. (x, 130) c Mais est-ce une chose bien facile que de se connaître soi-même ?... Ou

est-ce au contraire une chose d'une si grande difficulté et qui ne soit pas donnée à tous les hommes ?... (1, 210)

d SocRATE : Celui qui nous ordonne de nous connaître nous-mêmes,

nous ordonne donc de connaître notre âme ? — ALCIBIADE: Je le crois. – SOCRATE : Celui qui ne connaît que son corps connait donc ce qui est à lui, et ne connait pas ce qui est lui ? (1, 217)

et d'employer toutes les forces de mon esprit à choisir les chemins que je devois suivre; ce qui me réussit beaucoup mieux, ce me semble, que si je ne me fusse jamais éloigné ni de mon pays ni de mes livres.

DEUXIÈME PARTIE

J'étois alors en Allemagne, où l'occasion des guerres qui n'y sont pas encore finies m'avoit appelé; et, comme je retournois du couronnement de l'empereur vers l'armée, le commencement de l'hiver m'arrêta en un quartier où, ne trouvant aucune conversation qui me divertît, et n'ayant d'ailleurs, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurois tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avois tout le loisir de m'entretenir de mes pensées : (25)

(25) a LUCRÈCE : Au reste, Memmius, prète en ma faveur toute l'attention

que je désire : et pour connaître la vraie raison, dépouille-toi de toute sorte de soucis. (9)

entre lesquelles l'une des premières fut que je m'avisai de considérer que souvent il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces, et faits de la main de divers maîtres, qu'en ceux auxquels un seul a travaillé. Ainsi voit-on que les bâtiments qu'un seul architecte a entrepris et achevés ont coutume d'être plus beaux et mieux ordonnés que ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder en faisant servir de vieilles murailles qui avoient été bâties à d'autres fins. Ainsi ces anciennes cités qui, n'ayant été au commencement que des bourgades, sont devenues par succession de temps de grandes villes, sont ordinairement si mal compassées, au prix de ces places régulières qu’un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine qu'encore que, considérant leurs édifices chacun à part, on y trouve souvent autant ou plus d'art qu'en ceux des autres, toutefois, à voir comme ils sont arrangés, ici un grand, là un petit, et comme ils rendent les rues courbées et inégales, on diroit plutôt que c'est la fortune que la volonté de quelques hommes usant de raison qui les a ainsi disposés. Et si on considère qu'il y a eu néanmoins de tout temps quelques officiers qui ont eu charge de prendre garde aux bâtiments des particuliers pour les faire servir à l'ornement du public, on connaîtra bien qu'il est malaisé, en ne travaillant que sur les ouvrages d'autrui, de faire des choses fort accomplies. Ainsi je m'imaginai que les peuples qui, ayant été autrefois demisauvages, et ne s'étant civilisés que peu à peu, n'ont fait leurs lois qu'à mesure que l'incommodité des crimes et des querelles les y a contraints, ne sauroient être si bien policés que ceux qui, dès le commencement qu'ils se sont assemblés, ont observé les constitutions de quelque prudent législateur. Comme il est bien certain que l'état de la vraie religion, dont Dieu seul a fait les ordonnances, doit être incomparablement mieux réglé que tous les autres. Et, pour parler des choses humaines, je crois que si Sparte a été autrefois très florissante, ce n'a pas été à cause de la bonté de chacune de ses lois en particulier, vu que plusieurs étoient fort étranges et même contraires aux bonnes mæurs; mais à cause que, n'ayant été inventées que par un seul, elles tendoient toutes à même fin. (26)

(26)

a PLATON : Je suis en effet dans la persuasion qu'une loi n'est bonne

qu'autant que, comme un bon archer, elle vise toujours au point d'où seul dépendent les vrais biens... (VIII, 214),

(26) b L'ATHÉNIEN : Nous comprendrons à présent qu'il n'est pas surpre

nant qu'il n'y ait rien de fixe dans les institutions de la plupart des Etats parce que dans chacun les lois tendent à différents buts (ix, 335)

Et ainsi je pensai que, les sciences des livres, au moins celles dont les raisons ne sont que probables, et qui n'ont aucunes démonstrations, s'étant composées et grossies peu à peu des opinions de diverses personnes, ne sont point si approchantes de la vérité que les simples raisonnements que peut faire naturellement un homme de bon sens touchant les choses qui se présentent. Et ainsi encore je pensai que pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et qu'il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étoient souvent contraires les uns aux autres, et, qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseilloient peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs ni si solides qu'ils auroient été si nous avions eu l'usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n'eussions jamais été conduits que par elle. (27)

(27) DESCARTES : C'est ainsi que nous avons reçu la plupart de nos erreurs.

A savoir pendant les premières années de notre vie, que notre âme était si étroitement liée au corps, qu'elle ne s'appliquait à autre chose qu'à ce qui causait en lui quelques impressions, elle ne considérait pas encore si ces impressions étaient causées par des choses qui existassent hors de soi, mais seulement elle sentait de la douleur lorsque le corps en était offensé, ou du plaisir lorsqu'il en recevait de l'utilité, ou bien, si elles étaient si légères que le corps n'en reçut point de commodité, ni aussi d'incommodité qui fùt importante à sa conservation, elle avait des sentiments tels que sont ceux qu'on nomme goût, odeur, son, chaleur, froid, lumière, couleur, et autres semblables, qui véritablement ne nous représentent rien qui existe hors de notre pensée, mais qui sont divers selon les diversités qui se rencontrent dans les mouvements qui passent de tous les endroits de notre corps, jusques à l'endroit du ceryeau auquel elle est étroitement jointe et

unie. (111, 113) b Epist. : Tout cela me paroît s'expliquer très clairement si nous com

parons l'imagination des enfants à une table rase sur laquelle nos idées, qui sont comme les images fidèles de chaque objet, doivent se peindre. Les sens, les penchants de l'esprit, les précepteurs, et l'intelligence, sont les divers peintres qui peuvent élaborer cette @uvre; mais parmi eux, ce sont les moins aptes à l'accomplir qui la commencent, c'est-à-dire les sens imparfaits, l'instinct

aveugle et des nourrices ineptes. (x1, 345) c Voir le Discours de la méthode aux renvois 23, 49, 70. d Lotus : De même aveuglés dès leur naissance par la grande igno

rance, les êtres sont condamnés à la transmigration ; ne connaissant pas la roue de la production des causes et des effets, ils entrent dans la voie de la douleur. (8)

(27) e PLATON : Les mouvements qui s'accomplissent dans notre tête ont

été troublés dès l'instant de la naissance: il faut que chacun de

nous les redresse... (vi, 296) f Nous voyons, en effet, que dans les plantes tout dépend des premières

semences : si elles sont jetées par la main d'un agriculteur habile, on peut se promettre qu'un jour elles porteront les plus heureux fruits. Ce qui est vrai à l'égard des plantes ne l'est pas moins à l'égard des animaux féroces ou apprivoisés, et des hommes; car bien que l'homme soit naturellement doux, néanmoins lorsqu'à un heureux naturel il joint une éducation excellente, il devient le plus doux des animaux, le plus approchant de la divinité : au lieu que s'il n'a reçu aucune éducation, ou n'en a reçu qu'une mauvaise, il devient le plus farouche des animaux que produit la terre. C'est pourquoi le législateur doit faire de l'institution des

enfants le premier et le plus sérieux de ses soins. (vili, 320) g ÉPICTÈTE : Comment ne ferions-nous pas de faux jugements ? C'est

ce qu'on nous enseigne dès notre enfance. Notre nourrice qui nous fait marcher, si nous venons à heurter contre une pierre et à crier, au lieu de nous gronder, elle se met à battre la pierre. Eh ! mon Dieu, qu'a fait cette pauvre pierre ? Est-ce à elle à deviner que nous la heurterions et à changer de place ? Quand nous sommes un peu plus âgés, si... nous ne trouvons pas notre souper prêt, nous nous emportons, nous tempêtons ; et notre précepteur, au lieu de réprimer cette fougue, se met à gronder aussi de son côté, et à battre même le cuisinier. Mon ami, t'a-t-on pris pour être le pédagogue du cuisinier et non pas celui de l'enfant ? Modère donc les emportements et corrige les impatiences de ton élève. (328)

Il est vrai que nous ne voyons point qu'on jette par terre toutes les maisons d'une ville pour le seul dessein de les refaire d'autre façon et d'en rendre les rues plus belles ; mais on voit bien que plusieurs font abattre les leurs pour les rebâtir, et que même quelquefois ils y sont contraints quand elles sont en danger de tomber d'elles-mêmes et que les fondements n'en sont pas bien fermes. A l'exemple de quoi je me persuadai qu'il n'y auroit véritablement point d'apparence qu'un particulier fît dessein de réformer un État en y changeant tout dès les fondements et en le renversant pour le redresser; ni même aussi pour réformer le corps des sciences ou l'ordre établi dans les écoles pour les enseigner; mais que, pour toutes les opinions que j'avois reçues jusques alors en ma créance, je ne pouvois mieux faire que d'entreprendre une bonne fois de les en ôter, afin d'y en remettre par après ou d'autres meilleures, ou bien les mêmes, lorsque je les aurois ajustées au niveau de la raison. (28)

(28) a Voir le Discours de la méthode aux renvois 6, 22, 29, 63, 64, 68. b CONFUCIUS : Rejetez tout ce qui est incertain et douteux quand il s'agit

de science. (4) C ÉPICTÊTE : Dès aujourd'hui même nous ne nous occuperons pas

d'autre chose, nous n'examinerons pas quels sont et dans quel

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